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Hockey sur glace

Jour de paie

La carrière de hockeyeur professionnel de Mathieu Tschantré prend officiellement fin le jeudi 30 avril, date de l’échéance de son dernier contrat le liant au HC Bienne, son club de toujours.

Un bel hommage pour conclure. Samedi 22 février, Mathieu Tschantré a, sans le savoir, disputé son dernier match devant ses supporters. Jeudi 30 avril 2020, sa vie de hockeyeur arrive définitivement à son terme. (Nico Kobel)

Laurent Kleisl

Un jeudi ordinaire. Un 30 avril comme tant d’autres. La fin du mois, le salaire qui tombe. Et les contrats qui arrivent à leur échéance dans le hockey business helvétique. «Oui, bien sûr que j’y ai pensé... C’est mon dernier jour officiel en tant que joueur du HC Bienne. C’est désormais établi, ma carrière est terminée... C’est comme ça...»

Mathieu Tschantré décoche un soupir. De la nostalgie et de la félicité, de la fierté aussi, s’en échappent. Cet instant attendu a longtemps apparu comme une lointaine échéance. «Il y a un peu plus d’une année, après m’être décidé à prolonger pour une dernière saison, je me suis rendu au secrétariat du club, on a fait un copier-coller du contrat précédent, on a changé la date et j’ai signé. La routine!»

Le bonheur du gamin
Toute fin est la conséquence inéluctable d’un commencement, d’un premier coup de griffe au bas d’un document estampillé du logo du HC Bienne. «J’avais 15 ans, mais je m’en souviens encore très bien. C’était un contrat de formation, je l’ai signé avec mes parents et Gérard Scheidegger, le manager de l’époque», raconte-t-il. «Il était stipulé que je recevais une somme d’argent pour mon matériel. Jusque-là, je jouais avec des cannes en bois à 20 balles. J’ai pu commander 24 crosses sur mesure, avec ma courbure personnelle et mon nom écrit dessus. J’étais le gamin le plus heureux du monde!»

Quelques mois plus tard, à cinq reprises, son patronyme se trouvera inscrit sur une feuille de match de LNB. A la bande, le mal-aimé Markus Graf. Sur la glace, la mouture 2000/01 du HC Bienne, avec les Canadiens Gino Cavallini et Claude Vilgrain, avec quelques Helvètes au charisme affirmé. Un bout d’homme cherchait sa place dans un vestiaire occupé par les Kevin Schläpfer, Sven Schmid, Gilles Dubois et autres Cyrill Pasche.

Deux décennies plus tard, à 36 ans, le Seelandais a reçu sa dernière fiche de paie de joueur professionnel de hockey sur glace. Un voyage long de 899 matches sous le maillot seelandais, pas un de plus. «Quand j’y repense, j’ai vécu une fin de carrière fantastique», coupe-t-il.

Incroyable enchaînement
Vraiment? Entre huis clos, annulation des play-off et confinement? En réponse, il décrit sa soirée du vendredi 28 février: «J’étais sur la glace, à l’échauffement. Je me préparais à affronter les ZSC Lions, à disputer mon 900e match dans une patinoire vide, sans aucun spectateur. Tout à coup, on m’appelle: ma compagne venait d’arriver à l’hôpital, mon troisième garçon était sur le point de naître! Ce 900e match que je n’ai jamais joué, je ne l’oublierai jamais...»

Son plus beau match, sans doute. «Et une semaine plus tôt contre Davos, lors de notre dernière rencontre de la saison à la Tissot Arena devant du public, j’ai eu droit à un fantastique hommage de nos fans. Ce qu’ils ont réalisé ce soir-là est simplement exceptionnel...»

Il ne lui a manqué que les émotions des séries, que la folie d’une possible épopée, pour parfaire sa sortie. «Deux mois après, la déception de ne pas avoir vécu mes derniers play-off est grandement atténuée par l’enchaînement assez incroyable des événements lors de mes derniers matches», confie-t-il. Il laisse s’échapper un mini-morceau d’amertume: «Pendant toute la saison, nous avons connu des hauts et des bas, avec un nombre incalculable de blessés. A la fin, tout le monde était revenu; on jouait bien, on s’entraînait bien, on était en confiance, tout était en place. Je reste convaincu que nous avions l’équipe pour aller au bout.»

Le sujet du verbe
«Nous». Ce tic de langage ne l’a pas encore abandonné, comme si l’âme du capitaine avait fusionné avec son environnement sportif. «Je sais, je sais... C’est une habitude, c’est dans mon ADN, je dis toujours nous quand je parle de l’équipe et du HC Bienne. Il me faudra un peu de temps pour perdre ce réflexe.» Les autres composantes du «nous» ont déjà lancé les travaux de préparation physique menant à la saison 2020/21. «Comme les joueurs ont commencé cette phase séparément, qu’ils n’osent pas travailler ensemble, c’est un peu moins brutal, je ne ressens pas encore les effets de ma retraite...»

Jeudi 30 avril 2020, la dernière journée officielle de Mathieu Tschantré dans la liste des employés du HC Bienne. Et mieux vaut ne pas attendre un pot de départ de sa part, un match de gala ou autres friandises pour marquer le coup. Ce n’est pas le genre du bonhomme. «Les anniversaires ou je ne sais quoi, je suis incapable d’organiser quelque chose, ma compagne me le reproche assez! Pour ça, je suis un gros flemmard!» Honnête jusqu’au bout, le capitaine. Le dernier en date, en tous les cas.

 

Dans le vrai monde du travail

Ces premiers temps d’existence post-hockey, Mathieu Tschantré les a passés enfermé, à attendre la libération. Suite à l’infection d’Antti Törmänen et de nombre de ses coéquipiers par le coronavirus, le No 12 a patienté deux semaines chez lui avant de commencer sa nouvelle vie chez Fisc-Center, fiduciaire dont il est un des associés. «Dès le premier jour, le téléphone n’arrête pas de sonner. Des entrepreneurs très inquiets pour leurs affaires nous appellent pour demander des conseils», explique-t-il. «Le positif, si je peux m’exprimer ainsi, c’est que j’ai immédiatement été mis dans le bain, avec de grosses journées et beaucoup à faire. Je viens de finir ma carrière de joueur et j’ai tout de suite été jeté dans l’eau glacée dans ma nouvelle vie professionnelle.»

Hockeyeur de métier pendant presque 20 ans, Mathieu Tschantré apprend le quotidien du commun des mortels. «Les journées sont beaucoup plus longues, c’est le plus grand changement», admet-il. «Comme hockeyeur professionnel, on joue ou on s’entraîne puis, le reste du temps, on se repose, on recharge les batteries. Désormais, mon rythme est complètement différent, mais le plus important, c’est que je prends du plaisir dans ce que je fais.»

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