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La fin d’une longue histoire dans l’incompréhension

Les frères Labinot et Kastriot Sheholli ainsi que Kaua Safari quittent le FC Bienne, leur club de cœur, dans lequel ils étaient revenus en 2016 après sa faillite, pour rejoindre Besa du côté de la 2e ligue.

Labinot et Kastriot Sheholli et Kaua Safari (de gauche à droite), «trois leaders très emblématiques» du FCB, souligne le directeur sportif Mauro Ierep.

par Sélim Biedermann
 

Une page se tourne au FCBienne avec le départ de trois piliers de la récente reconstruction post-faillite, les frères Labinot et Kastriot Sheholli et Kaua Safari. Ils représentent même bien plus encore que cela, étant d’anciens juniors et en outre membres de l’ex-équipe évoluant en Challenge League de ce qui restera à jamais leur «club de cœur», comme ils le soulignent.

En ayant annoncé son départ groupé mardi, ce trio délaisse ainsi la 1religue pour glisser deux échelons plus bas, chez le FCBesa Bienne. Si pour l’étudiant en sports et milieu offensif Kastriot Sheholli, cette nouvelle direction répond à une envie de se consacrer principalement à son entrée dans le monde professionnel, la fin de l’histoire entre ses deux coéquipiers et le FCB s’effectue davantage dans un état d’esprit d’incompréhension.

«Je n’avais pas à100%la confiance du staff»
La parole aux intéressés. «Je ne parlerais pas de déception», insiste Labinot Sheholli, «mais plutôt d’étonnement quant à la gestion sportive par rapport à des joueurs biennois qui ont réussi à aider le club ces dernières années. Je suis persuadé qu’avec le niveau qui est encore le nôtre, nous pouvions contribuer à une prochaine ascension en Promotion League. Pourtant, on sentait la volonté d’un changement de hiérarchie dans l’équipe, les dirigeants désirent apparemment s’appuyer sur de nouveaux leaders. Et je ne sais pas pourquoi cela leur paraît nécessaire quand ça fonctionne très bien avec ceux qui sont en place. J’ai de la peine à le comprendre.»

Le désormais ex-demi du FCBienne se sentait de surcroît moins bien dans ses chaussures à crampons cette saison. «Ce n’est pas une question de temps de jeu, mais mon rôle dans le groupe a beaucoup changé. Ce n’était pas la même chose avec Kurt (réd:Baumann, le précédent entraîneur, dont il était alors l’adjoint), je recevais bien plus de responsabilités. Je ressentais que je n’avais pas à100% la confiance du staff actuel, donc pas seulement du coach Anthony Sirufo.»

Mauro Ierep surpris
Des mots qui ont le don de surpendre au plus haut point le directeur sportif Mauro Ierep. «Un changement de hiérarchie? Je ne sais pas de quoi on parle. Labinot était notre capitaine, il a disputé 13matches sur14 durant ce championnat», répond-il. Et d’ajouter: «On a commencé la saison avec toutes les bonnes intentions du monde. Le but était de le décharger de sa fonction d’assistant afin qu’il puisse se concentrer beaucoup plus sur le terrain. Pour nous, quoi qu’il en soit, il était un joueur important, que les autres écoutent, respectent. Je ne vois donc pas trop où se situe le problème.»

Concernant Kaua Safari, là, il est plutôt question de minutes passées sur le rectangle vert. «Cette saison, je sentais que ce n’était plus comme avant. Je me suis toujours donné à fond aux entraînements et aux matches, je suis par conséquent déçu de n’avoir jamais vraiment reçu la confiance du coach», note l’attaquant. «Et je me demandais quelle en était la raison, ce n’était pas clair.» Réponse de Mauro Ierep: «Kaua a d’abord eu du retard dans sa préparation, puis il a connu quelques pépins physiques. Il a néanmoins su saisir sa chance quand elle le lui a été offerte. Mais à un moment donné, c’est tout simplement l’entraîneur qui décide d’aligner l’équipe la plus en forme.»

Dans l’attente d’uneproposition de contrat
Au-delà des regrets affichés par les deux expérimentés joueurs sur le déroulement de cet exercice interrompu puis annulé à cause du Covid-19, le fait de n’avoir reçu aucune proposition de prolongement de contrat jusqu’ici aura été de trop. «Je n’ai pas compris pourquoi on ne nous a jamais parlé de la suite. Début mai, je me suis alors dit ‹ok›...», explique Kaua Safari. Labinot Sheholli renchérit: «Cela ne paraissait pas normal de ne pas encore disposer d’une offre à cette époque de l’année, il n’y avait d’ailleurs aucun signe en ce sens. On a vraiment beaucoup attendu. Soit on te veut, soit on ne te veut pas, mais pourquoi ne pas venir nous le dire? On ne sait même pas si les dirigeants comptaient sur nous ou pas...»

Pourtant, aujourd’hui, Mauro Ierep répond avec une certaine précision. «On se trouve quand même dans une période un peu compliquée. Nous avons entamé des discussions avec certains joueurs, mais pas tous. Celles-ci auraient pu avoir lieu un peu plus tard», relève-t-il. «Il faut aussi que l’on puisse arriver avec des propositions, et tout n’était pas encore clair pour nous non plus jusque-là. Mais il n’existait pas de volonté de se séparer de ces trois leaders très emblématiques. Pourquoi aurait-on dû se débarrasser d’eux?»

Toutefois, la séparation est désormais établie. Mais sans qu’il n’y ait de rancune pour autant. «Je suis certes déçu, mais pas du tout fâché. Pas de soucis, c’est la vie!», lance Kaua Safari, vite rattrapé par son fidèle compère Labinot Sheholli:  «On souhaite le meilleur à ce club, qu’il fête bientôt une promotion. On aime le FC Bienne!»

 

«Nous avons quand même connu beaucoup de succès»

Preuve de leur attachement au FCBienne, lorsque l’ancien directeur sportif Arturo Albanese leur a proposé de venir renforcer l’équipe qui devait repartir de 2eligue à l’été2016, Labinot Sheholli, Kastriot Sheholli et Kaua Safari ont quitté leur ex-formation commune de Breitenrain pour débarquer à la Tissot Arena. «Même si nous venions de passer une super année en Promotion League, nous avons choisi de revenir aider notre club de cœur, au sein d’une nouvelle équipe qui affichait des ambitions», se souvient sans aucun regret Labinot Sheholli, aujourd’hui âgé de 31ans, soit un de plus que son cadet.

Et les trois nouveaux joueurs du FCBesa ont réussi dans leur entreprise, avec deux promotions successives, avant que Bienne ne se stabilise aisément en 1religue. «Dommage que nous n’en ayons pas obtenu une troisième de suite!», glisse Kaua Safari, ayant pour sa part 32ans et qui retrouvera par ailleurs prochainement son frère Diako dans l’équipe albano-biennoise de 2eligue. En comptant les autres saisons passées auparavant dans «leur» club, y compris en Challenge League, il y a ainsi de quoi jeter un fier regard en arrière. «Nous avons quand même connu beaucoup de succès», songe «Labi». «On a notamment vécu des matches incroyables en Coupe de Suisse, avec des émotions inoubliables», poursuit son fidèle coéquipier.

Fort dommage, au final, que le coronavirus ne leur ait pas permis pas une sortie de scène plus en vue. C’est Mauro Ierep qui le souligne: «On aurait bien voulu qu’ils nous quittent sur une promotion, ou devant le public».

 

Chatton et Mast ne rejoindront pas le FCBienne

Avec ces trois départs importants, les dirigeants du FCB sont plus que jamais à la recherche de renforts. «Il y a des régionaux qui nous intéressent, mais il n’est pas encore temps de divulguer des noms», signale Mauro Ierep. «Ce n’est en tout cas pas la volonté d’attirer des Biennois qui manque.»

Comme ceux du FCSoleure Loïc Chatton et Emmanuel Mast? «Nous avons entrepris des démarches avec eux», acquiesce le directeur sportif, «mais elles n’ont pas abouti». Les deux sont attachés à leur club actuel, et le premier nommé n’entrait de plus pas dans les moyens financiers seelandais.

Ceci à l’image de joueurs biennois plus huppés comme Liridon Mulaj ou Pietro Di Nardo, respectivement à Neuchâtel Xamax et Yverdon. «On parle ici quand même de professionnels, qui désirent privilégier une carrière à un plus haut niveau. Il faut rester réaliste. Ce genre de profils est d’ailleurs encore hors de notre portée aujourd’hui», répond Mauro Ierep.

Trois joueurs offensifs recherchés
Le dirigeant annonce chercher trois éléments offensifs, un d’expérience et deux jeunes ayant déjà fait leurs preuves mais qui peuvent progresser. «Ils pourraient provenir des équipesM21 de Young Boys, Thoune ou Neuchâtel Xamax», dit-il au sujet de ces derniers. A noter également le retour de prêt de Joël Agmagma.

Sinon, il n’existe pas le moindre désir d’enrôler des Alémaniques dans le but de rééquilibrer un brin la balance de la langue. «J’ai l’impression que ça, c’est un discours qui ne se fait qu’à Bienne», coupe Mauro Ierep. «Ce qui compte, c’est la qualité, la volonté et le coût.»

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