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100 ans du Knie (4)

Secrets de famille

Le cirque Knie célèbre cette année ses 100 ans. Mais la dynastie du même nom remonte à plus de 200 ans. A l’origine de cette lignée d’artistes, un ancien étudiant en médecine qui a préféré aux lois de l’anatomie celles de la gravité. Ses descendants soignent son héritage.

Chris Rui incarne la nouvelle génération d’enfants de la balle Knie

Par Nicole Hager

A l’heure où la transmission intergénérationnelle se perd, que les fils et filles de ferblantiers ou de boulangers ne le deviennent plus forcément à leur tour, s’il est un lieu où la filiation demeure vivace, c’est bien au Knie et au cirque plus généralement. Les connaissances pointues s’y transmettent de génération en génération, tout naturellement, perpétuant ainsi des lignées familiales.
Les enfants Knie grandissent à l’ombre d’un chapiteau. Neuf mois par année, ils accompagnent leurs parents en tournée et ont pour animaux de compagnie des éléphants, des lamas et des chevaux.

Les enfants de la balle
L’école est assurée dans une roulotte. Et très vite, s’ils le souhaitent, les enfants Knie sont en piste. La plupart ont connu les projecteurs dès 4 ou 5 ans. Parfois même plus jeune. L’amazone Géraldine Knie a fait ses premiers pas sur le rond de sciure à un an et demi déjà. Son fils de moins de 2 ans l’accompagne désormais «quand il en a envie» pour le salut final. «Il trouve très amusant d’être sur la piste», soutient sa maman.
Maycol Junior est le plus jeune membre de la famille Knie avec sa sœur Chanel, 8 ans, qui présente déjà un numéro de dressage. La question de leur avenir au cirque ne s’est pas encore posée. Leur grand frère Ivan, 18 ans, lui, a sauté le pas. Une évidence, en dépit de l’engagement total et de la discipline qu’exige le métier d’artiste de cirque. «Avec un arrière-grand-père, un grand-père et une maman passionnés de chevaux, logiquement, l’amour des chevaux m’a été transmis.»

Grand-père modèle
Ivan Knie a réuni les deux disciplines dans lesquelles ses parents excellent pour élaborer son propre numéro, alliant acrobatie et dressage de chevaux. Il peut compter sur le soutien des siens lorsqu’il prépare les prouesses qu’il va présenter au public. «C’est sûr, je bénéficie des compétences de mes parents et grands-parents. Peu de gens disposent d’autant d’expérience dans le dressage de chevaux que mon grand-père Fredy Knie Junior. Pour moi, il est en quelque sorte le maître des chevaux, un exemple.»
Y a-t-il des secrets de dressage transmis uniquement aux membres de la famille? Ivan Knie préfère parler de «base de travail commune. L’essentiel consiste ensuite à développer son propre style.»

Voie pas toute tracée
Dans les allées du cirque, pendant que son petit-fils Ivan aide au montage du nouveau chapiteau, son grand-père ne s’éloigne jamais trop des écuries. Il perpétue ce qu’il a lui-même vécu. Il initie ses petits-enfants à l’univers équestre dès leur plus jeune âge. «Mon petit-fils de presque deux ans m’accompagne régulièrement lors de ma tournée des box. Il a du plaisir à le faire. Et plus tard, on verra bien si c’est juste un passe-temps ou s’il aime vraiment ça. Comme je suis un amoureux du cheval, que ma fille Géraldine et mon petit-fils Ivan le sont aussi, je pense que cet amour va se transmettre», estime Fredy Knie Junior. Il ajoute toutefois que ce n’est pas du tout une obligation pour ses descendants de s’inscrire dans une lignée de dresseurs. «Mais s’ils entendent le faire, ils doivent y consacrer toute leur énergie et s’y vouer avec passion, sinon autant laisser tomber.»

Promesse de continuité
Chez les Knie, l’initiation au cirque se fait en douceur. «On ne nous oblige à rien du tout», assure Ivan. «Pendant notre enfance, faire du cirque est présenté sous forme de jeu. Ce n’est qu’au terme de notre scolarité que les choses sérieuses commencent. Quand j’ai eu 16 ans, mon grand-père m’a demandé si je souhaitais m’investir dans le cirque ou me lancer dans une autre voie.»
La liberté de choix est réelle. Le dresseur Franco Knie Junior l’a saisie. Il a travaillé en tant qu’informaticien pour un opérateur téléphonique pendant deux ans avant de réintégrer le cirque. «Dans presque chaque génération de Knie, un membre de la famille a quitté le monde du cirque», rappelle celui qui assume désormais la direction technique du Knie. Il espère que son fils Chris va lui succéder. «Mais l’obliger à le faire n’aura que l’effet contraire.»

Transmission et transformations
La tradition du cirque va-t-elle se maintenir? A l’heure où nombre de cirques périclitent, faute de spectateurs notamment, à l’image du cirque Nock, quel avenir pour le Knie et les générations émergentes de la famille éponyme?
 «Le système de travail et la manière de présenter le spectacle vont sûrement changer. Nous devons continuellement nous adapter aux évolutions générales qui touchent la société», estime Ivan Knie, 18 ans, membre le plus âgé de la 8e génération. Jusqu’ici, le cirque a résisté à bien des bouleversements sociaux et historiques. Il devrait en aller ainsi dans le futur. «Mon arrière-arrière grand-mère, Margrit Knie-Lippuner a fait tourner le cirque pendant la Seconde Guerre mondiale. Les temps étaient durs, personne n’imaginait que le cirque allait résister. Mais, malgré le chaos, mon aïeule a su maintenir l’entreprise à flot. Je me dis toujours: si elle a réussi, nous devons y parvenir. C’est un honneur pour moi de perpétuer 200 ans de tradition d’artistes, dont 100 ans de cirque.» NH

Ne rien laisser transparaître
Quand il se remémore ce souvenir, Ivan Knie en rigole aujourd’hui. «Le public ne doit jamais remarquer les sentiments qui animent les artistes, qu’ils soient tristes ou particulièrement joyeux. C’est une règle qui prévaut au cirque et qu’on nous enseigne très tôt. Quels que soient les événements, la qualité du spectacle ne doit pas en être affectée. Un jour, j’avais 9 ans environ, j’étais en piste avec mon grand-père Fredy Knie junior et je me suis fait mal. J’avais envie de pleurer et mon grand-père m’a glissé en douce: «Non, pas question de pleurer maintenant. Tu le feras quand nous serons en coulisses.» J’ai réussi plus ou moins à me retenir.» NH

Mots clés: Knie, Cirque, generation, Rui

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