Vous êtes ici

Moutier

Seconde conférence à l'occasion du Tricentenaire de l'Abbatiale de Bellelay

Seconde conférence hier à Moutier du cycle organisé dans le cadre du Tricentenaire de l'Abbatiale de Bellelay. Une histoire d'argent et de spiritualité évoqué par le conférencier, Renaud de Joux.

Renaud de Joux, hier à Moutier, durant sa conférence. (Photo Bruno Payrard/bist)

Catherine Bürki

Une histoire d’argent et de spiritualité: voilà en bref comment nous pourrions résumer, pour les profanes de l’histoire ecclésiastique régionale, la teneur de la relation entretenue jadis entre les religieux de l’Abbaye de Bellelay et ceux du domaine de Moutier-Grandval. Une description qu’on admettra toutefois simpliste, notamment au vu de l’exposé livré hier à la Collégiale Saint-Germain à Moutier par Renaud de Joux à l’occasion de la seconde rencontre du cycle de conférences organisé dans le cadre du Tricentenaire de l’Abbatiale de Bellelay.
Après un bref épisode purement spirituel composé d’un passage d’orgue et d’une lecture par le pasteur de Grandval Marc Seiler d’une des règles de St-Augustin (père des chanoines Prémontrés, premiers occupants de l’Abbatiale de Belellay), l’écrivain originaire de Delémont, auteur de deux romans relatifs à l’histoire de l’Abbatiale, s’est chargé du volet historique. Devant une centaine de personnes, il a alors d’emblée effectué un plongeon au cœur du 12e siècle. «A l’époque, l’ancien monastère bénédictin de Moutier-Grandval, érigé au 7e siècle, est transformé en collégiale. Selon la légende, son premier prévôt, le chanoine Siginand, aurait alors fondé une chapelle à Bellelay pour remercier Dieu de l’avoir sauvé après qu’il se soit perdu en forêt lorsqu’il chassait le sanglier», a-t-il raconté.

Recul de la féodalité

Troublante vérité ou pure élucubration? Peu importe. Quelques années plus tard, une communauté de chanoines Prémontrés (ordre canonial catholique) s’établit sur le site. L’Abbatiale de Bellelay, alors répertoriée sur le domaine de Moutier-Grandval, est née.
Malgré plusieurs passations  sous la protection de différents suzerains, papes, ou évêques, l’Abbatiale de Bellelay se développe et ses religieux cohabitent avec ceux de Moutier-Grandval (dont l’église principale est alors située à l’emplacement même de l’actuelle Collégiale Saint-Germain). «Siginand accepte même de céder quelques-unes des propriétés du domaine de Moutier-Gandval pour favoriser le développement du nouveau couvent de Bellelay», a souligné Renaud de Joux, tout en rappelant qu’à l’époque, «le clergé détenait un pouvoir considérable dans la société».
La bonne entente ne sera toutefois pas toujours de mise: «La féodalité a fini par reculer. Les impôts perçus par le clergé ne suffisant plus, les deux domaines ont dû trouver d’autres revenus». Dans un silence pour le moins religieux, ce dernier a alors dressé la liste de plusieurs conflits d’intérêts entre les deux institutions concernant notamment des donations de lieux saints ou la délimitation de territoires. Un inventaire minutieux de plusieurs minutes qui, comme n’a pas manqué de le remarquer le pasteur Marc Seiler, était susceptible de laisser à l’assemblée une impression d’affaires de gros sous. «On pourrait penser que les religieux de Bellelay et de Moutier-Grandval entretenaient des relations très matérialistes», a-t-il concédé. Et l’homme d’Église de s’empresser d’assurer que «les liens spirituels étaient à coup sûr bien plus forts !»
Des liens divins qui, comme l’a encore signalé Renaud de Joux, n’ont pas survécu au passage de la Réforme: «Moutier Grandval a passé du côté réformé, chassant ainsi la plupart des chanoines à Soleure ou Delémont, et stoppant net les relations avec Bellelay.»
Et d’appuyer ses dires en indiquant le décor vétuste de la Collégiale Saint-Germain: «Elle a été érigée à l’emplacement même de l’ancienne église du domaine de Moutier-Grandval. Mais ce nouveau lieu de culte comporte bien moins de dorures que son prédécesseur... ».

Articles correspondant: Région »