Vous êtes ici

Bienne

Robert Walser Sculpture: démontage entamé

La Robert Walser Sculpture a commencé à être démontée hier et cela doit durer un mois. C’est une des cinq phases du projet, selon son instigateur Thomas Hirschhorn, qui a dressé son bilan hier.

Le démontage a débuté hier

Julie Gaudio

«Nous sommes heureux de vous recevoir et en même temps, nous avons un pincement au cœur», a annoncé d’emblée Cédric Némitz, conseiller municipal biennois et président de la Fondation Exposition suisse de sculpture. C’est sous un soleil éclatant que les journalistes ont été invités à une conférence de presse hier matin sur la Robert Walser Sculpture. Tandis que les travailleurs s’affairaient à démonter l’installation, faisant jaillir copeaux de bois et billes de polystyrène, Thomas Hirschhorn a dressé le bilan de son œuvre d’art.

La Robert Walser Sculpture a en effet pris fin dimanche soir, après trois mois de résidence sur la place de la Gare à Bienne et 38 évènements quotidiens créés par plus de 200 personnes. Thomas Hirschhorn, tout comme Kathleen Bühler, curatrice de l’exposition, et la Fondation Exposition suisse de sculpture, tirent «un bilan très positif» de cette expérience, sans pouvoir donner de chiffres précis sur le nombre de visiteurs. Toutefois, l’artiste refuse de qualifier ce bilan: «Aujourd’hui, je ne peux et ne veux pas parler de succès, ni d’échec. Car la Robert Walser Sculpture était une aventure fragile, instable, à l’issue précaire et incertaine.»

Une fierté pour la ville
L’installation artistique a suscité de nombreuses réactions circonspectes parmi les visiteurs, notamment chez les Biennois eux-mêmes. Certains se sont même demandé si ça n’allait pas contribuer à détériorer l’image de leur ville à l’extérieur. Le conseiller municipal Cédric Némitz est convaincu du contraire: «Cette sculpture correspond à l’esprit de la ville. Il n’y a qu’à Bienne qu’une telle installation pouvait voir le jour. Nous pouvons être fiers de ce que nous sommes.» Thomas Hirschhorn reconnaît que critiques il y a eu, mais relativise:«Toute œuvre d’art est résistance. Les critiques font partie de l’opinion publique.»

De même, tout en rappelant les nombreux mécontentements exprimés sur le choix de l’emplacement à la place de la Gare – le projet a même été repoussé d’un an à cause de ça – Cédric Némitz a confirmé le choix judicieux de l’endroit: «Grâce à cette œuvre, nous avons découvert que la place de la Gare n’était pas seulement un lieu que l’on traverse, mais que l’on peut y rester, vivre et créer des choses.»

Art inclusif

A ce propos, Thomas Hirschhorn n’a pas manqué de rappeler les quatre objectifs qu’il s’était fixés avec son œuvre: garder éveillée la mémoire de Robert Walser, repenser l’œuvre de l’auteur né à Bienne en 1878, provoquer des rencontres et créer un évènement et enfin, établir une nouvelle forme de sculpture dans l’espace public. Et c’est pour cela que «c’était très important de l’installer à la gare», a-t-il ajouté.

Toute la difficulté était aussi, pour l’artiste, de réussir une œuvre inclusive:«Plus qu’un objectif, cela faisait partie de la Robert Walser Sculpture: personne ne devait en être exclu, jamais, sans distinction entre celui qui était simplement là ‹par hasard›, l’habitué de la gare et le ‹participant réactif». Il a aussi tenu à remercier tous les Biennois qui ont participé à cette œuvre et qui ont permis une telle installation.

Pas tout à fait la fin
Economiquement cependant, le bilan n’est pas aussi positif qu’escompté. La Robert Walser Sculpture est dotée d’un budget de 1,692 million de francs et il manque encore 72000francs à la Fondation Exposition suisse de sculpture pour le boucler. Thomas Hirschhorn a d’ailleurs reconnu que «la campagne de crowdfunding a été un échec». «Mais elle a permis de signaler que l’on avait besoin d’aide et de soutien et cela a permis de tuer l’idée que l’argent doit être au début d’un projet», a-t-il complété. Un appel aux dons est lancé, notamment par le biais de l’acquisition d’un livre relatant l’histoire du projet (voir encadré).

Et la Robert Walser Sculpture n’est pas terminée! «Nous venons d’achever la troisième phase du projet, qui en compte cinq en tout», a précisé Thomas Hirschhorn. La première étape, commencée en 2016, «fieldwork», consistait à la préparation. Ensuite venaient le montage (2e phase) et l’exposition (3e). Le démontage (et nettoyage!) constitue la 4e étape et doit durer jusqu’au 1er octobre. La 5e phase? «La transformation en un objet durable, mémorable». Cette dernière étape peut durer «100 ans, 200ans, 1000 ans...», selon l’artiste. «Si chez les Biennoises et Biennois, ce travail provoque une transformation, alors la Robert Walser Sculpture aura été un succès et ce sera sa réussite», a conclu Thomas Hirschhorn.

Articles correspondant: Région »