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100 ans du Knie (1)

Quel cirque!

Au fil de cette semaine, coup de projecteur sur l’impressionnante évolution du cirque Knie, de la simple arène, où les artistes se produisaient à ciel ouvert, à l’entreprise d’aujourd’hui.

En 1919, les frères Knie font l’acquisition d’un chapiteau pour abriter leurs prouesses.

par Nicole Hager / photos cirque knie

L’histoire de la dynastie Knie, si emblématique de la Suisse, commence en fait à Innsbruck, en Autriche, en 1803. Cette année-là, Friedrich Knie abandonne ses études de médecine par amour pour une belle écuyère travaillant dans une petite troupe d’artistes itinérants. L’étudiant les rejoint et apprend sur le tas l’art du cirque auquel il ne connaît rien. Si l’amour que se vouent les jeunes tourtereaux n’est qu’éphémère, il en va tout autrement pour la passion du cirque qui anime désormais Friedrich Knie. Il poursuit sa vie de bohème, fonde sa propre troupe de saltimbanques et épouse la fille d’un barbier qui lui donnera cinq enfants. La dynastie d’artistes Knie est lancée.

Pendant un siècle, c’est principalement dans les rues d’Allemagne et d’Autriche que se produisent écuyers, funambules et acrobates. La tournée de l’arène Knie passe pour la première fois en Suisse en 1814, avant que la famille ne s’y établisse et obtienne le passeport à croix blanche en 1900. La vie n’est alors pas de tout repos. Les Knie frôlent à plusieurs reprises la ruine définitive.

De l’arène au chapiteau
La 4e génération fait sa révolution et transforme l’arène en cirque ambulant (lire ci-dessous). Le premier spectacle sous chapiteau est donné à Berne le 14 juin 1919. C’est la ruée. Les deux points de vente des billets s’effondrent sous l’assaut des spectateurs.

Le succès de cette première représentation préfigure le développement de ce qui va devenir l’un des cirques les plus connus et importants du monde.

Parallèlement à l’achat d’un premier chapiteau, les Knie font l’acquisition d’un bâtiment équestre à Rapperswil, commune en terres saint-
galloises qui abrite encore aujourd’hui le siège de l’entreprise familiale, le quartier d’hiver du cirque, ainsi que le site du zoo pour enfants Knie.

Dès 1926, le cirque Knie part en tournée avec plus de 80 roulottes dédiées au logement, au transport, à la ménagerie et aux bureaux. En 1934, l’entreprise familiale devient une société anonyme. Un an plus tard, le cirque essuie un revers financier consécutif à une tournée onéreuse qui ne connaît qu’un succès mitigé. Une cinquantaine d’artistes indiens avaient été engagés pour créer une mise en scène monumentale. Le spectacle n’a malheureusement pas su envoûter le public.

Pendant les années de guerre, les ressources financières sont gérées de manière plus prudente, ce qui permet à la famille Knie de se sortir, une fois de plus, d’une situation économique délicate. L’entreprise va désormais ne cesser de prospérer et même les vicissitudes de la Seconde Guerre mondiale n’entameront en rien son succès.

Reconnaissance mondiale
Après un demi-siècle d’existence, le cirque Knie renforce sa réputation internationale avec différentes représentations à l’étranger et des numéros inédits. En 1960, il est le premier à montrer un numéro de dressage avec une girafe. En 1968, autre première mondiale avec la présentation de Zeila, rhinocéros blanc. En 1972, Fredy Knie junior réussit à faire monter une tigresse sur le dos du rhinocéros. Comment lui est venue l’idée d’associer ces deux animaux? «J’avais observé que les deux avaient sympathisé et je les ai réunis pour faire un numéro», résume sommairement le dresseur de talent, comme si un tel partenariat coulait de source. C’est faire peu de cas d’un savoir-faire particulier dont Fredy Knie junior est le dépositaire.

En 1977, Knie connaît son année record avec le comique Emil: plus d’un million de spectateurs suivent la tournée.

A partir de 1992, les rênes de l’entreprise sont entre les mains de Fredy junior et Franco, qui se partagent la direction artistique et technique. En 2014, Franco Knie cesse d’accompagner le cirque en tournée et s’occupe, dans le cadre du zoo pour enfants Knie, du parc «Himmapan» dédié aux éléphants.

Aujourd’hui, c’est la 7e génération – Géraldine, Franco junior et sa sœur Doris – qui est à la tête du cirque Knie. Avec Ivan Frédéric, Chris Rui, Chanel Marie et Maycol junior, la 8e génération est déjà en piste. NH

Ils ont osé prendre des risques sur la piste et en affaire

La dynastie Knie a plus d’un siècle, mais cela fait 100 ans tout rond qu’elle se produit sous chapiteau et non plus à ciel ouvert. C’est ce tournant, négocié en 1919, transformant une compagnie de saltimbanques en cirque, que l’on célèbre cette année.

Jusqu’au début du 20e siècle, les Knie n’étaient qu’une troupe d’acrobates parmi d’autres, parcourant l’espace germanophone - Allemagne, Autriche, Suisse - avec un programme de variété composé d’une bonne douzaine de numéros de danse, d’acrobatie sur la tête ou sur un fil à basse hauteur, de marche sur les mains, de dressage de chiens, de pyramide de chaises et d’échelles ou encore de clowns. Au sortir de la Première Guerre mondiale, contre l’avis de leur mère qui leur a cédé la direction de l’entreprise familiale, la 4e génération de Knie décide d’investir dans un chapiteau doté de 3000 places. C’est le début d’une nouvelle ère, celle du cirque Knie, baptisé à l’époque «Cirque variété national suisse Frères Knie».

Depuis, le Knie a pris son essor. Pour son 100e anniversaire, un nouveau chapiteau en rouge et blanc a été inauguré sans bourse délier. Les 250000 francs nécessaires à son achat ont été récoltés très aisément auprès du public par le biais d’une campagne de financement participatif. Franco Knie junior, membre de la direction, se réjouit de l’engouement des donateurs qui repose, selon lui, sur un attachement profond à un patrimoine commun. «Le cirque Knie occupe une place privilégiée dans le cœur des Suisses, qui s’identifient à nous, depuis des générations.» NH

L'anecdote du jour: dans ses petits souliers
Il a bâti sa renommée sur l’art délicat du dressage de chevaux. A 72 ans, Fredy Knie junior ne compte plus le nombre de tournées auxquelles il a participé. A chaque renouvellement de programme, un même doute l’assaille. Il l’évoque un brin amusé. «Toutes les années, avant la première du nouveau spectacle, je fais un cauchemar improbable. Je rêve que j’endosse mon nouveau costume et que je n’arrive pas à entrer dans mes bottes. Je me réveille à chaque fois en sueur.» Dresseur de chevaux, c’est parfois «trot» d’émotions. NH

 

 

 

 

Mots clés: Cirque, Knie, Famille, Origines

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