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Tramelan

Partir pour mieux s’accepter

Une dizaine de résidents du home Les Lovières part en vacances à Rolle, au bord du lac Léman.

Depuis plusieurs années, le home Les Lovières organise des vacances d’une semaine chaque été.

Clara Sidler
Ses souvenirs de vacances sont affichés sur un mur de sa chambre, aux côtés d’autres photos qui lui sont chères. La petite chambre comprend un lit, un fauteuil installé stratégiquement devant la télévision et un bureau au-dessus duquel sont scotchées les photos d’Alain Bugnon. Résident au home Les Lovières, il est parti en vacances avec une petite dizaine d’autres pensionnaires il y a deux ans. Une semaine dans la maison «Au Fil de l’eau»,  à Rolle (VD), au bord du lac Léman, les pieds presque dans l’eau. Il en reparle avec joie. Renfermé sur lui-même depuis son arrivée au home il y a cinq ans, ce voyage lui a permis de s’ouvrir aux autres. «J’ai enfin accepté le fait de vivre en home pendant ce séjour.»  

Depuis plusieurs années, le centre médicalisé organise, chaque été, une semaine de vacances pour les résidents les plus téméraires. Nicole Fehlmann, aide-animatrice aux Lovières, a été en charge de ces camps à plusieurs reprises. Elle raconte qu’Alain Bugnon est devenu ami avec le responsable de l’animation en charge des vacances cette année-là. «C’est l’occasion de se connaître autrement.»  Relativement jeune par rapport aux autres pensionnaires, le septuagénaire Alain Bugnon avait du mal à accepter sa situation et à côtoyer les autres résidents.

Cette année, le home réitère l’expérience. La petite équipe, pas encore définie officiellement, partira entre le 21 et le 25 août. De nouveau à Rolle, dans une maison équipée et mise à disposition par l’association «Les petits frères des pauvres».

Comment ça marche?
Chaque résident peut partir, à condition qu’il en ait envie. «On présélectionne les résidents susceptibles de partir en vacances. On privilégie ceux qui aiment participer aux activités qu’on organise chaque jour», précise l’aide-animatrice qui aime se faire appeler uniquement par son prénom. Et d’ajouter qu’un tel voyage demande de l’organisation. La réservation du lieu se fait un an à l’avance, les maisons équipées pour les personnes à mobilité réduite étant très prisées depuis plusieurs années selon l’aide-animatrice. «Cela se fait de plus en plus dans les homes», commente-t-elle. A tel point que l’année dernière, le home n’a pas pu réserver la maison de Rolle et a dû se rabattre  sur un deuxième choix. Les proches des vacanciers doivent ensuite accepter le départ du résident et surtout, il faut penser à tout l’équipement nécessaire pour chaque personne. «Une semaine avant le départ, ils sont tous anxieux. Ils se demandent pourquoi partir alors qu’ils ont plus de confort ici.» En maison de vacances, ils sont deux par chambre au lieu d’un. «Ils craignent également le voyage qui se fait en bus», assure Nicole. «Mais ils reviennent tous avec des étoiles dans les yeux et le bonheur au cœur», promet-elle aussitôt.

Quand on demande aux pensionnaires de partager leurs souvenirs de vacances, tout le monde ne s’en souvient pas très précisément. Une résidente, surnommée Mamie par Nicole, se rappelle seulement qu’il faisait beau, mais semble enchantée de discuter de ses vacances. Et pour ceux qui ne partent pas?L’aide-animatrice prévoit des activités spéciales été. «On a un magnifique jardin, ici, avec des petits animaux que les résidents adorent. Et on organise chaque jour quelque chose.»

Héritage de l’animation
Nicole raconte que les vacances pour les personnes en home sont assez récentes. D’une part, parce que l’animation en home est une activité relativement nouvelle et d’autre part, parce que la génération qui vit en home actuellement a plus d’exigences que les précédentes. «Il y a 20 ans, l’animation était moins présente. Le domaine a bien évolué depuis et les vacances organisées résultent de ce changement.» Et en ce qui concerne les exigences?«Avant, les gens partaient peu en vacances. Aujourd’hui, on rencontre de plus en plus de résidents qui avaient l’habitude de voyager plus régulièrement, d’où une demande plus accrue.»

Nicole a commencé à travailler aux Lovières en 2012 en tant que restauratrice à la cafétéria. Un jour, elle a vu une offre d’emploi dans l’animation affichée à l’accueil. Elle s’est lancée. Aujourd’hui, elle affirme avoir trouvé sa vocation.
Son meilleur souvenir de vacances avec les pensionnaires?«Un soir, on jouait aux cartes ensemble. Une résidente accusait le directeur du home de tricher alors qu’il voulait l’aider et elle ne s’est pas gênée de lui dire en le taquinant, les yeux rieurs. On voyait qu’ils étaient proches.»

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