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Lettre à nos aînés

L’opération EMS démarre aujourd’hui

Photo: LDD

Écrire à nos aînés. Celles et ceux qui sont les plus concernés par le COVID-19. Écrire à tous ces aînés qui sont chez eux, confinés, seuls ou en couple, voire dans l’un des EMS du canton. Écrire à nos aînés nous a donc paru comme une évidence en cette période troublée, un geste de solidarité qu’un média peut permettre.

Et l’idée a plu à tel point qu’elle a pris une dimension romande avant même d’exister. Il a fallu une petite conférence téléphonique – coronavirus oblige – pour que l’opération devienne romande. La Liberté à Fribourg, Le Journal du Jura à Bienne et dans le Jura bernois, Le Quotidien jurassien dans le Jura et enfin Arcinfo à Neuchâtel ont tous accepté de se lancer, à l’invitation du Nouvelliste valaisan, donnant ainsi tout son sens au pool de médias baptisé Romandie Combi. La Côte, à Nyon, les accompagnera de manière hebdomadaire. Mais ce n’est pas tout, tant il est vrai que l’idée va aussi se transformer en émission de radio à la RTS, émission également inventée en quelques heures et qui s’intitulera «Porte Plume». Tous les matins, à 11 h, les lettres provenant des médias concernés seront lues à l’antenne, tandis que les meilleures d’entre elles se retrouveront dans le mensuel Générations.

Pour ce rendez-vous quotidien, Le_Journal du Jura fera appel à des personnalités issues des milieux les plus divers, mais en provenance de sa propre région. Une fois ou l’autre, ces chroniqueurs seront épaulés par des personnalités nationales. Parce que l’opération risque de durer quelque temps...

Mis au courant de l’opération, les EMS_du Jura bernois et de Bienne nous ont fait part de leur enthousiasme. Chaque jour, ils feront lecture de cette chronique à leurs pensionnaires. Parce que, comme disait Marcel Proust, la lecture est une amitié. Le Journal du Jura

Première lettre:

Les meilleurs lecteurs, c’est vous

Chers aînés, de grâce, ne décelez pas dans les lignes qui vont suivre une quelconque démarche publicitaire visant à augmenter le nombre de nos abonnés. Ce ne serait même pas nécessaire. Car je vous connais bien. Surtout, je connais vos habitudes. Je sais pertinemment que vous appartenez à la classe d’âge sur laquelle s’appuie la presse. D’ailleurs, n’en déplaise à ce fichu coronavirus, je parie qu’elle pourra s’appuyer sur vous encore longtemps. J’y vois la preuve éclatante que la sagesse s’acquiert avec l’âge. Une ferme volonté de rester informé. Voire, mais oui, une soif d’apprendre jamais étanchée. A titre personnel, je me permettrai de détecter aussi, plus inconsciemment, peut-être, ce besoin de manifester un esprit citoyen et une solidarité régionale. En termes moins nébuleux, un réflexe de vie. Pas de survie!
De solidarité, vous en avez bien besoin en ces temps de confinement, chers aînés. Alors, rien que pour vous, avec quelques médias romands, on a imaginé de vous écrire une lettre quotidienne. Auteurs? Des gens de votre région, dans la plupart des cas. Vous serez ainsi entre amis. En terrain familier.

Nous avons laissé le champ libre à nos chroniqueurs, en leur conseillant toutefois de s’inspirer davantage de Rabelais que de Bossuet! Sûr qu’ils auront compris le message. A ce stade de la narration, permettez toutefois que je vous parle de ma mère. Certains d’entre vous la connaissent, d’autres ne la reconnaissent pas – je vous dis tout de suite pourquoi. Ma mère a 92 ans et elle est en parfaite santé. Moyennement confinée chez elle, elle peut s’occuper de son jardin et ainsi sortir sans prendre le moindre risque.

Comme vous tous, elle est privée de sa famille. Elle le prend plutôt bien, car elle se soucie surtout des autres et estime accessoirement encore faire partie des personnes favorisées. Si j’ai fait allusion à certains d’entre vous, c’est certes parce qu’elle a un vaste cercle de connaissances. Mais, surtout, jusqu’au confinement, ma mère faisait partie de l’équipe des visiteurs du home La Colline. Chaque semaine, elle s’y rendait pour réconforter des aînés généralement bien plus jeunes et bien plus malades qu’elle. Ils ne la reconnaissaient pas toujours. A 92 ans, ma mère a connu la plus forte accélération de l’Histoire et du progrès technique. Comme bon nombre d’entre vous, elle a aussi vécu des drames et des années de vaches maigres. Oui, tout comme vous, elle aurait pu se passer du coronavirus.

On lui souhaite un prompt retour au home. Comme visiteuse!

Pierre-Alain Brenzikofer

 

 

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