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Coronavirus

Lettres à nos aînés (21)

Comme dans le temps

Chers Aînés,

C’est un plaisir de vous écrire! Ce n’est pas un billet d’humeur, ni un courrier des lecteurs, c’est une simple lettre, ni commerciale, ni officielle, une lettre comme on en écrivait «dans le temps», avant les e-mails, les SMS et avant le téléphone. Alors, comme dans ces lettres de jadis, je vais tenter de vous décrire ce qu’il se passe dehors…

Eh bien, dehors, pour tout vous dire, c’est vraiment calme, trop calme, la circulation est presque nulle, les trains ont baissé leur cadence, le ciel, quand il est bleu, n’est plus zébré de traînées d’avions, ils ont disparu. Dans les rues, on ne voit que de rares promeneurs en couple ou avec un chien, quelques familles qui tentent le coup pour calmer les gosses, de temps à autre un sportif qui court et des agriculteurs qui n’ont pas le choix; ils continuent de vivre au rythme des saisons. Mais le plus impressionnant, c’est le silence, ce fameux silence qu’on réclame quand on est fatigué, il est là! Juste perturbé, si la météo le permet, par quelques cris d’enfants qui jouent dans un jardin, les veinards!

Vous qui êtes nés à l’époque où la voiture était un luxe, où les avions étaient des attractions, où les trains passaient quatre fois par jour. Vous qui avez joué, skié, lugé, fait du foot sur la route principale, si vous aviez la possibilité de sortir de chez vous, vous auriez l’impression de retrouver le temps de votre enfance.

Ça paraît inconcevable, mais un virus, un ennemi que l’on ne voit pas, a réussi à faire ce que même Greta n’osait espérer: clouer les avions au sol, garder les voitures au garage, réduire la consommation au strict minimum, arrêter des usines et nous rendre plus solidaires les uns envers les autres! Au premier abord ça paraît cool, mais c’est un peu le côté fleur bleue de la situation…

L’autre réalité, c’est celle des magasins au rideau de fer baissé, des restaurants fermés du jour au lendemain, des coiffeuses qui ne savent pas comment boucler le mois, des enfants privés d’école, des personnes qui se découvrent «à risque», bref, c’est celle de tous ces gens déjà sur le ballant qui, tout à coup, sont face à l’impensable, à l’incertitude, au chômage, face à la précarité.

Et il y a encore une autre réalité, plus sombre, c’est celle des malades, des morts dont les familles prennent congé en catimini, c’est celle des hôpitaux et celle de tous ceux qui ne peuvent pas rester sagement chez eux en attendant que ça s’arrange.

Pour une fois, il y a un semblant d’égalité, chacun a son lot de soucis. Les vicissitudes n’épargnent pas grand monde, on dit que nous sommes tous sur le même bateau, ça paraît vrai. Le virus et ses conséquences ne sont dirigés contre personne en particulier. On peut être triste, avoir l’ennui des gens qu’on aime, mais on peut se dire qu’on n’est pas seule victime et se réjouir des petits plaisirs du jour et du printemps qui va revenir.

Mes chers aînés, il faut que je vous quitte, je vous remercie de m’avoir lu et vous souhaite une belle journée. Malgré l’isolement, merci pour le sourire que vous donnez à celle ou celui qui vous apporte les commissions ou le repas et si vous avez besoin d’aide, demandez, j’ai vu que plein de monde était prêt à rendre service.

Prenez soin de vous, restez à la maison, vos pensées, vos prières réchauffent nos cœurs!

Avec mes respectueuses salutations.

Richard Vaucher, président de la chambre d’économie publique, Tramelan

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