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Coronavirus

Lettres à nos aînés (19)

Le maillonfort de la chaîne

Chers aînés,

Des doutes, des questionnements, un flot d’informations pas très rassurantes, des barrières qui s’érigent, tout cela est votre, notre quotidien. Dans ce marasme lié au coronavirus, il faut relever que la solidarité et le respect sont à nouveau des mots qui reprennent tout leur sens. Solidarité, respect, ces mots, dans mes souvenirs, me replongent dans mon enfance. Je les entends encore de la bouche de mes parents, grands-parents. A l’époque, cela se traduisait surtout par les recommandations «rabâchées» constamment. Ne pas oublier de saluer toutes les personnes croisées dans les rues du village. Aller ouvrir la porte à la dame qui sortait du petit magasin. Ne rien toucher, regarder seulement avec les yeux. Porter les courses jusqu’à la maison, avec mes sœurs, même si j’étais le petit dernier. De cette période, il y a aussi ces paroles venant de mon papa qui, quand tout allait de travers, avait souvent cette petite phrase: «Nous sommes un maillon de la chaîne, on est tous dans le même bateau»

Avec le recul, moi qui suis grand-papa et bientôt à la retraite, cette période de vie a eu un impact important sur ma vision des choses. Transmission des valeurs, respect de l’autre, solidarité.

Dans mon esprit, chaque génération est un maillon d’une très longue chaîne, dont seul quatre d’entre eux sont visibles. Elle avance lentement vers l’infini, toujours bien tendue avec des maillons solidaires. En écrivant ces lignes, ces maillons solidaires me font penser à une course cycliste où ce n’est pas celui qui gagne qui est forcément le meilleur. Pour gagner, il faut être fort, explosif, être au bon endroit au bon moment et, surtout, avoir de très bons coéquipiers. Des coéquipiers sachant garder le bon rythme, anticiper l’effort dans la longueur des montées, maîtriser la dangerosité des descentes, faire en sorte que l’équipe reste soudée. Réagir et garder la tête froide, quand l’orage menace, le vent, la pluie viennent perturber la course. Pour gérer tout cela, il faut une certaine expérience, celle qui s’acquiert avec l’âge. C’est uniquement avec toute cette expérience et la solidarité qu’une course se gagne.

Aujourd’hui, nous sommes avec le Covid-19, un peu comme dans une course cycliste où tout le monde a un rôle à jouer. Tous les maillons visibles de cette chaîne doivent être solidaires, même si cette dernière reçoit de grosses secousses. Elle en a vu d’autres, mais sachez, chers aînés, que pour moi, même s’il n’y a pas de maillon faible, de cette chaîne, vous êtes le maillon fort. Celui qui tire vers l’avant, qui s’inquiète, qui conseille et fait bénéficier de son expérience les autres maillons. Pour cela, je vous dis, prenez soin de vous et merci…
Merci également à tous ces «maillons solidaires», ces petites mains qui, chacune, chacun dans leur domaine et à leur niveau, font que le maillon des aînés reste le maillon fort et que cette chaîne reste bien tendue, cela fait chaud au cœur.

Pascal Balli, loveresse, président de  la commission politique troisième âge du jura bernois

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