Vous êtes ici

Coronavirus

Lettres à nos aînés (18)

Les vertusdu calme

C’est incroyable: la menace d’une maladie dangereuse vient de réaliser l’impensable. Le pays s’est arrêté. L’effervescence de la ville, l’hystérie commerciale, la débauche de déplacements, l’hyperactivisme professionnel mais aussi sportif, culturel, social... Toutes les caractéristiques de notre époque trépidante sont comme suspendues. Depuis quelques jours, un calme étrange règne sur nos vies. Qui aurait pensé que cette immobilisation soit encore possible?

Pour certaines et certains d’entre nous, c’est totalement déstabilisant. La course est une drogue dont on ne se démet pas si facilement. La multiplication impressionnante des joggeurs de toute sorte dans les espaces publics le prouve: beaucoup ne peuvent assagir leur besoin irrépressible de courir.

Le danger mortel d’un virus non maîtrisé nous impose pourtant de lever le pied. Rester chez soi, voir moins de gens, restreindre ses activités à l’essentiel, voilà le programme de nos prochaines semaines.

S’il est une catégorie de la population pour laquelle cette perspective n’est pas une nouveauté, ce sont bien les aînés. Pour les plus âgés, en fait, le calme est déjà une réalité qui ne cesse de gagner du terrain. Elles sont nombreuses, ces personnes qui perdent leur force et leur autonomie. Les sorties se font rares. Les contacts sociaux s’amenuisent. Les possibilités d’action disparaissent. Une tranquillité contrainte s’impose inexorablement.

Ce calme obligé n’est pas toujours facile à vivre. Les plus vieux le savent bien. Il faut s’en accommoder et cela non sans peine. Mais, si on parvient à l’apprivoiser, c’est important de signaler que le calme n’a pas que des inconvénients. Car l’immobilité peut nous délivrer des éparpillements qui nous absorbent. Elle nous offre une occasion de nous recentrer sur l’essentiel. Elle recrée de l’espace pour la pensée, alors que nos existences sont si fortement absorbées par les actions aussi frénétiques que désordonnées.

La réflexion, la méditation... et pourquoi pas la prière: voilà des exercices avec lesquelles cette période de confinement nous permettra peut-être de renouer. L’occasion est donc unique de reprendre conscience des vertus du calme. Et nos aînés sont probablement les mieux placés pour nous enseigner les voies de cette sagesse. Alors, merci à eux de nous aider à réapprendre à mieux être plutôt qu’à vouloir toujours trop faire.

Cédric Némitz, conseiller municipal, Bienne

Articles correspondant: Région »