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Coronavirus

Lettres à nos aînés (16)

J’espère que nous en faisons trop...

Chers aînés,

Vous devez trouver cette situation bien étrange.

Dehors, le printemps verdit nos pâturages et nos balcons. Le soleil réchauffe l’atmosphère et les jonquilles sont au rendez-vous. Pourtant, personne ne sort pour les cueillir, ni vous apporter un bouquet. Coronavirus oblige.

Les échos qui vous parviennent du Tessin et des régions voisines n’ont rien de réjouissant. Pour l’heure, le canton de Berne ne connaît pas la même explosion de cas de contagion que dans certains autres cantons, mais la maladie se propage rapidement. C’est pourquoi nous nous préparons sans relâche afin de créer des places de soin supplémentaires, acheminer du matériel et mobiliser du personnel médical.

La situation est très délicate à gérer et évolue sans cesse. Il faut agir vite, tout en sachant que la décision prise un jour ne sera peut-être plus la même le lendemain. Car des certitudes sur ce nouveau virus, personne n’en a pour l’instant.

Les certitudes que nous avons sont ailleurs. Comme la certitude de faire le maximum pour vous protéger contre le coronavirus. Vous protéger, vous, chers aînés, de même que protéger vos familles et votre entourage. C’est la plus grande prudence qui guide mes décisions en tant que directeur de la Santé du canton de Berne. Et cette prudence m’oblige à prendre des mesures que certains jugeront excessives, mais qui sont, je vous l’assure, nécessaires.

Je sais combien cruel doit vous paraître d’être privés des visites de vos proches. Franchement, quelle société démocratique impose à ses citoyennes et citoyens une «distanciation sociale»? La Suisse, havre de stabilité, traverse une crise comme elle n’en a plus connu depuis des décennies. Cela nous impose de changer nos habitudes, de renoncer momentanément à certains acquis qui nous paraissaient tout naturels. Personne n’aime cela, c’est bien normal. Et pourtant il le faut. Pour vous protéger.

Paradoxalement, cette éclipse temporaire du vivre-ensemble fait apparaître partout dans le pays de nouvelles formes de solidarités intergénérationnelles. Sous la forme de voisins qui s’entraident, d’associations qui se créent tout spécialement pour épauler les personnes confinées, de classes entières qui dessinent depuis la maison pour égayer les foyers et les homes. Autant de petits gestes qui témoignent du profond attachement des Suisses pour leurs aînés.

Comme ces milliers de concitoyens, je n’oublie pas que c’est à vous que nous devons le beau pays dans lequel nous vivons. Un pays libre, en paix, riche, tourné vers l’avenir, et bien armé pour affronter la crise du coronavirus.

C’est seulement lorsque le moment de tirer le bilan sera venu que nous saurons si nous avons pris les bonnes décisions. Que nous saurons si nous vous avons exagérément protégés.

Au pays de la mesure et du consensus, j’espère, une fois n’est pas coutume, que nous en faisons trop. Nous vous devons bien cela.

Pierre Alain Schnegg, directeur de la santé du canton de Berne

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