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Coronavirus

Lettre à nos aînés (2)

Le rédacteur en chef du Journal du Jura nous l’a dit dans un bel éditorial. La Suisse, si souvent épargnée par les tribulations de l’Histoire, est elle aussi victime du virus qui nous trouble et bouscule nos habitudes. Nous avons un peu oublié que notre pays fait partie du monde et que nous ne pouvons sans cesse nous soustraire aux maux qui le ravagent. Nous sommes les aînés, chers amis, moi comprise. L’avenir est plein de risques, la maladie peut fondre sur nous à tout instant.

Et si nous décidions, au lieu de trembler devant l’incertitude, de nous souvenir des beaux moments de notre vie? Je sais que, pour beaucoup d’entre vous, le quotidien n’a pas toujours été simple, que bien des épreuves ont ponctué vos jours. Mais, dans tous les parcours, aussi difficiles soient-ils, existent des éclaircies. Chacun d’entre nous peut se rappeler un moment heureux. Une scène d’enfance, un jardin, des vacances en famille, la découverte de la mer, le premier baiser, la poignée de main d’un ami resté fidèle. A tous ceux-là je dis: creusez en vous, touillez votre passé. Même si vous êtes dépourvus d’espoir, cherchez bien. Il y a quelque part un souvenir, une lumière qui fait que la vie n’a pas été vaine. Retrouvez ces instants et, en quelques mots, même si vous ne savez pas écrire, même si vos phrases sont maladroites, écrivez-les. Pour vous-mêmes, pour vos enfants et petits-enfants. Pour laisser une trace, si humble soit-elle.

Je vous relate une anecdote qui m’est précieuse. Depuis toujours, j’aime me déplacer en train. Un jour, j’ai reçu la lettre d’un inconnu. Stupéfaite, j’ai appris que son auteur était contrôleur aux CFF et que, par hasard, il avait trouvé par terre dans un wagon une carte qui m’était destinée. Envoyée par ma fille qui souhaitait un bon anniversaire à sa maman chérie. Cette carte me servait de signet. Le contrôleur me la renvoyait avec une lettre charmante disant qu’il aurait été peiné d’avoir égaré un si gentil message. Emue par tant d’obligeance, je lui écrivis une lettre de remerciement, souhaitant le rencontrer lors de mes périples. Hélas. Je n’ai pas eu l’occasion de me trouver face à cet aimable contrôleur. Mais il m’est resté très cher.

Je suis sûre que, dans votre vie, existent beaucoup de petites histoires comme la mienne. Des histoires qui réchauffent le cœur. Rappelez-vous, et notez-les!

Claudine Houriet, écrivain, Tramelan

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