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Culture

Les toilettes dans le viseur

Pavel Schmidt s’attaque à un objet iconique de l’art contemporain: l’urinoir. Le Biennois analyse l’effet Marcel Duchamp dans son livre «Duchamp Defekt».

Admirateur de Marcel Duchamp, Pavel Schmidt s’inspire des toilettes depuis les années 80. LDD

Par Maeva Pleines

L’humour se mêle à l’interprétation artistique dans le dernier ouvrage de Pavel Schmidt. Le Biennois signe «Duchamp Defekt», un hommage au peintre, plasticien et homme de lettres Marcel Duchamp. «L’idée m’est venue assez spontanément, car cela fait une quinzaine d’années que je prends en photo des urinoirs défectueux, lors de mes nombreux voyages», raconte Pavel Schmidt. Intéressé par cet objet du quotidien depuis les années80, l’artiste l’a déjà régulièrement incorporé dans ses œuvres.

Lorsque le peintre, dessinateur et sculpteur aborde le sujet, les toilettes semblent en effet se parer d’une aura toute particulière. «Il y a un côté énigmatique dans ces artefacts. J’ai, par exemple, toujours trouvé étrange de retrouver des cuvettes dans des containers de déchets. Cela ne semble pas anodin: quand on y pense, d’anciennes toilettes sont plus personnelles qu’un vieux parquet», illustre-t-il. Et d’analyser le pouvoir des WC de mêler quotidien et tabou, public et intime. «Partout dans le monde, nous sommes tous concernés par ces objets prosaïques. Et, en même temps, ils touchent particulièrement les artistes depuis le scandale de l’urinoir de Marcel Duchamp.»

Effet Duchamp
Pavel Schmidt fait ainsi référence à Fontaine, le ready-made le plus iconique et controversé de l’histoire de l’art présenté en 1917. Marcel Duchamp est l’inventeur du concept de ready-made, soit un objet manufacturé qu’un artiste s’approprie tel quel, lui ajoutant un titre, une date et éventuellement une inscription. «Son approche est révolutionnaire. Elle questionne l’essence de l’art fondamentalement: la seule proclamation d’une œuvre en tant que telle suffit-elle à élever n’importe quelle chose au rang d’objet artistique? Qu’est-ce qui définit l’art? Le créateur ou l’œuvre?» résume Pavel Schmidt.

Ces questions sont ainsi abordées dans «Duchamp Defekt». «Bien que l’artiste français ait donné de nombreux interviews pour disserter de son approche, il y reste une part de mystère. C’est pour cela que le livre se compose notamment de deux essais, de moi et de Stefan Banz, qui accompagnent le cahier photographique», décrit le Biennois.

La partie illustrée comporte 104clichés de pissoirs défectueux, collectionnés sur le téléphone portable de Pavel Schmidt. «Il s’agit davantage d’un commentaire artistique que d’art à proprement parler», prévient-il, tout en soulignant l’ironie dont il aime parer ses créations. On peut en effet s’amuser des différentes ambiances de lieux d’aisance, parés de signalétiques plus ou moins joyeusement improvisées par les agents de propreté. «L’humour fait partie de mon mode de communication. Et l’art, c’est en partie de la communication», commente Pavel Schmidt.

Il précise d’ailleurs que son ouvrage ne s’adresse pas uniquement à des amateurs avertis. «Grâce à l’aspect humoristique et le côté voyeur des bas-fonds de notre humanité commune, le livre parlera à tout un chacun», estime-t-il. Un financement participatif de 4000francs est, par ailleurs, en cours pour compléter les soutiens de la maison d’édition art&fiction et des cantons de Soleure et de Vaud. Parmi les prix, il est possible de s’offrir une rencontre avec l’artiste, dans son atelier, ancienne usine de tissage.

«Duchamp defekt» est disponible dès ce mardi, à travers une commande en ligne à l’adresse [email protected] ou via le Wemakeit.

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