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Les derniers francophiles bernois

Même si sa cote d’amour n’est plus aussi forte qu’à l’époque des plébiscites, le Jura bernois dispose toujours d’un lobby dans l’Ancien canton prêt à le défendre lors de chaque élection fédérale, notamment.

Les derniers francophiles bernois

<span style="font-style: italic;">Pierre-Alain Brenzikofer</span><br><br>Ces Bernois francophiles se retrouvent principalement au sein des associations BERNbilingue (anciennement Les amis du Jura bernois) et Aktion Solidarität zum Berner Jura. Signe des temps, cette francophilie et cette certitude que le canton perdrait de son importance si le Jura bernois devait le quitter sont peut-être en perte de vitesse dans la Berne alémanique. A moins que le Jura bernois ne porte une part de responsabilité dans tout ça? Pour y voir plus clair, on a contacté les mouvements concernés.<br><br>BERNbilingue, le plus important, est présidé par l’avocat de Muri Michael Stämpfli. Parfait bilingue, orateur remarqué lors de nombreux congrès de Force démocratique, l’intéressé règne sur une association forte de quelque 800 membres qui, selon ses statuts, s’engage pour le maintien d’un canton bilingue et milite pour la coexistence paisible des différentes cultures.<br><br>Dans cette optique, le précité et ses amis s’efforcent de sensibiliser les Bernois alémaniques aux difficultés particulières que la minorité francophone rencontre dans un contexte majoritairement alémanique, de rappeler aux deux communautés linguistiques cette fois la valeur et l’importance du statut bilingue du canton «pour eux, pour les Bernois, pour la Suisse» , insiste Michael Stämpfli. Bien évidemment, BERNbilingue milite en faveur de l’amélioration de l’enseignement de la deuxième langue du canton et s’engage forcément pour la tolérance dans les relations entre les deux communautés. «Mieux se connaître, mieux se comprendre» , tel est son slogan.<br><br><br><span style="font-weight: bold;">On ne lutte pas </span><br>Pour ce qui est de la forme comme du fond, l’association ne se considère surtout pas commune un mouvement de lutte. Elle n’est pas davantage partisane des actions spectaculaires.<br><br>«Nous faisons plutôt un travail de lobbying, comme nous intervenons systématiquement auprès des instances politiques afin que le statut bilingue du canton soit respecté et vécu» , précise le président. Tout de go, on lui a demandé si l’intérêt des patriciens bernois pour le Jura bernois allait en diminuant. Bon, le terme de patricien l’a un brin titillé: «Qu’entendez-vous par là? Pour moi, les patriciens étaient ces anciennes familles de la bourgeoisie de Berne qui dirigeaient l’Etat sous l’Ancien Régime. Or, BERNbilingue n’est pas une organisation patricienne ni une organisation de la bourgeoisie de la ville.»<br><br>Voilà qui est dit. Pour le reste, Michael Stämpfli relève que l’intérêt des Bernois alémaniques est en baisse dans la mesure où les agressions contre le Jura bernois «ont diminué ou sont devenues moins visibles» , mais aussi parce que « plus personne ne comprend pourquoi on peut, aujourd’hui encore, discuter d’un déplacement de frontières cantonales» .<br><br><br><span style="font-weight: bold;">Un paradoxe, un </span><br>Paradoxalement, notre interlocuteur décèle un constant sentiment de sympathie des Alémaniques vis-à-vis de l’élément francophone: «Les Romands apportent une bouffée d’air frais à ce canton majoritairement alémanique. J’ajouterai encore que les milieux politiques et intellectuels de chaque parti du canton sont généralement conscients des valeurs et des atouts du statut bilingue. Ainsi, il est très rare que nos objectifs et nos idées soient rejetés.»<br><br>Pour ce qui est du passé prestigieux où le Jura bernois comptait cinq conseillers nationaux, Michael Stämpfli livre une analyse intéressante. Pour lui, pareille situation était tout bonnement anormale: «Aujourd’hui, le Jura bernois est une des nombreuses Randregionen du canton. Dès lors, c’est avant tout la région elle-même qui doit prendre son destin en main. A ce niveau, l’Oberland est beaucoup plus agile et actif à l’heure de placer ses gens sous la Coupole fédérale. Depuis plusieurs années, on manque de politiciens d’envergure dans le Jura bernois, qui jouent un rôle important sur le plan cantonal. Certaines sections des partis de ce coin de pays n’effectuent pas un travail de base politique solide pour mettre en avant des candidats qui ne franchiront peut-être pas le cap la première fois, mais la deuxième ou la troisième.»<br><br>Le problème de la langue? Pour le président de BERNbilingue, ce n’est pas un obstacle insurmontable dans un canton justement bilingue: «Dans ces conditions et sachant que du point de vue mathématique, le Jura bernois aurait droit à 1,5 conseiller national, la situation actuelle n’est pas aussi triste que ça.»<br><br>Et Michael Stämpfli de rappeler que Walter Schmied a été réélu trois fois sans problème et sans le cumul que lui avait accordé l’UDC lors de sa première campagne. «Cela aurait toutefois été impossible sans le soutien massif de l’Ancien canton. Je rappelle aussi que normalement, le conseiller d’Etat francophone est (ré)élu sans qu’on doive avoir recours à la garantie prévue par la Constitution.»<br><br>Enfin, en ce qui concerne notamment l’agglomération de Berne et le Seeland, l’avocat a l’impression que les candidats francophones y bénéficient toujours d’un certain potentiel de sympathie. Au moins, soutient-il, jamais on n’y biffe des personnes sous prétexte qu’elles parlent la langue de Voltaire.<br><br><br><span style="font-weight: bold;">La représentation d’abord </span><br>La recette pour élire des Romands? Du côté de BERNbilingue, on rappelle en permanence l’importance de la représentation de l’élément francophone du canton sous la Coupole. A ce titre, le mouvement a mis les responsables des grands partis face à leurs responsabilités. Il leur a demandé de faire le nécessaire pour que les candidats romands aient l’occasion de se présenter en terre alémanique.<br><br>«Autrefois, nous militions encore en faveur de tous les candidats francophones, glisse Michael Stämpfli. Mais comme nous sommes strictement neutres en ce qui concerne l’appartenance à des partis politiques, nous rencontrions certaines difficultés. Avec la polarisation vécue ces dernières années, toute campagne est dès lors devenue impossible pour nous.»<br><br>Preuve de plus que la vie politique du Jura bernois n’est pas un long fleuve tranquille...<br><br><br><br><br><span style="font-weight: bold; text-decoration: underline;">«Sans le Jura bernois, une perte énorme de poids politique!»</span><br><br><br><span style="font-weight: bold;">AKTION SOLIDARITÄT ZUM BERNER JURA </span><br><br>Moins connu que BERNbilingue, ce mouvement se dit autonome, mais avoue néanmoins de bonnes relations avec l’autre association. «Plusieurs de nos membres sont également membres de BERNbilingue» , précise Hans Maurer, de Mattstetten. Pas question, toutefois, pour ce dernier, de donner des précisions sur le nombre d’adhérents et encore moins de dévoiler des noms. L’Aktion Solidarität zum Berner Jura entend ainsi éviter toute forme de récupération.<br><br>Cela dit, ce cénacle a pour objectif majeur de rappeler aux citoyens de l’Ancien canton que deux tiers des Jurassiens bernois souhaitent bel et bien demeurer bernois. S’il s’est constitué, c’est parce que ses membres sont parfaitement conscients qu’il n’est pas évident de «vendre» la partie francophone, en raison de la langue, bien sûr, mais aussi de possibilités de communication jugées déficientes.<br><br>Hans Maurer tend ici un doigt accusateur en direction des médias – «A l’exception de votre journal» – qui méprisent, selon lui, un peu tout ce qui vient du Jura bernois, qu’il s’agisse de prises de position de sa majorité politique, de faits, de réalisations concrètes, etc. «Par contre, les actions spectaculaires des séparatistes trouvent toujours un bon écho dans la presse, déplore le citoyen de Mattstetten.<br><br>Pour en revenir aux membres, notre interlocuteur précise cependant que certains parlementaires fédéraux ou anciens parlementaires fédéraux appartiennent à l’Aktion Solidarität zum Berner Jura. Ce qui permet à cette dernière de marteler dans certains cercles que le canton de Berne, grâce notamment au Jura bernois, joue un très important rôle de pont entre Suisse alémanique et Suisse romande.<br><br><br><span style="font-weight: bold;">POUR JEAN-PIERRE GRABER</span><br><br>Eu égard aux spécificités décrites plus haut, le mouvement de Hans Maurer juge pouvoir s’engager franchement en faveur d’une réélection de Jean-Pierre Graber. Il en appelle aussi à une solidarité envers le Jura bernois dépassant le cadre des partis.<br><br>Cela dit, le Bernois admet que le soutien à la destinée de cette région n’est plus aussi fort que par le passé. L’homme précise même qu’il y a plusieurs raisons à cela. Tout d’abord, il juge que toutes les périphéries du canton passent de plus en plus au second plan au profit des centres. Et pas seulement en termes d’habitants, mais aussi en matière d’économie. Un constat qui vaut, d’après lui, pour l’Emmental et l’Oberland «et aussi partiellement pour le Jura bernois, quand bien même cette région joue, hier comme aujourd’hui, dans la catégorie supérieure en matière d’économie.»<br><br>Le mouvement aimerait dès lors contribuer à ce que le Jura bernois soit mieux pris en considération dans tout le canton: «D’un point de vue identitaire, il appartient à Berne et pas au Jura.»<br><br>En ce sens, l’Aktion Solidarität zum Berner Jura ne comprend vraiment pas pourquoi cette partie devrait revoter sur son appartenance politique, alors que deux tiers de ses habitants ne veulent toujours pas entendre parler du nouveau canton: «C’est pour cela qu’il nous semble fondamental que votre région puisse toujours disposer d’un parlementaire fédéral sous la Coupole. Dans ce contexte, nous appelons tous les citoyens bernois à mesurer les conséquences d’une non-réélection de Jean-Pierre Graber. Malheureusement, de nombreux électeurs ne sont tout simplement pas conscients de l’importance de l’enjeu.»<br><br>A ce stade du récit, Hans Maurer dit vivement déplorer que contrairement à la situation qui prévalait durant les années de braise, tous les partis ne se rangent aujourd’hui plus de manière intransigeante derrière la bannière des trois ex-districts: «Le Parti socialiste et les Verts ont attiré des autonomistes dans leurs filets pour augmenter le nombre de leurs suffrages , déplore Hans Maurer. Voilà pourquoi il manque aujourd’hui cette harmonie qui dépassait jadis le cadre des partis. Quoi qu’il en soit, il est fondamental à nos yeux que l’Ancien canton manifeste sa solidarité à l’égard du Jura bernois lors du scrutin de ce week-end.» <br><br><br><span style="font-weight: bold;">UNE PERTE SIGNIFICATIVE</span><br><br>Dans ce contexte, l’Aktion Solidarität zum Berner Jura diffuse ce message littéralement jusqu’à extinction de voix: «Sans le Jura bernois, le canton de Berne perdrait énormément de son poids politique.»<br><br>Une évidence, certes. Mais les Bernois de l’Ancien canton en sont-ils vraiment conscients? Esquisse de réponse ce week-end, lors du scrutin fédéral. <br>

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