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La Neuveville

Il navigue entre passion et sacrifice

Récompensé par le prix du mérite sportif, Yann Burkhalter vise la traversée de l’Atlantique

Yann Burkhalter (à gauche) avec sa sœur Fabienne sur le M34 lors du Tour de France 2014. LDD

Lyndon Viglino

Samedi 9 mai, la remise des mérites sportifs et culturels a lieu à La Neuveville. Ce soir-là, Yann Burkhalter, navigateur, reçoit bien plus qu’un simple prix, une reconnaissance pour tous les sacrifices faits en faveur de sa passion, qui souffre d’un manque de médiatisation.

Son sport? La voile. Contrairement à la majorité des enfants, il n’a pas passé sa jeunesse sur le plancher des vaches en tapant dans un ballon. «J’ai tout de même fait du vélo trial jusqu’à mes 12 ans. Mon bon niveau m’a permis de participer à des compétitions dans toute l’Europe», confie le jeune homme originaire d’Orvin. En plus d’aimer les sports peu connus, il a le goût du voyage…

Entre Auckland et Monaco

«J’ai fait mon école enfantine à Orvin, puis deux ans en Nouvelle-Zélande», raconte l’aventurier de 24 ans qui n’a pas attendu longtemps avant de repartir. «Lors de mes 4e et 5e années scolaires, j’ai suivi les cours par correspondance, car nous avons voyagé en caravane dans l’Europe avec mes parents et ma sœur».

Une vie mouvementée qui s’est poursuivie à La Neuveville. Là, il a connu – enfin – une vie «normale». Enfin presque. La cité médiévale du bord du lac de Bienne accueille  «la Bordée de Tribord», un club de voile qui va l’emmener bien plus loin que les frontières helvétiques.

Sélectionné dans l’équipe de Suisse d’optimiste, regroupant les 12 meilleurs du pays, son programme sera à nouveau international. Une participation au Championnat d’Europe en Suède, des camps d’entraînement hivernaux à Monaco et tout ça alors qu’il était à peine âgé de 14 ans.

L’évolution classique dans le monde de la voile le pousse à passer au laser. Son talent l’emmène à nouveau au Championnat d’Europe, à Douarnenez, en France. Le monde des dériveurs laissé de côté, il débute en 2009 ses expériences sur de plus grands bateaux. Préparateur et navigateur avec une équipe semi-professionnelle du lac Léman, il fait plus ample connaissance avec les multicoques.

Mais l’un de ses plus beaux souvenirs reste le Tour de France 2014, durant lequel il officie en tant que skipper sur un M34, un lesté de l’association Bienne-Voile.

Une saison en équipe

Cette saison, le double vainqueur du Championnat des Trois-Lacs (2007-2008) en laser disputera notamment la Rolex Fastnet Race (à huit sur le M34), course mythique se déroulant en Angleterre. «Les cinq jours du Léman» reste cependant son défi principal. Il s’agira de sa quatrième participation à la plus longue course en eau fermée et sans assistance d’Europe. A deux sur le Surprise, bateau sur lequel il s’entraîne tous les mercredis soir, mais qui se pilote normalement à quatre.

Nouveauté cette saison, la «Swiss sailing league». Inspirée du football, cette ligue sera à terme composée de deux groupes: «Super League» et «Challenge League». Navigant tous sur des bateaux identiques, le but de cette compétition est de désigner le meilleur club de voile de Suisse, les premiers représenteront le pays à une échelle européenne. Le jeune Neuvevillois représentera La Bordée de Tribord avec ses coéquipiers.

Parents, directeurs ou maîtres d’apprentissage: tous lui ont laissé du temps pour progresser sur l’eau. «Tant que mes résultats scolaires étaient bons, ils étaient d’accord de me laisser faire de la voile», commente  le détenteur d’un CFC en construction navale. Yann Burkhalter est d’ailleurs retourné dans l’entreprise de Colombier qui l’a formé. Un salaire à l’heure et la possibilité de naviguer comme bon lui semble lui permettent de pouvoir s’épanouir pleinement.

Du point de vue strictement sportif, il est entouré des membres de la Bordée de Tribord et de l’association Bienne-Voile. Parmi eux, sa sœur Fabienne, également navigatrice, l’épaule dans un projet audacieux, la Mini Transat 2017, soit la traversée de l’Atlantique (7450 km entre Douarnenez et Pointe-à-Pitre en solitaire). «J’ai participé à la Translémanique en solitaire l’an dernier et cela m’a bien plu», explique Yann Burkhalter.

Le problème? Participer à la Mini Transat coûte plusieurs centaines de milliers de francs. Entre l’achat du bateau, l’entretien et divers frais, il ne pourra pas y participer sans sponsors.

La voile en trois mots

Bateaux Il existe différents types de bateaux. Toujours plus grands, toujours plus lourds et toujours plus chers. En monocoques, on commencera par des optimistes (seul, environ 5000 fr.), puis des lasers (seul, env. 10 000 fr.) pour passer ensuite à des lestés.
 Il s’agit de voiliers plus lourds, auxquels du lest a été ajouté.

Bienne-Voile possède deux lestés, un Surprise (équipe de quatre, env. 60 000 fr.) et un M34 (équipe de huit, env. 200 000 fr.). Les multicoques (catamarans, trimarans) sont évidemment encore plus grands et encore plus chers.

Onéreux Les différents équipements spécifiques à la voile coûtent cher. Plusieurs milliers de francs sont nécessaires chaque année pour les habits et le matériel de sécurité que chaque navigateur doit se procurer. A cela viennent s’ajouter les cotisations, les frais de déplacement et de participation aux différentes compétitions.

Manque de soutien  Les infrastructures mises à disposition pour la voile en Suisse restent limitées. En optimiste et en laser, deux bateaux utilisés par les juniors, les meilleurs éléments du pays disposent de moyens supplémentaires grâce à l’équipe de Suisse. Mais par la suite, c’est un peu chacun pour soi. Difficile pour un sport dont les plus grandes courses sont en haute mer.

Pour contacter Yann Burkhalter: [email protected]

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