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Projet de fusion

Erguël: la vie de château?

Quelques personnalités des communes d’Erguel donnent leur avis et évoquent leurs interrogations sur le projet de fusion de leurs cinq villages.

Patricia Boillat de Courtelary parle en faveur des employés d'administration. Blaise Droz

Blaise Droz

En route vers une future commune d’Erguël, les habitants de cinq localités du Haut-Vallon vivent à l’heure des questions après la séance d’information de jeudi dernier qui a répondu à une partie seulement de leurs  interrogations, tout en ouvrant la boite de Pandore pour beaucoup d’autres. Le JdJ a voulu savoir dans quelle mesure la population est pour ou contre ce projet dont les autorités en place tendent à dire qu’il est vital pour l’organisation politique du futur.

Tout à l’Est de la commune en projet, Patricia Boillat qui quittera tout prochainement ses fonctions d’employée communale de Courtelary afin de profiter d’une retraite méritée, se prononce contre le projet. Mais celle dont le cœur bat à gauche dit aussi comprendre les arguments pour, au point de presque les accepter... «Il est normal de défendre ma profession et ceux qui continueront de l’exercer à l’avenir. Les employés de l’administration communale sont des gens polyvalents, qui savent mieux que quiconque aider les citoyens à résoudre leurs problèmes. «C’est une profession magnifique que l’on risque de détruire», regrette-t-elle.

A Saint-Imier, le radical Pierre Leuthold, ancien enseignant, ancien conseiller municipal et ancien membre du législatif fait un peu figure de vieux sage. La fusion, il y est favorable. Mais selon lui, une quantité de questions devront encore trouver leur réponse avant que l’on puisse se prononcer en connaissance de cause. Il estime que la séance d’information de Sonvilier la semaine dernière a surtout démontré que de (trop) nombreux points restent flous.

A l’Ouest de la future entité, nous avons titillé les clients du Cercle à Sonvilier. Pas trop favorables à la fusion mais pas non plus fermés comme des huîtres, André Hohermuth et Wilfred Schnegg ont donné leur avis en concédant qu’à ce stade, ils demandent encore à voir. Le patron, Raymond Butikofer , un ancien de Sainti, se changeait parfois  de tempérer les propos les moins favorables.

De manière générale et sans que ces quelques avis ne soient représentatifs de ceux de l’entier de la population, le sentiment qui prévaut est qu’il faudra de solides arguments pour aller à l’encontre du «chacun pour soi».

Il était naturel que Patricia Boillat se préoccupe d’abord du sort de l’administration communale et des employés des petits villages. «Que deviendront-ils?», se demande-t-elle.

Lors de l’assemblée d’information de la semaine dernière, elle a entendu comme tout le monde son propre maire, Benjamin Rindlisbacher affirmer que tous les employés communaux des cinq entités retrouveront un emploi à des conditions salariales  inchangées. Elle n’a pas manqué d’entendre aussi que la nouvelle commune n’aura plus besoin que d’un seul secrétaire communal et un seul caissier. Elle s’en inquiète. «Des gens parfaitement formés et compétents devront se contenter de postes subalternes et effectuer des tâches répétitives comme à l’usine. Pourtant, c’est au guichet, face aux citoyens qu’ils expriment leurs compétences, pas dans un bureau fermé.»

Pierre Leuthold bute sur le même problème mais dans un sens différent. «Garantir que tout le monde retrouvera un poste et son salaire empêchera de réaliser des économies, ce qui devrait être aussi l’objectif d’une fusion. Il n’y aura aucun avantage à espérer dans une commune qui emploierait plus d’employés que nécessaire.

A la table ronde du Cercle, les habitués pensent avant tout aux guichets qui, selon eux, devraient toujours exister dans chacune des communes actuelles. «Mais il semble bien qu’en cas de fusion, on devra se rendre à Saint-Imier. Pour les gens qui n’ont pas de voiture, c’est compliqué, il faudrait davantage penser à eux!»

Cinq membres seulement
Le projet de commune unifiée prévoit un Conseil municipal de seulement cinq membres y compris le maire. Même si rien n’est encore coulé dans le bronze, il devrait s’agir de miliciens avec une part de professionnalisme. Patrick Tanner, maire de Saint-Imier parlait de réserver par exemple deux après-midi par semaine à la fonction, outre l’inévitable travail en soirée. En effet, un gros problème actuel des communes est que le nombre de séances à planifier en journée avec des fonctionnaires ou des entreprises  est en augmentation.

Cinq membres pour l’exécutif d’une commune de plus que 9000 habitants, est-ce suffisant? Pierre Leuthold tranche sans hésiter: oui, ce sera très bien ainsi. «L’important est d’avoir aussi un Conseil général. En revanche, la chose à éviter serait de laisser l’administration prendre le dessus sur le politique.

 

Là où l’on se crispe
En ce moment, c’est l’hiver et dans les rues de Saint-Imier, le parcage des véhicules est plus difficile que jamais. Hier durant une longue partie de la matinée, dans les rues adjacentes à l’axe principal, une grande partie des places étaient interdites d’accès, afin de pouvoir en fraiser la neige. Interdiction valable dès 6 heures du matin mais qui restait en vigueur durant plusieurs heures. «Si les «Sainti» veulent que l’on se rende chez eux, il faudra qu’ils s’organisent un peu mieux pour que l’on puisse se garer!», disait un client du Cercle de Sonvilier, qui revenait précisément de la «ville».

Géographiquement, Sonvilier n’est que peu éloigné de Saint-Imier, mais pour ce qui est des mentalités, nos interlocuteurs assurent qu’ils se sentent beaucoup plus proches de Renan. «Ils vivent dans un petit village comme le nôtre et ont des préoccupations similaires. A Saint-Imier, ils pensent différemment, c’est un village qui veut fonctionner comme une ville.»

Un législatif élu
Mais, du positif on en voit aussi. Patricia Boillat trouve qu’un Conseil général serait une bonne chose pour faire avancer les dossiers ou ne mettre de nouveaux sur la table de l’exécutif.

Courtelary est une localité qui réunit passablement de citoyens à ses assemblées générales, mais malgré tout le risque de voir apparaître des majorités de circonstances en fonction de qui s’est déplacé la dérange un peu. «Alors oui, un parlement élu sera une des meilleures choses qu’apporterait une fusion.»

Certes, mais en cas de fusion, il faudrait que les petits villages essayent de renouer avec les partis traditionnels. Les groupes de citoyens sans programme, n’auraient que peu d’impact dans une commune de presque dix mille habitants.

Et la quotité? «Eh bien là, ce sera sans doute à Saint-Imier d’accepter un effort»,  Pierre Leuthold le concède avec philosophie. En revanche il souhaiterait qu’au lieu de précipiter les choses, l’on se donne le temps de préparer une planification financière sur plusieurs années.

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