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Lamboing

Elle percute un sanglier et passe trois jours en prison

Quiconque blesse un animal sur la route doit l'annoncer immédiatement à la police. Bernadette Hausammann, de Lamboing, l'a appris à ses dépens.

Bernadette Hausammann s'est retrouvé, au volant de son véhicule, face à une harde de sangliers.

Matthieu Hofmann

«J’ai été traitée comme une criminelle!» Bernadette Hausammann, commerçante à la retraite, est encore sous le choc. Cette dame sans histoire était, il y a une semaine, derrière les barreaux de la prison de Berthoud. Son erreur, avoir annoncé trop tard qu’un sanglier lui était rentré dedans. Ce qu’elle a de la peine à avaler, surtout, ce sont ses conditions de détention. Trois jours passés seule, avec comme seule compagnie un crayon et quelques feuilles de papier.
A l’automne 2014, un peu avant une heure du matin, Bernadette Hausammann passe entre les lacs, près de Witzwil, pour regagner son domicile alors à La Neuveville. Une petite dizaine de sangliers se lance sur la route. «J’ai pu en éviter un, mais pas le deuxième», détaille-t-elle. De peur, elle ne quitte pas son véhicule et, n’ayant pas de téléphone portable, rentre chez elle. «Je suis allée au poste de police le matin même», assure-t-elle. C’est là qu’elle apprend qu’elle serait dénoncée, qu’elle avait une heure, après le choc, pour joindre les forces de l’ordre. «J’ai reçu une facture de 700 fr., soit 500fr. d’amende et 200 fr. de frais», explique-t-elle. «J’ai fait opposition et me suis retrouvée au tribunal. Le juge a baissé mon amende à 300 fr., mais a augmenté les frais à 400 fr..» Toujours la même somme à payer donc pour la retraitée. «Je leur ai dit que je ne paierais pas», relate la dame à qui le juge mentionne qu’une saisie sur salaire serait alors effectuée. «Je lui ai répondu que j’étais aux services sociaux. La juge m’a dit que j’aurais mieux fait de dire à la police que ça venait d’arriver. On m’a conseillé de mentir.»

Transférée menottée
S’en suit une convocation à se rendre vendredi dernier, le 24 février, à la prison de Bienne pour y passer trois nuits. Elle demande à ne pas être en cellule avec une toxicomane. «J’ai été agressée, par le passé, par une personne dépendante à la drogue», justifie-t-elle. Elle est directement transférée, menottes aux poignets, à la prison de Berthoud. «C’était très dégradant», déplore-t-elle. «Tout ça pour un sanglier.»
Arrivée sur place, on lui demande de se déshabiller entièrement, ce qu’elle refuse de faire. «Deux géôlières m’ont mises nue de force», s’offusque-t-elle. «C’était très brutal.» Son refus d’obtempérer lui vaut d’être mise au cachot. «C’est le terme qu’elles ont employé. J’ai passé trois jours sans pouvoir me rechanger, sans pouvoir me laver, avec simplement deux décilitres d’eau par repas.» Le robinet dans sa chambre, à moins d’un mètre de toilettes à la turque obstrué par le calcaire, gicle le sol  et lui mouille complètement les pieds quand elle le fait couler. Le dimanche, elle demande à voir un médecin, ce qu’on lui refuse, prétextant que ce n’est possible que durant la semaine.
Le lundi, elle est libérée. «On ne m’a pas permis de me rechanger avant de sortir, ni de remettre mon soutien-gorge», critique-t-elle. «Une amie est venue me chercher. Je suis allée chez moi me laver, enfin, puis je me suis rendue à l’hôpital. On m’y a diagnostiqué une infection urinaire à cause du manque d’hydratation.» Depuis, sous antibiotiques, elle indique que les gardiennes de prison lui ont affirmé que c’est pour s’assurer qu’elle n’avait rien sur elle qui lui aurait permis de se faire du mal, comme des lacets par exemple, qu’on l’a déshabillée. «Au final, j’ai passé trois jours avec un pantalon qui avait des lacets. Si j’avais voulu, j’aurais pu me faire du mal.»
Bernadette Hausammann a porté plainte contre le personnel pénitencier. «Je suis certaine qu’ils vont se couvrir les uns les autres et que rien ne se passera», lâche-t-elle, fataliste. «J’ai lu la semaine dernière un article qui parlait d’un homme, qui a abusé sexuellement d’une fillette, et qui s’en sort avec de la prison avec sursis. C’est profondément injuste.»
 

Mots clés: Lamboing, Sanglier

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