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Jura-Jura bernois

BKW est bien placé dans les smart grids

En marge de son assemblée générale de mercredi soir, l’association ener-J avait convié trois orateurs, qui ont abordé chacun un thème lié à l’énergie

Les deux coprésidents Walter von Kaenel et Jean-Paul Gschwind (de g. à dr.), lors de l’assemblée d’hier, avec le secrétaire général Philippe Zahno. Bist

Philippe Oudot

Une quarantaine de personnes ont pris part hier soir à Delémont à l’assemblée générale d’ener-J (voir ci-dessous), qui s’est tenue sous la houlette de ses deux coprésidents Jean-Paul Gschwind et Walter von Kaenel. Au terme de la partie statutaire, les participants ont pu suivre trois exposés consacrés au thème de l’énergie. C’est Renato Sturani, chef du secteur d’activité «Renouvelables et Efficacité» chez BKW, qui a ouvert les feux.
Dans la perspective de 2019, année où BKW mettra à l’arrêt du réacteur nucléaire de sa centrale de Mühleberg, «d’où viendra notre électricité en 2020, en aurons-nous assez et à un prix concurrentiel?», a demandé Walter von Kaenel en donnant la parole à l’orateur. Celui-ci a d’abord campé le décor en dressant le portrait énergétique du Jura et du Jura bernois. Deux régions qui, ensemble, ne produisent que 14% de l’énergie qu’elles consomment. Soit une production respective de 68 et 70 GWh par an pour une consommation de 510 et 420 GWh, a souligné Renato Sturani.

Problèmes de surcapacité

La sortie progressive du nucléaire décidée par la Confédération va nécessiter une transformation radicale du système énergétique suisse d’ici à 2050, a-t-il également relevé. Or, le marché de l’électricité est soumis aujourd’hui à de fortes turbulences: le subventionnement des énergies vertes conjugué à une conjoncture morose en Europe a entraîné une surcapacité de production, avec pour corollaire une chute des prix d’environ un tiers, ce qui réduit les capacités d’investissements.
Dans le même temps, les coûts de production ont augmenté, en Suisse en raison des oppositions et des obstacles bureaucratiques dans la mise en œuvre de projets. Et si on y ajoute les problèmes liés aux taux de change, la conjonction de ces différents facteurs est très pénalisante, a-t-il observé.

En retard

Or, si la Suisse, grâce notamment à BKW, a joué les pionniers en Europe dans les années90 avec les centrales de Mont-Soleil et de Juvent, elle est aujourd’hui en retard dans le développement de ces énergies. Elle ne dispose que de 60MW de puissance installée, alors qu’«elle est de 100000MW en Europe, dont plus de 33000 en Allemagne, et 8000 en France et en Italie. Les conditions sont certes différentes chez nos trois voisins, mais nous avons un réel problème pour développer les nouvelles énergies», a-t-il déploré.
Fournisseur de prestations
Dans ce contexte, BKW a réorienté sa stratégie. Tout en restant un producteur et un distributeur d’électricité, «le groupe veut en parallèle développer ses prestations autour de l’énergie, en développant des solutions intelligentes dans le secteur de l’efficacité énergétique et veut occuper une position de leader dans ce domaine. Nous voulons passer du statut de producteur électrique à celui de producteur de solutions énergétiques», a expliqué Renato Sturani.
Malgré des moyens réduits, BKW veut ainsi continuer d’investir dans les énergies renouvelables en Suisse et à l’étranger, mais dans des technologies mûres et proches du marché – l’éolien et la petite hydraulique. Le groupe entend également moderniser ses infrastructures, notamment pour développer les réseaux intelligents, les fameux ‹smart grid› qui permettent de gérer avec souplesse la production décentralisée de courant. Le groupe BKWest d’ailleurs bien placé dans ce domaine, lui qui gère déjà 88 petites centrales électriques décentralisées.
A ce propos, Renato Sturani a évoqué le projet Energy Park Jura, en cours de développement dans la zone de distribution de La Goule, filiale de BKW dans le Jura et le Jura bernois. Objectif: grâce aux smart grids, être capable de maîtriser la consommation et la production au niveau local. L’une et l’autre sont d’environ 100 GWh, avec une production issue à 60% d’énergie renouvelable éolienne et solaire.
Pour le moment, ce projet pilote, à la pointe au niveau européen, associe quatre partenaires: BKW, ABB, très intéressé par le développement de systèmes de gestion des réseaux, ainsi que les cantons de Berne et du Jura, dont le territoire est directement concerné par le projet. L’objectif est d’y associer de grandes entreprises afin de pouvoir gagner en efficacité dans le domaine de la production et de la distribution énergétique.

L'efficacité énergétique, ça paie

Ciel ma facture!  Membre de la direction de l’Agence de l’énergie pour l’économie (association qui offre un accompagnement professionnel aux entreprises dans le domaine de l’énergie), Martin Kernen a axé son exposé sur les possibilités d’économies qu’offre une bonne gestion de l’énergie pour les entreprises. Il a par exemple cité le cas d’une entreprise qui, en récupérant la chaleur de nouveaux compresseurs d’air, économise plus de 300000 kWh et 31000 litres de mazout par an, soit des économies de près de 25000fr. par an. Pour les entreprises qui font recours aux services de l’Agence, celle-ci dresse d’abord un check-up énergétique, propose une convention d’objectifs et accompagne leur mise en œuvre. Avec des résultats très positifs, puisque globalement, les entreprises parviennent à des résultats deux fois meilleurs que les objectifs fixés.

Libéralisation, tarif et redevance  De son côté, Pantaleo Bonatesta, avocat au secrétariat technique de la Commission fédérale de l’électricité (ElCom) a évoqué le rôle de l’ElCom dans le contrôle du marché de l’électricité. Il a aussi mis en évidence les conséquences de la libéralisation de ce marché sur les tarifs, les redevances, les prestations versées aux collectivités publiques. S’il y a concurrence dans le domaine du commerce de l’électricité, ce n’est pas le cas dans le réseau, et l’ElCom veille à la bonne utilisation, à l’entretien et à l’extension de celui-ci. L’orateur a également abordé les récents changements du système de la RPC (rétribution à prix coûtant), cet instrument de promotion des énergies renouvelables.

Ener-J, c'est quoi?

Fondée en été 2012, ener-J est une association interjurassienne à but non lucratif. Elle joue le rôle de plate-forme d’information et d’échange afin d’offrir des renseignements objectifs sur toutes les formes d’énergie et sur l’efficacité énergétique. Elle s’est donné pour but de faire connaître les besoins de l’industrie, des pouvoirs publics, des associations et des privés, et  d’œuvrer pour un approvisionnement énergétique du Jura et du Jura bernois qui soit sûr, suffisant, continu, avantageux et respectueux de l’environnement.

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