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Un Manet de la collection Gurlitt vendu

Le Musée des Beaux-Arts de Berne vend un Manet au Japon

Le Musée des Beaux-Arts de Berne vend un tableau d'Edouard Manet issu de la collection de Cornelius Gurlitt. La toile part pour quatre millions de dollars dans une collection à Tokyo. La somme doit combler le déficit du musée bernois.

(ats) L'oeuvre "Marine, temps d’orage" (1873) du peintre impressionniste français a été prêtée récemment au National Museum of Western Art (NMWA) de Tokyo à l'occasion des 60 ans de l'institution.

Au début du XXe siècle, la toile avait appartenu à un industriel japonais vivant à Paris. Durant son séjour en Europe, celui-ci s'était constitué une importante collection d'art, dont des chefs-d'oeuvre de l'impressionnisme français. Ces tableaux devaient servir un musée dans sa patrie.

Des raisons financières et politiques l'ont toutefois forcé à retourner au Japon et à abandonner son projet. L'industriel a laissé près de 400 oeuvres d'art à Paris.

Lorsque les nazis ont occupé la France, les tableaux de la collection ont été mis à l'abri près de Paris, où un officier de marine japonais à la retraite a représenté les intérêts de son compatriote. Pour couvrir les frais de stockage, ce militaire a vendu vingt des tableaux, dont "Marine, temps d'orage". Celui-ci a ensuite atterri chez Hildebrand Gurlitt, le père de Cornelius.

En 1959, la France a restitué les oeuvres restantes au Japon, permettant du coup la création du NMWA il y a 60 ans.

Dans le cadre du legs Gurlitt, c'est finalement le Musée des Beaux-Arts de Berne qui a hérité en 2014 de "Marine, Temps d’orage". Le tableau fait partie des plus de 1500 oeuvres découvertes aux deux domiciles de Cornelius Gurlitt. Les documents de vente ont permis de déterminer clairement la provenance du tableau, a communiqué vendredi le musée bernois. Il est donc prouvé ou hautement probable qu'il ne s'agit pas d'une oeuvre spoliée par les nazis.

En acceptant le legs Gurlitt, le Musée des Beaux-Arts de Berne s'était réservé le droit de vendre certaines oeuvres au cas où cet héritage entraînerait des charges financières trop importantes.

Le tableau est donc vendu pour quatre millions de dollars au NMWA, institution à laquelle il est historiquement lié. De plus, il retourne dans une collection dont il faisait déjà partie au début du XXe siècle. La somme permet de couvrir le déficit du Musée des Beaux-Arts, qui s'élève actuellement à près de quatre millions de francs.

Selon l'institution, le déficit est lié au legs Gurlitt. Celui-ci a impliqué des frais de conseils juridiques, des dépenses pour les recherches de provenance et vérifications des revendications, des frais de restauration et la mise sur pied des deux expositions, en 2017 et 2018, sur la collection Gurlitt elle-même ("L'art dégénéré - confisqué et vendu" ainsi que "Les spoliations nazies et leurs conséquences").

Le Musée des Beaux-Arts souligne dans son communiqué qu'il n'entend aucunement tirer un profit financier de la succession Gurlitt: il s'est engagé à investir d'éventuels gains issus de ventes exclusivement dans des recherches supplémentaires sur la provenance de l'héritage.

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