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Hockey sur glace

Todd Elik: «Je veux grimper les échelons»

Jeudi soir. Todd Elik découvre l’Erguël. Arrivé la veille en Suisse, le Canadien de 48 ans, sulfureux attaquant de Ligue nationale pendant neuf saisons, a rendez-vous avec le comité in corpore du HC Saint-Imier, pensionnaire de 1re ligue. C’est à la tête des «Bats» que l’ancien enfant terrible de hockey helvétique lance pour de bon sa carrière d’entraîneur. Affable, il a réservé ses premières impressions au Journal du Jura.

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Propos recueillis par Laurent Kleisl
Photos Stéphane Gerber

Todd Elik, à l’annonce de votre arrivée au HC Saint-Imier, tout le monde a cru à un gag!
Pour moi, c’est une belle chance d’amorcer ma carrière d’entraîneur. Quand cette proposition est arrivée sur la table, j’en ai parlé avec ma famille et nous en avons déduit que c’était le bon moment pour me lancer.

Vous avez mis fin à votre carrière de joueur en 2011, après une ultime saison à Graz, en 2e division autrichienne. Qu’avez-vous fait depuis?
J’ai d’abord entraîné à l’Université de Regina, dans la Saskatchewan, où j’habite avec ma famille. Puis j’ai dirigé des pee-wee (M13) et officié en bantam (M15) entre 2011 et 2012. Ensuite, j’ai dû aller travailler dans le vrai monde!

Dans le vrai monde?
Oui. C’était de longues journées. J’avais un bon salaire, mais j’aime le hockey, je voulais revenir. Saint-Imier est une opportunité parfaite. Auparavant, j’avais eu des contacts en Autriche et en Suisse, mais sans suite.

Vous avez bossé dans la pub, puis dans une aciérie, exact?
Pendant un peu plus d’un an, j’ai vendu de la publicité pour un magazine. Ensuite, j’ai travaillé une année et demie à l’usine. C’était un boulot honnête, dur mais enrichissant. Avec un ordinateur, je manipulais des machines qui déplaçaient des équipements lourds, comme des canalisations. J’ai appris la discipline que ce genre de job impose au quotidien.

Et qu’avez-vous appris sur le HC Saint-Imier depuis l’annonce de votre engagement mi-juillet?
Saint-Imier, c’est un petit village un peu comme Langnau. J’aime bien côtoyer les gens et les fans. Après tout, c’est la vie normale. Sur internet, je me suis renseigné sur le parcours du club la saison passée (réd: sauvetage en demi-finales des play-out). Maintenant, on commence quelque chose de nouveau, tout est frais. Quand j’évoluais à Langnau, je me souviens avoir vu de la 1religue à Worb et à Brändis.

Connaissez-vous le nom d’un joueur imérien?
Pascal, le capitaine. Mais j’ai oublié son nom de famille...

Pascal Stengel...
Exact (rires)! Je commence mon boulot vendredi soir (réd: entretien réalisé jeudi soir). Une fois que j’aurai vu les joueurs sur la glace, je vais rapidement apprendre à les connaître. Je me donnerai à fond pour les aider à progresser et, de mon côté, pour monter en LNB ou en LNA. C’est ça mon boulot. Je veux grimper les échelons le plus haut possible. Le HC Saint-Imier est une bonne place pour commencer. C’est un gros défi, mais j’aime les défis et celui-ci s’annonce passionnant à relever.

Quel genre de coach êtes-vous?
J’ai joué pendant 24 ans. J’ai beaucoup évolué durant toutes ces années. Au début, j’étais un attaquant offensif. Avec le temps, je suis devenu plus complet. Un joueur doit savoir tout faire et assurer sa tâche défensive. Il doit posséder une grande éthique de travail. Je veux une équipe de bosseurs. On peut toujours pardonner des erreurs à quelqu’un qui se donne sur la glace. Je prône la discipline, le plaisir et l’émotion.

Au-delà du côté émotionnel de votre personnage, votre vision du jeu était votre marque de fabrique. Est-ce possible de transmettre cette qualité?
Je vais essayer. Certaines habitudes sont présentes à la naissance, mais on peut aussi les apprendre. Pour cela, il faut que les joueurs aient confiance en eux. On ne peut pas leur taper sans cesse dessus. C’est inutile. Ensuite, ils se sentent mauvais. Il faut savoir booster leur confiance et toujours les respecter.

Si un joueur explose, comme vous l’avez souvent fait, qu’allez-vous lui dire?
C’est la vie, c’est le hockey. Un joueur provoque et se fait provoquer. Si un gars s’emporte, je vais parler avec lui pour en connaître la raison. Quand un joueur perd la maîtrise de ses émotions, il y a toujours une raison. Parfois une bonne, parfois une mauvaise.

Pensez-vous qu’il sera ardu pour votre équipe de différencier le Todd Elik joueur du Todd Elik entraîneur?
Au fond de soi, on garde toujours la même passion, mais on change avec l’âge. Ce qui est différent quand on coache, c’est qu’on a le devoir de garder le contrôle en permanence. Je me suis préparé à cela. Depuis que j’ai raccroché, je pense avoir pas mal évolué. On verra bien ce que cela va donner... J’aime passionnément le hockey et en tant qu’entraîneur «rookie», je suis extrêmement motivé.

 

«Je dois changer mon image»

Todd Elik, vous revenez en Suisse, où vous véhiculez une sulfureuse réputation. Désirez-vous changer l’image de «bad boy» qui vous est accolée?
Oui, je dois changer mon image. Si j’espère rester entraîneur, je suis même obligé de le faire. Les gens doivent comprendre qu’aujourd’hui, je suis peut-être plus sage que par le passé. Enfin, je l’espère (il sourit!). Je vais faire des erreurs, je le sais. Mais je devrai apprendre de celles-ci.

Ce retour en Suisse, cinq ans après l’avoir quittée, est-ce un choix naturel pour vous?
Oui, je voulais revenir en Suisse, un pays qui a toujours été bon pour moi et où ma famille s’est toujours sentie à l’aise. J’ai joué neuf saisons ici; le salaire, le hockey, l’atmosphère dans les patinoires, j’y ai beaucoup de bons souvenirs.

Peut-on s’attendre à votre retour sur la glace avec le HC Saint-Imier?
Non, aucune chance. Question suivante, s’il vous plaît!

Pourquoi?
Parce que je ne le veux pas et que je ne suis de toute façon pas en forme. Question suivante (rires)!

Le jeu ne vous manque-t-il pas?
Avec une famille, tous les déménagements découlant de la carrière d’un hockeyeur ne sont pas toujours évidents à gérer. Pourtant, cette vie-là était fantastique: je gagnais pas mal d’argent en faisant ce job. J’adorais par-dessus tout jouer au hockey! Les premiers temps, cela m’a manqué. Et puis, j’ai trouvé un job qui m’a accaparé.

Finalement, pourquoi avoir raccroché les patins en 2011, à 45 ans?
J’aurais bien voulu continuer, mais je ne trouvais plus de contrat. Cela faisait également trois ans que ma famille restait au Canada. C’était une situation compliquée. Mes deux enfants étaient adolescents et à cet âge, on a besoin d’une figure paternelle. De mon côté, je voulais à nouveau vivre avec eux. Alors, pour mes enfants et pour ma femme, je suis rentré.

Votre famille vous suit-elle à La Chaux-de-Fonds, où vous résidez désormais?
Ma femme devrait me rendre visite à Noël. Elle reste au Canada avec mon fils. Il a 15 ans et joue au hockey; il est dans une phase importante de son développement. Il me semble d’ailleurs qu’il a obtenu sa première licence en Suisse, à Langnau. Peut-être qu’elle sera une chance pour lui plus tard? Ma fille de 19 ans me rejoindra en octobre. Elle prend une année de congé dans ses études. Elle va un peu voyager en Europe et profiter d’apprendre le français.

Au fait, parlez-vous le français?
Je le comprends un peu, mais je suis plus à l’aise avec l’allemand. Ma femme vient d’ailleurs de la petite communauté francophone de la Saskatchewan.

A 48 ans, au moment de lancer votre carrière d’entraîneur, nourrissez-vous des regrets?
Aucun. Je n’ai jamais nourri de regrets. Ce qui est fait est fait, on ne peut de toute façon pas changer le passé. /lk

 

Un club en ébullition et un hommage à Reinhard

Le HC Saint-Imier flotte dans une autre dimension. Depuis hier, c’est le mythique Todd Elik qui dirige les entraînements. «Quand j’entends les commentaires à son propos, j’ai l’impression d’avoir engagé un repris de justice», lâche Francis Beuret, président des «Bats». «Je n’ai qu’une seule crainte, c’est la réaction des arbitres. J’ai peur qu’Elik soit sanctionné chaque fois qu’il bouge une oreille sur le banc.» Egalement, le HCSI devra apprendre à gérer les sollicitations médiatiques. Car outre-Sarine, Elik est une authentique star du rock’n’roll. «Son engagement n’est pas un coup marketing », coupe Beuret. «Toutefois, nous sommes conscients que nous avons un bénéfice à retirer.»

Dans l’équipe, bien sûr, c’est l’effervescence. «Sa seule présence va contribuer à augmenter le niveau, car nous aurons tous envie de montrer ce que l’on vaut à Todd Elik», glisse le capitaine Pascal Stengel. «Son charisme en impose. Ce que j’aimais chez lui quand il jouait, c’était sa science de la passe et sa volonté absolue de gagner. Je pense qu’au début, on sera tous un peu impressionné... Si Elik veut nommer un autre capitaine, pas de problème, c’est lui le patron!» Samedi, le Canadien aura tout le loisir d’apprivoiser ses nouveaux joueurs, Saint-Imier participant au Interhockey Challenge de Berthoud. Dans l’attente de l’arrivée d’Elik, les Imériens ont travaillé, depuis le 2 août, sous les ordres de Michael Neininger, attaquant du HC La Chaux-de-Fonds. «Avec lui, tout était très pro, il n’a pas pris son mandat à la légère», note Stengel. «Il s’est mis au défi de transmettre une équipe bien préparée à Todd Elik.»

L’enthousiasme entourant la venue de l’Ontarien en ferait presque oublier Freddy Reinhard. L’ancien titulaire du poste a été contraint de remettre sa démission, ce printemps, pour raisons de santé. «Freddy est un grand Monsieur», souffle Stengel. «Il a amené beaucoup de sérieux au HC Saint-Imier. Si nous en sommes là aujourd’hui, c’est grâce à lui.» /lk

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