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Hockey sur glace

«Il y avait beaucoup d’interrogations à mon sujet»

Alors que le HC Bienne n’est plus qu’à deux matches du terme de son année sportive 2011, l’entraîneur Kevin Schläpfer évoque le passé, le présent et l’avenir. «Les médias, les fans et les joueurs pouvaient légitimement nourrir des doutes à mon sujet. Pour moi, il était très important de pouvoir les lever», a-t-il déclaré dans un long entretien accordé au JdJ.

"Pour me clamer, je dois contrôler mes mains", Kevin Schläpfer dixit. (Adrian Streun)

Kevin Schläpfer, quel bilan tirez-vous de 2011?
Cela a été une année très spéciale, faite de hauts et de bas. Avec le décès de mon père, puis de celui de Reto Berra, l’équipe a eu des moments difficiles à gérer. Je suis très heureux de la terminer en étant toujours entraîneur du HC Bienne (rires)! Quand je suis arrivé à ce poste au printemps 2010, personne, pas même moi, avait la moindre idée de ce qui allait se passer. Il y avait beaucoup d’interrogations à mon sujet et en 2011, je pense avoir répondu, notamment lors des derniers play-out. Je ressentais beaucoup de pression, car j’avais dit que plus jamais je ne voulais revivre le barrage contre la relégation.
 
En demi-finales des play-out, le HCB était mené deux manches à rien face à Ambri-Piotta en votre absence…
J’étais malade et Reto Berra manquait à cause de la disparition de son père. Le coach et le gardien No 1! Je suivais cette série depuis chez moi et je devenais fou! Après le deuxième match, alors que les Léventins menaient 0-2, je me suis dit que le monde entier était contre moi. Je suis revenu et on a retourné la situation pour nous imposer quatre manches à deux. Pour moi, c’est l’instant le plus particulier de l’année. Ce succès, je l’ai pris comme un signe de l’équipe: «Kevin, on a besoin de toi». C’est un sentiment très fort…
 
A ce moment-là, pensez-vous avoir répondu à ces interrogations?
Les médias, les fans et les joueurs pouvaient légitimement nourrir des doutes à mon sujet. Pour moi, d’une manière toute personnelle, il était très important de pouvoir les lever. Il en allait de ma crédibilité, de mon avenir en tant qu’entraîneur.
 
Malgré la pause estivale la plus longue du HC Bienne depuis une décennie, on a pourtant l’impression que rien ne s’est arrêté, que vos joueurs ont directement repris le championnat avec les mêmes émotions…
Durant la pause, nous avons perdu pas mal de joueurs et nous ne sommes pas allés chercher beaucoup de monde. Un sacré risque! Pour nous améliorer, cela devait venir de notre travail, de l’intérieur. C’est pourquoi, dès le début de la préparation, j’ai mis beaucoup d’émotions dans mes relations avec l’équipe, car je pensais qu’une saison particulièrement compliquée nous attendait. Je nous voyais nous battre tout au fond du classement. Pour le moment, et je l’admets, je suis surpris!
 
Comment expliquez ces performances inattendues?
Il y a trois raisons. Premièrement, bien sûr, il y a Reto Berra. Il a franchi un nouveau palier. Deuxièmement, les joueurs connaissent désormais très bien notre système de jeu, et tous pensent qu’il est parfait pour l’équipe. La saison passée, j’essayais des choses, parfois plus défensive, parfois plus offensive. Là, on a trouvé de la stabilité. Et troisièmement… c’est comme lorsqu’on lance un petit enfant dans l’eau froide, il va trouver le moyen de nager. Je dis ça ne pensant notamment un Anthony Huguenin ou un Marc Grieder. Marc n’était à la base chez nous que pour deux semaines durant la préparation d’été! Et ce que réalise Joël Fröhlicher, après une saison blanche marquée par les blessures, me bluffe.

Avez-vous remarqué que vous ne faites l’éloge que de joueurs défensifs?
Même si on peine à marquer des buts, les attaquants progressent également, la preuve avec Alain Miéville. Gaëtan Haas a aussi fait le pas pour devenir un titulaire à part entière. Il aide autant Sébastien Bordeleau et Eric Beaudoin que l’inverse.
 
On évoque souvent le système défensif hermétique du HC Bienne. Mais avez-vous instauré un système offensif?
Défensivement, il doit y avoir un concept, une idée solide. Par contre, on doit laisser de la liberté offensive aux joueurs. Bien sûr, il y a bien quelques règles à observer, mais c’est avant tout la créativité qui régit le jeu offensif. Quand Haas tente quelque chose en se passant le puck entre les patins, quand Huguenin, Kparghai ou Wellinger prennent des risques en montant à l’abordage, j’en suis le premier heureux. Certains entraîneurs ne l’accepteraient jamais.
 
D’un point de vu personnel, reconnaissez-vous certaines erreurs?
Tout à fait. J’analyse également mes propres performances. Ce temps mort que je n’ai pas pris à Davos (réd: le 20 septembre, alors que Bienne menait 3-0 à la 52e, il s’est incliné 3-4), c’était une erreur, et je l’ai dit à l’équipe. La saison passée, on a perdu quelques points parce que j’expérimentais divers systèmes de jeu. Je m’en suis excusé devant mes joueurs. Je suis aussi dans un processus d’apprentissage. Tous les jours, j’apprends…
 
Et qu’avez-vous appris en premier lieu?
A me clamer pendant les matches! Pour y arriver, je dois contrôler mes mains. Je les mets dans les poches, je m’accroche au plexiglas ou je croise les bras pour éviter de faire de grands gestes. De cette façon, je reste plus calme. Au début de saison, durant les dix premiers matches, j’étais tellement nerveux que cela en devenait extrême. Cela ne pouvait pas continuer ainsi. Bloquer mes mains, c’est devenu mon rituel!

Propos recueillis par Laurent Kleisl

Dans notre édition papier de mardi, Kevin Schläpfer évoque la position du HC Bienne dans le hockey business hyper concurrentiel qui régit la LNA d’aujourd’hui.

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