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Hockey sur glace

Damien Brunner, citoyen d’une planète lointaine

Samedi, le HC Bienne a annoncé l’engagement de Damien Brunner jusqu’en 2020. Quelques heures plus tôt, l’attaquant de 32 ans avait rompu à l’amiable le contrat le liant à Lugano pour une saison encore. Le 12 mai 2017, Le JdJ avait rencontré le Zurichois à Paris au cœur des Mondiaux. Portrait d’un marginal du hockey helvétique.

Damien Brunner, en mai 2017, lors des Mondiaux à Paris. Le Zurichois s'est engagé pour deux saisons au HC Bienne. (Keystone)

(publié dans Le JdJ du mardi 16 mai 2017)

Paris, Laurent Kleisl

Du joyau offensif du hockey suisse, de cet oiseau superbe volant au-dessus des glaces de LNA, il ne reste plus grand-chose. «Je ne me fais pas de souci, il me faut juste un déclic, un petit truc. Ça va venir...», sourit Damien Brunner. Collectionnant les blessures depuis 2015, le Zurichois attend. Patiemment. Un jour, à nouveau, il sera cet attaquant supersonique et frénétique, meilleur compteur de LNA en 2012, une première pour un Suisse depuis 1982 et Guido Lindemann. «Mes jambes, mon corps, cela fait longtemps que je ne me suis pas senti aussi bien», reprend-il. «Quand le tempo est là, quand on sent le jeu, il ne peut arriver que de bonnes choses.»

Brunner est unique. Un marginal dans le milieu aseptisé du hockey professionnel. Un clown détaché de sa réalité. «J’essaie juste de prendre la vie du bon côté, d’être heureux. Je suis comme ça...» Sa cool attitude agace. Attendrit, aussi, tant le bonhomme est attachant. «Ce n’est pas de la nonchalance, non», coupe-t-il. «Il y a beaucoup de forme de cool attitude. Pour moi, le plus important est d’avoir l’esprit libre. La tête dirige mes mouvements, mes jambes, et je n’arrive pas à être performant lorsque je me sens stressé.»

Cool attitude
Ses gestes étayent son propos. Des mains, il balaie ses jambes: «De là à là, puissance!» Puis il remonte: «De là jusqu’en haut, cool attitude!» Il se marre. «J’aime bien discuter, manger avec des amis. J’aime aussi être tranquille, tout seul.» Employé du HC Lugano depuis fin 2014 et son retour de NHL, Brunner a trouvé à la Resega le biotope protecteur dont il avait besoin. Un artiste sous le soleil, loin de l’agitation des métropoles. «Enfant, j’allais en vacances au Tessin. Mes grands-parents avaient une maison de vacances à Sant’Abbondio, au bord du lac Majeur, une région tellement belle.»

Vivre et laisser vivre, c’est Brunner. Sa carrière est guidée par son style de vie. Jusqu’à l’extrême. Lancé par quatre championnats exceptionnels de fureur offensive avec le EV Zoug, il avait séduit les Detroit Red Wings. Sa première saison en NHL, marquée par le lock-out (2012/13), il l’a conclue avec 35 points en 58 matches. Du lourd pour un «rookie».

Detroit et ses stars, le Russe Pavel Datsyuk et le Suédois Henrik Zetterberg. «J’entretiens encore des contacts avec Pavel», confie-t-il. A la bande, Mike Babcock, technicien canadien le plus respecté de la planète. «Il est très impressionnant, tant son expérience et ses connaissances sont gigantesques. J’ai tellement appris avec lui. En NHL, ils parlent un autre hockey. C’est difficile à expliquer, il faut le vivre.»

Le mauvais choix
Sur les bases magnifiques de son année inaugurale en NHL, Brunner demande aux Red Wings un salaire plus costaud que les 925 000 dollars de son premier contrat. Négociations, palabres. Et un choix, le mauvais. Il s’engage pour deux ans et un total de 5 millions de dollars aux New Jersy Devils. Une année et des poussières plus tard, il est de retour au pays, au HC Lugano.

Pourquoi les Devils? Pourquoi rejoindre la franchise où la rigueur, ce mot étrange, est érigé en dogme sur et hors de la glace? Cette décision lui a coûté sa carrière en NHL. «Peut-être... Je n’aime pas regarder derrière, ce n’est pas dans mon caractère.» Une question financière? «Non, pas uniquement. C’était un tout, comme le rôle que je pouvais avoir dans l’équipe.» Il avoue: «A la date limite pour signer, j’ai aveuglément fait confiance à mon agent. On a un peu joué au poker. C’est du passé, je n’y pense plus... En Amérique du Nord, je me suis beaucoup développé sur le plan humain en observant mes coéquipiers, des gars comme Jaromir Jagr, Patrick Elias ou Martin Brodeur aux Devils. Leur comportement sur le banc, dans le vestiaire, leur façon d’accepter leur rôle. C’est un autre monde.»

Un monde si différent, comme celui de Damien Brunner. Cette planète lointaine.

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