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Présidence de la FIFA: Infantino, acte II

Présidence de la FIFA: Gianni Infantino ou le pouvoir affermi

Enfant du chaos et du séisme Baur au Lac, sorti premier d'un concours de circonstances comme l'aurait écrit Paul Claudel, Gianni Infantino est devenu la patron incontesté du football mondial.

(ats) Faute de concurrent, le Valaisan de 49 ans sera réélu pour quatre ans mercredi à la présidence de la FIFA, et ceci par acclamations!

Des 211 voix du Congrès de Paris, sans doute qu'aucune n'échappera à Gianni Infantino. Une vraisemblance qui a même poussé le Conseil de la FIFA, lundi, à recommander l'acclamation comme mode électoral. Ce Conseil, bâti sur les cendres encore incandescentes d'un Comité exécutif foyer de toutes les polémiques, que l'on dit parfois totalement sous le contrôle du président jusqu'à être réduit à une sorte de simple bureau d'enregistrement.

Car là est la plus grande réussite du Haut-Valaisan - outre celle d'avoir succédé à un autre Haut-Valaisan, Sepp Blatter, à la tête de la plus puissante organisation sportive au monde: celle de s'être imposé comme une évidence alors qu'il souffrait, au départ, d'un manque de crédibilité et de légitimité.

Gianni Infantino avait pourtant joué cartes sur table dès la conférence de presse qui avait suivi son élection, en février 2016: "Je ne crois pas avoir été élu pour être un ambassadeur, mais pour être un leader." Derrière la bonhomie apparente de ce chauve qui animait les tirages au sort des Coupes d'Europe se cachait donc un dirigeant à poigne, au style de management réputé à l'interne froid, voire cassant.

Arrivé à la tête d'une FIFA corrompue et ravagée par les flammes des scandales à répétition, l'Italo-Suisse a su ramener le calme dans la maison - profitant de la réorganisation générale pour s'entourer d'une garde rapprochée -, sinon redorer du moins ralentir le mouvement de défiance planétaire à l'encontre de la Fédération, veiller au bon déroulement d'un Mondial russe polémique qui plus est théâtre de l'introduction de la VAR et passer en force sur deux projets. A savoir le passage à quarante-huit équipes à la Coupe du monde (dès 2026) et la mise sur pied d'un "vrai" Mondial des clubs, à vingt-quatre (dès 2021).

Le Valaisan est allé vite, parfois trop. Ainsi a-t-il essuyé un échec dans sa tentative d'élargir la Coupe du monde dès l'édition de 2022 (une ambition de devenir un acteur majeur de la géopolitique internationale qui a fait grincer des dents). Tout comme lorsqu'il s'est imaginé créer une Ligue mondiale des Nations, dont le financement par des investisseurs privés restés partiellement anonymes inquiète au plus haut point.

Il ne faudrait toutefois pas réduire ce premier mandat à une course aux profits. L'ancien secrétaire général de cette UEFA qui dispose de deux voire trois produits-phares (Ligue des champions, Euro et, dans une moindre mesure, l'Europa League) perçoit le danger pour la FIFA. Celle-ci n'en a qu'un seul, de produit-phare: la Coupe du monde, dont elle dépend totalement. En tant que garant des équilibres et de la croissance, le président se doit d'agir. Parfois dans l'ombre.

Cette ombre, Gianni Infantino y évolue à la perfection. En témoigne l'absence d'autre candidat à cette élection, pas même un qui aurait pu provoquer un débat d'idées. Le président sait nouer les bonnes alliances, par exemple, comme Sepp Blatter avant lui, avec cette Afrique aussi puissante (56 voix) que désargentée. En témoigne aussi l'impunité dont il a profité lors de la réorganisation des différentes commissions indépendantes, surtout de la Commission d'éthique (beaucoup de bruit mais aucune conséquence réelle).

Peut-être aussi parce que Gianni Infantino n'est pas qu'un animal nocturne et qu'il se trouve également très à son aise en pleine lumière. Pour annoncer fièrement que la Coupe du monde en Russie - le Mondial de Vladimir Poutine - a été celui qui a généré le plus de profits, selon la FIFA. Pour présenter tout autant fièrement la couverture médiatique sans précédent de la Coupe du monde féminine qui s'ouvrira à Paris jeudi.

Gianni Infantino peut avancer des succès certains à son crédit, sans toutefois parvenir à tout justifier. N'est-ce pas toujours le cas, au fond, de tous ceux qui, d'une manière ou d'une autre, exercent le pouvoir?

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