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Criminels étrangers

Le peuple inflige une claque à l’UDC

Les juges bénéficieront d’une marge d’appréciation avant d’ordonner un renvoi. Les Suisses ont étrillé l’initiative par 58,9% des voix

L’initiative de l’UDC a été «déchirée» par 58,9% de non, et à 18,5 cantons contre 4,5. Keystone

Berne
Philippe Boeglin

Ça suffit, n’en jetez plus! C’est en substance ce que le peuple suisse a répondu, hier, à l’initiative de l’UDC «Pour le renvoi effectif des étrangers criminels», dite de mise en œuvre. Si le refus du texte ne constitue pas une sensation en soi, son ampleur très confortable a de quoi surprendre.

Les sondages avaient certes témoigné de la remontée du non au fil des semaines, mais ils laissaient présager d’un coude-à-coude extrêmement incertain. Or, au final, le rapport de forces s’est fixé à 58,9% de non, et à 18,5 cantons contre 4,5. Le tout pour une participation de 63,1 pour cent.

Comme c’était à prévoir, la Suisse romande a fait bloc du côté du non. Pour l’appuyer – et à l’exception notoire du Tessin (59,4% de oui!) –, plusieurs cantons, qui avaient accepté sans trembler le premier texte sur le renvoi en 2010, ont cette fois-ci délivré un non limpide, à l’image d’Argovie et de Lucerne.

«Bandes de sauvages»

«Le peuple a compris que la Suisse n’a aucun intérêt à se comporter comme une bande de sauvages isolés au milieu de l’Europe», s’est réjoui le conseiller aux Etats Filippo Lombardi (PDC, TI). Une allégresse partagée par Philippe Bauer, conseiller national (PLR, NE): «C’est une immense satisfaction de voir qu’une loi d’application raisonnable qui respecte nos institutions a été préférée à un texte démagogique.»

Vaincue, l’UDC n’a pas pour autant perdu son aplomb. «La balle se trouve dans le camp de nos adversaires. A eux de prouver que l’on peut accroître la sécurité, tout en expulsant moins de criminels», a défié le ténor du parti Oskar Freysinger.

Dans la ligne de mire de la formation national-conservatrice, la clause de rigueur accordant une marge d’appréciation aux juges. «Il faudra vérifier de près que les 3900 renvois annuels promis par les opposants deviennent réalité.» A cet égard, le conseiller d’Etat valaisan vante l’initiative de mise en œuvre, qui «met une grosse pression sur la justice pour qu’elle agisse avec davantage de fermeté».

«Le peuple paiera»

Au centre droit de l’échiquier politique, l’attitude est différente. «Il faut faire confiance au juge, qui a l’obligation d’appliquer la loi», temporise Philippe Bauer. Même discours à gauche: «La justice prononce déjà des renvois, la méfiance n’a donc pas sa place ici», abonde la conseillère nationale Valérie Piller Carrard (PS, FR).

Àl’inverse, Oskar Freysinger prédit un avenir sombre. «Le peuple a voté, il en paiera le prix.»

En attendant, la loi d’application concoctée par le Parlement sur la première initiative sur le renvoi des criminels étrangers peut entrer en vigueur. Le Conseil fédéral fixera la date «au plus tard au 1er janvier 2017», a fait savoir, devant la presse, la ministre de la Justice, Simonetta Sommaruga.

Mais pour l’heure, et même si leur victoire ne souffre aucune discussion, les gagnants auraient tort de parader. Car d’autres scrutins portant la patte de l’UDC se profilent, à l’instar du référendum contre la réforme de la loi sur l’asile, agendé en juin, et de l’initiative pour la primauté du droit suisse sur le droit international, peut-être au menu en 2017. «Il faut maintenir la mobilisation et ne pas se relâcher», appelle la conseillère nationale Cesla Amarelle (PS, VD).

PDC et PLR, auront fort à faire avec leur base. Comme l’indique le vote d’hier, le camp du oui a largement recruté au-delà de l’électorat UDC, qui avoisine 30% au Parlement. De nombreux suffrages ont donc été glanés dans les rangs démocrates-chrétiens et libéraux-radicaux.

De quoi pimenter les mois à venir.

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