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La loi sur le renseignement va être révisée

Extrême droite et extrême gauche dans le viseur du renseignement

L'extrême droite et l'extrême gauche sont dans le viseur du Service de renseignement de la Confédération (SRC). Un potentiel de violence existe. Le recours à des recherches spéciales pour observer ces milieux n'est pas exclu à l'avenir.

(ats) Le Conseil fédéral va mettre en consultation en été 2020 une révision de la loi sur le renseignement, a expliqué la ministre de la défense Viola Amherd en présentant vendredi devant les médias le rapport annuel dur SRC sur la sécurité. Il pourrait proposer de renforcer l'arsenal du service.

Moyennant une série d'autorisation, dont celle de la justice, les agents du SRC peuvent surveiller des communications, observer des faits dans des lieux privés, si nécessaire en installant des micros ou de caméras, ou perquisitionner secrètement des systèmes informatiques et y installer des "chevaux de Troie".

Ces instruments ne peuvent être utilisés que contre le terrorisme, l'espionnage et la prolifération d'armes. Ils pourraient aussi l'être contre l'extrémisme violent. Nous avons été critiqués de ne pas être assez actifs dans ce domaine et cela nous donnerait plus de moyens, a expliqué le directeur du SRC Jean-Philippe Gaudin.

Mais la décision sera politique, a-t-il souligné. La ministre de la défense marche sur des oeufs. La question sera analysée très précautionneusement, a-t-elle précisé. Pour le reste, la révision de la loi devrait porter sur une optimisation de la surveillance du SRC.

L'extrémisme est une des menaces mises en évidence dans le rapport annuel. L'an dernier, le SRC a constaté une forte recrudescence à l'extrême droite. Plusieurs groupes disposent désormais de sites Internet accessibles au public. Dans le canton de Vaud, l’un d’eux a même ouvert son propre local.

La plupart des actions, à l’image des patrouilles de protection de la population autochtone, sont d'abord des opérations de propagande. Mais ces milieux possèdent d’importantes quantités d’armes fonctionnelles. Leurs membres s’entraînent en outre à la manipulation d’armes à feu et aux sports de combat.

L'extrême droite continue pour l'instant d’agir dans le plus grand secret pour éviter, comme en Valais, qu'un concert soit annulé face aux réactions de l’opinion publique. Cette pression publique contribuera probablement à un repli dans l’ombre plus marqué, risquant de donner lieu à de violentes réactions de frustration.

Le potentiel de violence pourrait se concrétiser dès l’instant où ces milieux identifieront un point de ralliement autour d’un sujet d’actualité comme une hausse de l'immigration ou un attentat djihadiste. Selon M.Gaudin, un extrémiste de droite pourrait être tenté d'imiter le massacre de Christchurch, en Nouvelle-Zélande.

Les extrémistes de droite pourraient en outre réagir violemment aux actions à leur encontre de l’extrême gauche. Le potentiel violent de cette dernière demeure élevé. Plusieurs autres situations sont susceptibles de dégénérer. Les extrémistes de gauche peuvent par exemple profiter de rassemblements de personnes pour passer à l'acte sous couvert de la foule et agresser la police.

Le SRC voit également un danger dans le départ de militants vers les zones kurdes de Syrie. Il faut s’attendre à des retours d’individus susceptibles d’avoir acquis de nouvelles capacités, par exemple en lien avec les armes et les explosifs, ou plus enclins à la violence que par le passé.

Une recrudescence marquée des incidents en lien avec les extrémistes de la cause animale a en outre été observée en 2018. Plusieurs actions contre la chasse ont été menées notamment à Zurich. La lutte contre la consommation de viande a conduit à de nombreux dégâts matériels en Suisse romande. Six entreprises ont été attaquées au cours d’une même nuit à Genève.

L'espionnage est aussi une préoccupation du SRC. Une persistance des activités d’espionnage russes a été constatée. La Suisse serait actuellement l’un des points névralgiques en Europe. Près d’un tiers des diplomates accrédités actuellement sont des membres avérés ou soupçonnés des services de renseignement russes. Sans compter les collaborateurs séjournant temporairement en Suisse.

Pékin ne serait pas en reste, notamment dans l'espionnage économique. Les conclusions relatives aux incidents constatés jusqu’à présent en Suisse suggèrent l’implication de plusieurs groupes de hackers récemment associés aux services de renseignement chinois.

Des services de renseignement étrangers pourraient jouer un rôle dans la préparation, l’exécution et le suivi de délits graves tels que des enlèvements ou assassinats commandités par des États.

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