Vous êtes ici

Lamboing

Un hommage à la nature jurassienne

Bernadette Richard publie un roman sur la passion d’un homme pour sa terre natale

Aujourd’hui retraitée du journalisme, Bernadette Richard vit pour l’instant au milieu de la forêt des Côtes-du-Doubs, jusqu’à ce que sa boulimie des voyages ne la décide, sur un coût de tête, à tout plaquer. Angélique Ricci/LDD

«Heureux qui comme»: tel est le titre du nouveau roman de Bernadette Richard qui témoigne de la relation intime entre un Chaux-de-Fonnier et les paysages de son Arc jurassien natal. A travers ce 25e ouvrage, l’auteure s’interroge sur la beauté mystérieuse de la nature, sa fragilité. Sur la façon, également, avec laquelle la passion pour les paysages peut se transmettre d’une génération à une autre.

Bernadette Richard, originaire de Lamboing, semble avoir tout vécu: les pays où elle n’a pas séjourné sont presque aussi rares que les médias romands auxquels elle n’a pas prêté sa plume. Son œuvre est faite de romans, bien sûr, mais aussi de pièces de théâtre, de nouvelles, de critiques d’art, ainsi que de textes qu’elle a rédigés pour des artistes et des sculpteurs.

Ce livre, publié aux éditions d’autre part, s’intéresse aussi bien au rapport qu’entretient le Jurassien avec cette région «qui offre en miniature toutes les merveilles du monde», que, plus globalement, à ce qui lie l’homme à la nature qui le porte. L’œuvre, dont la puissance des couleurs et la légèreté rappellent la forme du conte, illustre la puissance de l’attachement à la terre. Elle démontre la force par laquelle l’homme, même voyageur, fini par y revenir. Une thématique qui touche personnellement Bernadette Richard, peut-être atteinte elle aussi «de ce virus jurassien qui nous fait endosser sans broncher, et même l’apprécier, un climat destiné au loup plutôt qu’à l’humain.» Interview.

 

Vous êtes connue pour avoir vécu sur tous les continents. Où vivez-vous en ce moment ?

Aujourd’hui, je suis installée aux Côtes-du-Doubs, juste au-dessus de La Chaux-de-Fonds, en plein milieu de la forêt. Des amis y ont fondé le Serpenthéon, un vivarium éducatif où l’on apprend aux enfants à prendre soin des animaux, où on leur fait comprendre qu’ils ne sont pas que de simples peluches. Ces amis m’ont invitée à vivre dans leurs locaux. Ils m’y ont aménagé un petit appartement. C’est magnifique: moi qui voulais vivre sur une île déserte coupée de la civilisation, je l’ai trouvée. Le revers de la médaille, c’est que les mobiles ne captent pas, que je n’ai pas de ligne téléphonique et qu’internet fonctionne au ralenti.

 

D’où vous est venue l’idée d’un livre sur le Jura, vous qui dites ne pas supporter la Suisse?

Depuis des années, je prenais des notes sur les sensations que m’inspiraient les paysages de ma terre natale, mais je n’en avais jamais rien fait. Et puis l’AACL, l’Association pour l’aide à l’écriture du canton de Neuchâtel, m’a proposé une bourse en échange de laquelle je devais écrire un texte en lien avec le canton. C’était un prétexte parfait pour utiliser enfin toutes ces notes! Et puis, en étudiant tout cela, j’ai constaté qu’en réalité, en regardant les paysages de la région, je pouvais tout aussi bien trouver, au bout de mon jardin, les sensations que j’avais recherchées au cours de mes voyages. Mais ce n’est pas pour autant que je suis réconciliée avec la Suisse!

 

Qu’est-ce qui vous gêne tant dans ce pays?

Je n’aime pas la manière dont il traite ses citoyens, et, surtout, je ne supporte pas qu’il puisse y avoir de la misère dans un pays ultra-riche comme la Suisse. Rendez-vous compte que je vois des retraités fouiller dans les poubelles de La Chaux-de-Fonds, après le marché, parce qu’ils n’ont pas de quoi se nourrir! Je sais bien qu’il y a de la misère partout dans le monde. Dans les pays pauvres, elle est tragique mais elle se comprend: en Suisse, c’est simplement une honte. La misère, en Suisse, m’est intolérable.

 

Comptez-vous continuer à voyager?

L’ennui, c’est qu’avec le temps et après avoir tant voyagé, je commence à ne plus vraiment ressentir de différences entre les lieux. Au niveau des paysages, comme je vous l’ai dit, parce que j’ai appris à ressentir les mêmes impressions aussi bien dans la région du Jura qu’à l’étranger. Au niveau des sociétés aussi, puisqu’avec la mondialisation, elles se rapprochent de plus en plus. En fait, je pense que je vais vivre sur un paquebot quelque temps: je ne supporte plus d’être ancrée quelque part.

 

Des projets à venir?

J’ai travaillé sur plusieurs projets en parallèle. J’écris, par exemple, un roman sur la ville de Prypiat, à côté de Tchernobyl.

L’histoire sera celle de trois jeunes hommes ayant survécu à la catastrophe nucléaire, décidés à retourner dans leur ville. Je travaille également sur un roman traitant du suicide, et un autre dans le domaine de la science-fiction. Sinon, je rédige régulièrement des critiques littéraires et artistiques, et écrit les textes pour le Serpenthéon.

Quelle est la part autobiographique dans votre roman?

Il n’est pas autobiographique, puisque je ne me penche pas sur mon petit cas personnel. Je dirais, en fait, qu’il n’y a d’autobiographique que le regard que j’ai sur la nature, et peut-être le contexte de mes voyages. J’ai d’ailleurs fait de mon personnage principal un photographe plutôt qu’un journaliste, parce que j’adore l’esprit pragmatique des photographes, leur manière de travailler. Ils sont toujours un peu détachés de la scène, et cherchent calmement le meilleur angle pour photographier une scène ou un paysage.

Adrian Vulic

Articles correspondant: Région »