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Baoshida Swissmetal

Un énième sauvetage en vue

Le Tribunal régional du Jura bernois devrait accorder aujourd’hui à l’entreprise une prolongation du sursis concordataire dont elle bénéficie. Un repreneur suisse sérieux a en effet déposé une offre ferme de rachat. L’avis des créanciers sera toutefois déterminant.

La survie de l’entreprise se joue ces prochaines semaines. archives

Par Philippe Oudot


L’horizon semble quelque peu se dégager pour Baoshida Swissmetal. Surendettée (voir «Rappel des faits»), l’entreprise était au bénéfice d’un sursis concordataire depuis le 14 décembre dernier, et celui-ci arrive à échéance aujourd’hui. Au cours des quatre mois écoulés, Andreas Bättig, commissaire au sursis, en collaboration avec Claudio Penna, CEOde l’entreprise, devait chercher un repreneur.

Contacté hier, Andreas Bättig a confirmé au JdJavoir trouvé un repreneur suisse solide, «qui a déposé une offre ferme de rachat des actifs de Baoshida Swissmetal. Cette offre comporte le maintien des emplois actuels et la poursuite des activités sur les deux sites de Reconvilier et Dornach.» Son nom? Confidentiel. Le commissaire au sursis a donc formellement demandé au juge «une courte prolongation du sursis concordataire afin de permettre la réalisation de la reprise et de préparer la suite de la procédure». La durée du sursis devrait être de l’ordre d’un mois ou un peu plus.

Efforts méritoires
En charge du dossier au Tribunal régional du Jura bernois, le juge Gabriel Zürcher confirme qu’au vu du sérieux de l’offre faite par le repreneur intéressé pour le rachat des actifs, il va accorder une prolongation du sursis concordataire. Au passage, il salue les efforts faits par chacun, depuis décembre dernier: «Qu’il s’agisse du commissaire au sursis, de la direction, ou du personnel de Baoshida Swissmetal, tout le monde a fait le maximum pour permettre une reprise dans les meilleures conditions. Pour les collaborateurs, ce n’est pas évident de s’engager à fond quand on ne sait pas de quoi sera fait demain.» Quant au repreneur, il a lui aussi tout fait pour présenter une offre convenable, à même d’être acceptable.

Gabriel Zürcher précise toutefois qu’avant que le Tribunal ne statue sur l’approbation à la reprise envisagée, une procédure particulière, assez inhabituelle, a été mise en place. Les créanciers seront en effet consultés à propos de l’offre. «Ils ont jusqu’au 18 avril pour donner leur avis sur la proposition de reprise des actifs, et leur avis sera déterminant», précise-t-il.

Tout mettre en œuvre
Du côté des employés, on est dans l’expectative. «Nous avons effectivement été informés qu’il y avait une offre de reprise, ce qui est en soi réjouissant. Mais pour l’heure, nous ignorons tout de ce que l’acquéreur compte faire avec les deux sites. De notre côté, nous voulons tout mettre en œuvre pour que le redémarrage puisse fonctionner sur le long terme», indique Pierre-Alain Girard, président de la Commission des employés.

Si le nom du repreneur reste confidentiel, un nom est sur toutes les lèvres du côté de Reconvilier – celui de Lemco Précision SA, entreprise spécialisée dans le décolletage de précision. Hier, Le JdJa sollicité une réaction de son responsable, en vain.

Secrétaire syndical d’Unia Transjurane et responsable du secteur Industrie, Patrick Cerf se réjouit certes de ce qui apparaît comme une bonne nouvelle, tout en restant prudent, les soubresauts qu’a connus l’entreprise ces 15 dernières années incite en effet à la plus grande retenue.

«Ce qui compte avant tout pour nous, c’est que le futur repreneur semble prêt à reprendre l’ensemble des collaborateurs. Mais en tant que syndicat, nous aimerions aussi qu’il s’engage à respecter la convention collective de la branche, et qu’il ait une véritable vision industrielle, afin de garantir la pérennité de l’entreprise à long terme», souligne le syndicaliste.

 

Rappel des faits

Baoshida Swissmetal souffre de surendettement depuis des années. Mise au bénéfice d’un ajournement de faillite, puis d’un sursis concordataire provisoire, elle a obtenu un sursis définitif de quatre mois, le 14 décembre dernier. Parmi ses nombreux créanciers figure notamment un poids lourd, la China Development Bank. C’est auprès de cet institut bancaire que l’ex-CEO Xingjun Shang avait contracté un emprunt de 15mios de francs d’euros au nom de Baoshida Swissmetal. Une somme dont lui-même et son épouse, ainsi que la maison mère Baoshida Holding (dont il présidait le conseil d’administration) s’étaient porté garant. Or, dans le cadre de la procédure, il n’y a aucune trace de ces 15mios dans les comptes de l’entreprise. C’est ce qui avait conduit le Ministère public à ouvrir une enquête pénale à l’encontre de Xingjun Shang et à ordonner son arrestation. Il est actuellement toujours en détention préventive et est soupçonné de gestion déloyale, faux dans les titres et éventuellement d’escroquerie.

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