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No Billag

Touche pas à ma redevance!

A l’instar de tous les autres cantons suisses, Berne a très nettement rejeté l’initiative qui exigeait la suppression de la redevance. Trois citoyens sur quatre ont en effet glissé un non dans l’urne.

Directrice des programmes de TeleBielingue, Sophie Hostettler est soulagée du résultat du vote. Photo:Tom Keller

par Philippe Oudot

Après avoir craint le pire lors de la publication du premier sondage, qui donnait les partisans de l’initiative largement en tête, les opposants ont repris confiance, avec l’inversion de la tendance qui s’est confirmée au fil des semaines. Hier, les résultats ont confirmé les dernières prévisions, avec un rejet très net de cette initiative réclamant la suppression pure et simple de toute redevance radio et télévision. En effet, 71,6%des votants suisses ont glissé un non dans l’urne, avec un taux de participation de 54,1%, et aucun canton ne l’a acceptée. Sans surprise, le non a été particulièrement élevé dans les cantons romands. Mais les Grisons et Berne font aussi partie du peloton de tête, se classant au 4e et 6e rang des rejets les plus nets.

Pas un seul oui
En terres bernoises, le non l’a emporté dans tous les arrondissements administratifs. Le rejet le plus net vient de celui de Berne-Mittelland, qui dit non à 78,9%. Viennent ensuite Bienne (76,5%), Thoune (76,4%) et le Jura bernois (73%). Si aucune des 347 communes du canton n’a soutenu cette initiative, celle de Elay, dans le Jura bernois, s’est néanmoins distinguée: partisans et opposants y sont en effet à égalité parfaite, avec 11voix chacun. Sa voisine, également germanophone, de La Scheulte rejette quant à elle l’initiative à deux voix près: 15 non, contre 13oui, soit un rejet à 53,6%, Ailleurs dans le Jura bernois, le taux de refus varie dans une fourchette allant de 54,8% à Champoz, à 81% à Mont-Tramelan. Dans l’arrondissement de Bienne, il varie entre 66,6% à Pieterlen, et 81,4% à Evilard.

Un vrai plébiscite
S’agissant du nouveau régime financier 2021, il a été plébiscité dans l’ensemble du canton. Toutes les communes ont en effet accepté que la Confédération puisse prélever l’impôt fédéral direct et la TVA jusqu’en 2035. Une fois encore, le Jura bernois s’est distingué avec Mont-Tramelan, qui a offert le soutien le plus enthousiaste, avec 93,2% de oui.

 

«Sans percevoir une part de la redevance, il serait impossible d’assurer un programme bilingue comme nous le faisons aujourd’hui»
Julien Grindat
Directeur des publications pour TeleBielingue et Canal3, il ne se dit guère surpris du résultat. «Les gens ont bien compris les enjeux de ce scrutin qui, en cas de oui, aurait mis en danger le paysage médiatique du pays. Le système n’est certes pas parfait, mais cette solidarité est nécessaire pour faire valoir la diversité de nos cultures et de nos langues.» Il constate aussi que durant la campagne, les critiques se sont surtout focalisées sur la SSR. «Beaucoup nous ont dit qu’ils n’avaient rien contre les médias privés régionaux, mais qu’ils voulaient voter oui pour donner un coup de pied dans la fourmilière de la SSR.» Julien Grindat partage d’ailleurs certaines critiques des partisans de l’initiative, notamment sur la nécessité de revoir la clé de répartition de la redevance en faveur des médias régionaux. Il souligne aussi que cette campagne «nous a fait réfléchir sur notre propre travail et sur la nécessité de rester à l’écoute des gens. Elle nous a aussi poussés à nous remettre en question pour améliorer la qualité des émissions que nous proposons.»

Sophie Hostettler
La directrice des programmes de TeleBielingue se dit soulagée du résultat très clair. «Au vu de l’évolution des sondages, j’étais assez confiante, et ce résultat me réjouit pleinement.» Elle constate aussi que durant la campagne, les critiques se sont surtout focalisées sur la SSR, jugée souvent trop grande et trop chère. Mais le montant de la facture de la redevance a aussi sans doute joué un rôle pour les partisans du oui, «sans oublier le vote tactique de certains citoyens, pas forcément opposés à la redevance, mais qui ont voté oui pour bousculer la SSRet faire bouger les choses». Cela dit, Sophie Hostettler constate que c’est sans doute le caractère radical et extrême de cette initiative qui explique son rejet. «Le message était tellement clair qu’il rendait tout compromis impossible, si bien qu’un oui aurait été catastrophique pour le paysage médiatique du pays et de notre région. Sans redevance, il serait impossible d’assurer un programme bilingue.» Suite au refus de No Billag, les radios et télévisions régionales toucheront une part plus importante de la redevance dès 2019. Un montant que la directrice de TeleBielingue veut investir en priorité pour développer l’information durant le week-end.

Erich Fehr
A Bienne, l’initiative No Billag a été refusée à 78,8%. Un rejet plus marqué qu’au niveau national et cantonal. Le maire Erich Fehr s’est dit hier «pas étonné» de l’issue de ce scrutin à Bienne. «Je m’y attendais car, dans une ville bilingue, nous sommes plus conscients qu’il faut un équilibre entre les différentes langues.» Mais l’élu considère aussi que le débat va se poursuivre: «Ce résultat n’empêchera pas de prendre des mesures et d’ouvrir des réflexions sur le fonctionnement de la SSR et sur un soutien à la presse écrite. Personnellement, je pense que les journaux pourraient se passer d’une aide de l’Etat, mais il faut garantir la diversité de l’information et éviter que tous les journaux soient détenus par quelques entrepreneurs milliardaires.»

Sandra Schneider
La conseillère de ville biennoise (UDC) soutenait l’initiative. Au micro de Canal 3, elle a déclaré ne pas être déçue du résultat. «Nous nous y attendions un peu. Nous étions un petit groupe et nous avions des moyens financiers limités en comparaison à nos adversaires.» La politicienne se réjouit en outre que l’initiative ait suscité «un large débat médiatique. Nous devons désormais parler du rôle de la SSR et éventuellement voir où il est possible de faire des économies, notamment pour faire plus de place aux radios et télévisions privées.» Elle est également d’avis que le montant de la redevance doit encore être revu à la baisse, malgré la décision du Conseil fédéral de le faire passer de 451 à 365 fr. dès 2019.

PHO-JUB

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