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Bienne

Tentative de putsch socialiste contre Cédric Némitz?

Coup d’éclat chez les socialistes:la direction du PS grand parti a voulu empêcher la nomination de Cédric Némitz à la vice-présidence du parti cantonal en révélant l’existence d’une dette de 36 000 francs.

Une procédure judiciaire contre Cédric Némitz a été engagée par son propre parti. Peter Samuel Jaggi/Archives

Lino Schaeren Traduction Marcel Gasser

En septembre, la direction du PS grand parti a voulu empêcher la candidature de Cédric Némitz à la vice-présidence du PS cantonal en révélant l’existence d’une dette de 36000francs que le conseiller municipal du Parti socialiste romand (PSR) n’aurait pas remboursée au parti. C’est ce qu’écrivait le 27 septembre Daniela Hess, présidente du PS grand parti, à la direction cantonale. Deux semaines plus tard, elle n’avait reçu aucune réponse de Berne.

Par lettre recommandée, la direction biennoise a donc réitéré sa «ferme opposition à cette candidature», enjoignant les instances cantonales à l’invalider. En vain. Dès lors, la direction du PS grand parti a entrepris des poursuites en justice contre son propre conseiller municipal.

Le montant exigé porte surtout sur ce que l’on appelle les impôts de mandat que les représentants élus doivent verser au parti. Cet argent sert à financer les campagnes électorales. Le montant s’élève à 5% du revenu net tiré du mandat. L’élu n’aurait rien versé ces trois dernières années, de même qu’il n’aurait payé, sur le compte de son parti, ni sa cotisation de candidat pour les élections de 2016, ni le montant dû, une fois l’élection effective.

Cédric Némitz rétorque qu’il a payé tout ce qu’il devait, «mais sur un compte bloqué du PSR, et non sur le compte du PS grand parti». Et d’ajouter que cette démarche n’était pas sa décision, mais celle de l’Assemblée générale du PSR.

Le PS suisse médiateur?
Samantha Dunning, co-présidente du PSR, estime que cette intervention auprès des instances cantonales du parti, ainsi que les poursuites engagées contre Cédric Némitz résultent d’une escalade dans le conflit qui oppose les deux sections depuis que les Romands ont fait sécession et créé leur propre groupe au Conseil de ville. Depuis, les rapports se sont dégradés, à tel point que le PSR s’est provisoirement retiré du grand parti, dont la direction est déchirée.

Cédric Némitz estime que sa personne «n’a rien à voir dans cette affaire» et que la direction du parti, au fond du trou, est en train de perdre toute crédibilité. Cette vision semble partagée par le PS cantonal, qui maintient son soutien à la candidature de Cédric Némitz. Il a même conjuré ses collègues biennois de renoncer à des démarches juridiques. Trop tard. L’affaire est remontée jusqu’aux instances nationales: on espère que Christian Levrat, Hans Stöckli ou encore Corrado Pardini pourront faire office de médiateurs. Le PSR a d’ores et déjà accepté l’idée d’une médiation, de même pour Daniela Hess, qui «préférerait s’occuper de politique plutôt que régler des querelles».

«Rien de politique»
Aujourd’hui, Sandra Hess a pris ses distances par rapport aux démarches entreprises par le comité de direction qu’elle préside. Elle n’a rien contre la candidature de Cédric Némitz à l’échelle cantonale. Elle explique son premier mail aux instances cantonales comme une démarche d’information, raison pour laquelle elle a ensuite refusé de signer la lettre recommandée et les démarches juridiques contre Cédric Némitz.

Vice-président et caissier du PS grand parti, Erich Augsburger s’estime tout à fait en droit, en tant que responsable des finances, d’agir «quand quelque chose ne joue pas dans les comptes». Avant d’ajouter que «deux démarches incriminées ont fait l’objet de décisions qui figurent au procès-verbal». Il conteste énergiquement la version selon laquelle la procédure sur le plan juridique contre Cédric Némitz soit l’émanation d’un conflit plus profond. «Notre démarche n’a absolument rien de politique, il s’agit d’une affaire purement financière», argumente-t-il.

Conséquences politiques?
D’une manière ou d’une autre, quand la direction d’un parti décide de poursuivre en justice un membre du gouvernement issu de ses propres rangs, surtout pour une question d’argent, il faut pourtant s’attendre à des répercussions politiques.

Ou les deux parties parviendront-elles, tout de même, à se réconcilier? Samantha Dunning souhaite une discussion constructive sur l’avenir. Quant à Daniela Hess, elle estime que les deux groupes «ne sont pas divorcés, juste séparés». De son côté, Cédric Némitz se dit prêt à verser le montant incriminé «pour autant que nous puissions à nouveau travailler raisonnablement ensemble».

Mots clés: Bienne, Cédric Némitz

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