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Horlogerie

Pour rendre hommage aux femmes

Giselle Rufer fête cette année les 20 ans de sa marque Delance. Rencontre avec une femme qui a gravi seule les échelons et qui met la femme au centre de ses préoccupations

Les montres de Giselle Rufer sont symboliquement fortes: le losange du cadran représente la vie. Une spirale autour du cadran unit le haut et le bas, à savoir le féminin au masculin, et en marque l’harmonie. Peter Samuel Jaggi

Marjorie Spart

Lorsqu’on se rend chez Delance, à Macolin, c’est la présidente Giselle Rufer qui ouvre la porte. Celle-ci débouche sur son salon. «Oui, je travaille chez moi. Ou alors je vis dans mon entreprise, comme se plaît à le dire mon mari», rigole-t-elle.

Quand elle a décidé de lancer sa propre marque horlogère, il y a 20 ans, Giselle Rufer n’avait qu’un objectif en tête: créer une montre destinée aux femmes. «À l’époque, il en existait pour les  hommes et pour les enfants. Mais aucune entreprise n’était encline à créer des modèles pour la gent féminine. Il y avait là une place à prendre», confie l’entrepreneure.

Ce qu’elle a fait, depuis chez elle, et en s’entourant de collaborateurs externes: un atelier aux Genevez, une graveuse-sertisseuse et un fournisseur de pierres au Locle.

Montres personnalisées

Giselle Rufer n’a pas fait que combler une lacune, elle a aussi innové. Sa marque distinctive? Elle propose une personnalisation des montres: bracelet, matériau, pierres, gravures. Seule persiste la forme losange typique de Delance. Pour composer ces montres uniques et répondre aux attentes de la cliente, elle en appelle au symbolisme dont sont fortement empreints ses bijoux.

Giselle Rufer, après avoir fait plus ample connaissance et établi une relation avec sa cliente, lui demande si elle a un souhait particulier. Si tel n’est pas le cas, elle se livre à un petit exercice de suggestion. «Fermez les yeux, respirez profondément et pensez à votre plus grand rêve. Visualisez-le et dites-moi quelle couleur vous vient à l’esprit et quel chiffre. Et dans quelle direction vos yeux sont orientés.»

Giselle Rufer se sert ensuite des indications récoltées, ainsi que des dates clés dans la vie de sa cliente, pour esquisser la montre. «Si la personne voit du rouge, je lui propose de placer des rubis autour du cadran. Où les disposer? Souvent près d’un chiffre qui parle à la cliente: l’heure de la naissance de son enfant, sa date de mariage...», détaille l’entrepreneure.

Cette personnalisation se veut garante d’un secret: celui déposée par la cliente au moment de la création du bijou. «À chaque fois que la personne regardera l’heure, elle se rappellera de son rêve et pensera aux personnes qui lui sont chères», se réjouit Giselle Rufer.

Le courage maternel

Lorsqu’elle a créé sa marque, Giselle Rufer était animée par une forte volonté de rendre hommage aux femmes, à leur courage et leur engagement qui parfois peinent à être reconnus. L’entrepreneure, âgée de 70ans, a été sensibilisée à la condition des femmes dès son plus jeune âge. Sa mère est en effet devenue veuve à 28 ans – dans les années 50 – et a été contrainte de travailler dur dans le magasin familial pour élever ses enfants et s’assurer qu’ils ne soient pas placés à l’assistance sociale.

Giselle Rufer s’est inspiré du courage de sa mère et de son tempérament positif pour avancer. Avec un CFC de commerce en poche, et consciente de ses capacités, elle a décidé de reprendre des études, âgée d’une vingtaine d’années, alors qu’elle était mariée et enceinte de son premier enfant. Dans le canton de Vaud, elle a suivi des cours du soir et obtenu une maturité fédérale scientifique qui lui a ouvert les portes de l’université.

Etudes en informatique

Revenue à Bienne, en suivant son époux, elle entame des études d’art à l’Université de Berne. Puis devient enseignante secondaire. Toujours à la recherche de ce qu’elle pouvait faire pour améliorer la condition des femmes, elle s’inscrit en 1982 à l’école d’ingénieurs de Bienne d’où elle sort diplômée en informatique de gestion. «Je me disais que l’informatique pourrait être la solution apportée aux femmes pour qu’elles puissent étudier à distance», explique-t-elle.

Peu prise au sérieux dans l’informatique, elle mise sur ses autres formations pour entrer dans l’horlogerie – au Swatch Group – avant de fonder sa propre marque, en 1996. «Pendant près de 20 ans, j’ai cherché ce que je pouvais faire pour les femmes. La montre Delance est ma réponse», indique Giselle Rufer qui est aussi engagée comme conférencière.

«Je raconte mon histoire et  montre quelques clés que les femmes peuvent saisir pour avancer. Je veux leur montrer que tout est possible, il faut croire en soi et s’en donner les moyens.»

Regardant vers l’avenir, Giselle Rufer espère trouver un successeur pour Delance animé de la même philosophie qu’elle. Et pour sa part, elle se verrait bien voyager aux quatre coins du globe tout en dispensant des conférences.

www.delance.com

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