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La Neuveville

Pour ne plus être à côté de la plaque

Carl Spitteler recevait le Nobel de littérature il y a un siècle. Les festivités organisées en 2019 dans le Jura bernois ont débuté, hier, avec l’inauguration d’une plaquette.

La nouvelle plaque est non seulement située à hauteur d'yeux, mais elle précise que d'autres illustres personnages ont visité l'ancien progymnase (actuelle Mairie). Photo Bassin

Michael Bassin

Gravée depuis des décennies sur la façade de l’actuelle Mairie (anciennement le progymnase), une inscription témoigne de la présence de Carl Spitteler à LaNeuveville entre 1881 et 1885. Placée en hauteur, elle passe toutefois inaperçu. Depuis hier soir, plus d’excuse! Il est en effet impossible d’ignorer que le Prix Nobel de littérature 1919 a séjourné et enseigné dans la cité du bord du lac, puisqu’une nouvelle plaque a été inaugurée. Très visible cette fois-ci!
Cet événement s’est déroulé dans le cadre de la cérémonie officielle lançant les festivités Spitteler dans le Jura bernois durant toute l’année (notre édition du 4 avril).
L’art bernois du compromis
Plusieurs personnalités politiques se sont exprimées à cette occasion, à savoir les conseillers d’Etat bernois Pierre Alain Schnegg et bâlois Isaac Reber, le maire de La Neuveville Roland Matti, le président du Conseil de ville de Liestal Peter Küng, ainsi que le représentant du Conseil du Jura bernois, Christophe Gagnebin. Des discours prononcés dans les deux langues, ce que Spitteler lui-même aurait certainement salué.
Pierre Alain Schnegg a rappelé combien l’écrivain, chantre de la cohésion et de la neutralité, a su trouver les mots justes au début de la Première Guerre mondiale. «Par un vibrant discours, Carl Spitteler a appelé la Suisse à cesser de se considérer comme une île condamnée à prendre parti pour l’un ou l’autre des belligérants au prétexte qu’elle était cernée de pays à feu et à sang. Il a appelé la Suisse à prendre conscience de ce qui fait sa force.» Et selon le conseiller d’Etat agrarien, notre pays tire sa force, aujourd’hui encore, de la démocratie, de la neutralité, de la pluralité des cultures et du sens du compromis.
Le Jurassien bernois n’a pas manqué de souligner que le discours de Carl Spitteler s’applique à merveille au canton de Berne, qui fait figure de Suisse miniature et qui constitue un pont avec ses frontières jouxtant cinq cantons romands et six alémaniques. «Jour après jour, Berne cultive l’art du compromis. Nous veillons au respect des minorités et travaillons main dans la main avec les différentes régions cantonales et par-delà les frontières linguistiques. Nous savons ce que signifient les disparités ville-campagne et croyons en l’importance d’une société solidaire à tous les niveaux», a-t-il mis en exergue.
Président de la commission Culture du Conseil du Jura bernois, Christophe Gagnebin a d’abord évoqué l’œuvre de Spitteler, «exigeante, pétrie de culture classique et inclassable». Il a souligné combien l’écrivain né à Liestal (Bâle-Campagne) refusa de se laisser instrumentaliser par qui que ce soit. «Son œuvre est tout entière tendue vers la quête de l’essence même des valeurs qui fondent nos sociétés et donnent à l’Homme sa dignité.»
Ode à la fraternité
Dans le sillage de Spitteler, Christophe Gagnebin s’est penché sur ce qui unit les Suisses. «Nous sommes les enfants de la liberté, de la démocratie, de la diversité reconnue, désirée, protégée. Une fraternité qui implique une pleine reconnaissance de l’autre, celui qui parle une autre langue, est issu d’une autre culture, est né sous d’autres cieux», a-t-il dit.
Et le socialiste de se réjouir des bienfaits des festivités à venir. «En ces temps où partout en Europe comme en Suisse résonnent à nouveau les discours de haine et de rejet, où l’on assiste avec des sentiments d’impuissance à la montée des démagogies, où l’on oublie que le nationalisme, c’est la guerre, il est heureux qu’il nous soit donné de redécouvrir l’œuvre exigeante et humaniste de Spitteler. Et de nous remémorer grâce à elle les exigences de la fraternité.»
La centaine d’invités présents a ensuite pu s’imprégner de la pensée du Nobel lors du vernissage de l’expo qui lui est consacrée au Musée de La Neuveville.

Tous les événements Spitteler dans le Jura bernois: www.culturoscope.ch
Expo «Un point de vue neuvevillois: Spitteler en Suisse romande», au Musée d’art et d’histoire de La Neuveville, jusqu’au 27 octobre. Samedis et dimanches, de 14h30 à 17h30.

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