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Bienne

L’UDC lance l’idée d’une mairie tournante

Le conseiller de ville UDC Olivier Waechter souhaite que le fauteuil de maire soit occupé en alternance par les cinq membres de l’exécutif. Une proposition qui ne convainc ni à gauche, ni à droite.

Le maire Erich Fehr devra-t-il céder à l’avenir son siège à ses collègues du Municipal? C’est la volonté de l’UDC. archives

Par Didier Nieto

Olivier Waechter jette «un pavé dans la mare», comme il le dit lui-même. Dans une motion urgente déposée le mois passé, le conseiller de ville UDC demande d’instaurer une mairie tournante à Bienne. Le principe est simple:  les cinq membres de l’exécutif s’assoient à tour de rôle sur le siège du maire, à l’instar des conseillers fédéraux qui occupent par alternance le poste de président de la Confédération. «Etre maire consiste principalement à représenter la ville, notamment à l’extérieur. Un tournus permettrait donc de renforcer la représentativité des grands partis politiques», justifie Olivier Waechter. «Et la population serait aussi mieux représentée. Le maire actuel, Erich Fehr, est socialiste. Or, toute la ville ne vote pas socialiste.»

Une revanche pour l’UDC?
En réalité, le travail du maire ne se limite pas uniquement à une mission de représentation. En plus d’être à la tête des Départements de l’urbanisme et du personnel, entre autres, il dirige et coordonne aussi la planification politique du Conseil municipal. «Oui, l’introduction d’une mairie tournante impliquerait certainement une redistribution des tâches entre les cinq directions», reconnaît le motionnaire. «Mais je ne fais que lancer une idée dans le cadre de la révision totale du Règlement de la Ville. Il faudra ensuite discuter de la manière dont elle peut être appliquée.»
Ces dernières années, l’UDC a brigué la mairie à trois reprises. Sans succès. Tant Beat Feurer (en 2010 et en 2012) que Patrick Widmer (en 2016) ont été défaits dans les urnes par Erich Fehr. Avec une mairie tournante, le parti semble donc avoir trouvé la solution pour s’emparer de la présidence de la Ville, quitte à «passer par la bande». Olivier Waechter s’en défend énergiquement. «Je ne lance pas un putsch! Et je ne m’attaque pas à Erich Fehr», promet-il. «Ma motion ne profiterait d’ailleurs pas seulement à l’UDC, mais aussi aux Verts et au Parti radical romand (PRR), les autres partis qui composent le Conseil municipal. De plus, pour autant que mon intervention soit acceptée par le Conseil de ville, rien ne garantit que l’UDC possède encore un siège au sein de l’exécutif au moment où le principe d’une mairie tournante entre en vigueur.»

«Une perte de savoir-faire»
En Suisse, le système de mairie tournante est rare. Il n’existe pas dans le canton de Berne. Et parmi les grandes villes du pays, seule Genève l’a adopté. Un exemple que la vice-présidente du PRR et conseillère de ville Natasha Pittet ne souhaite pas suivre, même si Bienne se distingue par des règnes de longue durée – la ville n’a connu que trois maires différents depuis 1977. «Changer de maire tous les ans entraînerait une perte de connaissance et de savoir-faire systématique. Et le principe me semble très difficile à mettre en place, étant donné que la Mairie est une direction à part entière, comme les Finances ou l’Action sociale et la sécurité par exemple. Il faudrait donc repenser l’organisation de l’administration dans son ensemble.»
C’est d’ailleurs pour cette raison que l’idée d’une mairie tournante n’a pas été retenue par la commission chargée de superviser la Révision du Règlement de la Ville – commission présidée par ailleurs par Natasha Pittet. Cette dernière estime en outre que la proposition de l’UDC affaiblirait la démocratie, puisque la population ne voterait plus pour choisir son maire.

Problèmes relationnels
Président des Verts, Urs Scheuss ne se montre pas plus enthousiaste. Outre les difficultés liées à la mise en place et les coûts qui en découleraient, une alternance à la mairie compliquerait les contacts avec les partenaires extérieurs, puisque Bienne enverrait chaque année un interlocuteur différent. «Un problème que connaît bien le Conseil fédéral dans ses relations internationales», relève le parlementaire. «Et personnellement, je ne trouve de toute façon pas qu’il est urgent d’améliorer la représentativité de la population au sein de l’exécutif: sur les cinq membres, il y a déjà deux femmes, deux francophones, des représentants de la gauche et de la droite!»
De son côté, Erich Fehr n’est pas autorisé à commenter la motion d’Olivier Waechter, dans la mesure où le Conseil municipal ne l’a pas encore traitée. Celui-ci dispose de deux mois pour le faire.

Mots clés: Bienne, mairie, UDC

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