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Tavannes

Les écrivains ont la cote à l'école

Hier, les 42 élèves tavannois de 5e H ainsi que les 34 élèves de la 8e H un écrivain; respectivement la Belge Mélanie Rutten et la Française Chantal Cahour.

Chantal Cahour avec ses jeunes lecteurs et lectrices (Donzé)

Yves-André Donzé

La tournée des auteurs dans les écoles représente sans doute l’activité la plus intense de la Bataille des livres, qui vise à stimuler le plaisir de lire chez les enfants de 8 à 12 ans. Hier, les 42 élèves tavannois de 5 H de Maria Boegli et de Nathalie Zuber ainsi que les 34 élèves de Virginie Léchot et de Renaud Günter, recevaient un écrivain; respectivement la Belge Mélanie Rutten et la Française Chantal Cahour. Signe particulier, toutes deux écrivent pour la jeunesse. Et sont connues.
Mélanie Rutten a de l’ailleurs plein sa biographie. Née en Belgique, elle passe une enfance très proche de la nature en Amérique centrale et en Afrique. De retour en Belgique, elle devient photographe puis illustratrice et auteure de livres pour enfants, et pour adultes. En 2006, elle propose un projet de séries de quatre titres aux éditions MeMo: «Mitsu, un jour parfait» (2008), «kö, un thé en hiver»  (2010), «Eliott et Nestor, l’heure du matin» (2011) et «Nour, le moment venu» (2012); une tétralogie qui a obtenu de nombreux prix. L’an dernier, elle a publié, toujours chez MeMo, «L’Ombre de Chacun».
Les enfants de 9 et 10 ans de l’école de Tavannes en ont lu et décortiqué au moins trois en préparant des questions. Jamais les heures de français n’ont paru aussi intenses. Premier étonnement: les magnifiques illustrations du dernier livre, présenté en format différent de celui de la tétralogie, étaient dessinées aux feutres et aux crayons de couleur. Nouvel étonnement: les personnages dans ses livres sont souvent des animaux. Dans le dernier ouvrage, les personnages sont des ombres. Les élèves se sont montrés très réceptifs à la sensibilité de l’auteure, à sa manière de mettre en scène les objets ou la nature.

Le même langage

Avec les élèves de 11 et 12 ans, l’écrivaine Chantal Cahour est entrée davantage dans le processus d’écriture. Elle n’illustre pas ses livres elle-même. D’abord, il faut trouver les idées. Les jeunes l’interrogent. Chantal Cahour n’a pas de secret pour eux:  «Il faut ouvrir ses oreilles. J’écris à partir du quotidien des enfants et des gens. Les idées viennent toutes seules, je les tire comme une pelote qu’on dévide», dit-elle. Les jeunes rétorquent: «Les idées, ça va. Il faut trouver les mots, c’est plus difficile.» Chantal sourit. Elle et eux parlent le même langage: «Exactement. Dans ma tête, l’histoire est géniale. Ecrire les mots, là ça se gâte. J’écris à la main. L’idée doit descendre le long de mon bras, et passe par le stylo. Je trouve que ça n’est plus du tout comme dans ma tête. D’où le long travail de réécriture, de correction, d’ajustements. Mais quand on écrit à la main, on sent plus la musique des mots, le rythme des phrases.» C’est déjà ça. Elle exhibe alors sont grand cahier manuscrit bourré de ratures et d’ajouts. Elle montre encore un texte final, transcrit au traitement de texte informatique. A propos d’histoires, l’écrivaine ne parle pas de Metz, sa ville natale, en Lorraine. Sa biographie, c’est toute une histoire. Elle a été prof, animatrice culturelle, correctrice de manuscrits chez un éditeur, bibliothécaire. Mais c’est surtout une histoire d’écriture. «Je voulais écrire des romans. Depuis toute petite,  quand j’inventais des histoires, que j’écrivais des poèmes. Je me suis dit: t’es trop nulle. Alors là, c’est le meilleur moyen de ne rien faire. Alors je me suis inscrite à un atelier d’écriture. Là, on m’a dit que j’avais une superbe écriture destinée à la jeunesse. Cela m’a mise en confiance», confie-t-elle. Et les enfants de la 8e H s’y sont mis. Ils ont préparé des préceptes avec des énigmes des marches à suivre, comme la Tante Philomène de Chantal Cahour. Ils ont écrit un livre intitulé, «Le Carnet vert de Tante Philomène». Ils ont préparé une réception pour leur auteure.
On ne sait pas comment cela s’est passé chez les 5400 élèves des sept cantons francophones de Suisse participants, mais ce qu’on a vu, c’est que les écrivains, à Tavannes, ils ont la cote.

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