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Interview

"Le sport, la meilleure école de vie"

L’ancien conseiller fédéral Adolf Ogi était de passage à La Neuveville en début de semaine. L’occasion d’évoquer ses liens avec la cité, le sport et sa fondation «Freude Herrscht».

Photo Susanne Goldschmid

Marjorie Spart

C’est un homme très demandé, Adolf Ogi. L’ancien conseiller fédéral (UDC/BE) reçoit entre 20 et 40sollicitations quotidiennes pour prononcer des discours, rencontrer des étudiants ou assister à diverses manifestations. Lundi, il était de passage à La Neuveville, au restaurant du Mille Or, dans le cadre d’une soirée privée. Il a pris le temps – avec son formidable et légendaire enthousiasme – de se prêter à l’interview.

Adolf Ogi, dans votre agenda surchargé, qu’est-ce qui vous a poussé à accepter cette invitation?
Quand une invitation émane de La Neuveville, je ne peux pas dire non! J’y ai passé trois ans, lorsque j’étais étudiant à l’Ecole de commerce. Cette ville m’a beaucoup donné et beaucoup appris.

Quels souvenirs gardez-vous de cette époque de votre vie?
J’ai dû beaucoup travailler car l’école était exigeante. Je me suis aussi mis sous pression par rapport à mes parents qui me payaient cette formation pour que j’apprenne le français. C’était de ma responsabilité de travailler dur. Et je suis fier d’en être sorti avec une moyenne de 5,26!
Par contre, je garde les meilleurs souvenirs de la vie estudiantine et de mes années de pensionnat et de camaraderie. J’ai aussi appris à nager dans le lac de Bienne. Bien sûr, c’était parfois dur d’être loin de ma famille. Mais quand j’avais trop le mal du pays, je montais sur le Plateau de Diesse pour apercevoir le Blüemlisalp (réd: une montagne qui surplombe Kandersteg, village d’Adolf Ogi).

A la manière dont vous en parlez, on vous sent attaché à La Neuveville.
J’y viens souvent car c’est un lieu hors du commun et je suis fier d’avoir été nommé bourgeois d’honneur. En plus, on y mange d’excellents filets de perches!

On connaît votre goût pour le sport, vous avez dirigé la Fédération suisse de ski, puis étiez conseiller spécial du secrétaire général de l’ONU pour le sport, et vous acceptez quand même des invitations en plein Mondial de foot. Le comble, non?
Mais je suis les matches de près! J’ai reçu beaucoup d’invitations vendredi soir (réd: hier soir), alors que la Suisse joue. J’en ai accepté une qui commence tôt dans l’espoir de pouvoir regarder le match après.

Ce genre de grands événements sportifs est de plus en plus décrié. Cela fait-il encore sens de les organiser?
Bien sûr! Il n’y a aucun événement ni politique ou culturel qui fascine autant que le sport! Dimanche soir, lors du premier match de la Suisse, 1,8million de personnes ont suivi la rencontre à la télé, selon SRF. Je concède que les derniers JO d’hiver étaient trop loin, pas assez naturels et qu’il y avait peu de spectateurs. L’enthousiasme a eu du mal à prendre. Mais je suis persuadé que si le sport reste propre, avec une image positive, alors il reste populaire. Si la Suisse se qualifie pour la phase à élimination directe dans le Mondial, vous verrez que l’engouement sera bien là.

Pourtant, les pays occidentaux ne se battent plus pour accueillir ces manifestations sportives. La preuve avec le récent refus du Valais d’organiser les JO 2026. Comment l’expliquez-vous?
Les adversaires des jeux attisent la peur: qu’elle provienne des finances ou de la sécurité. En Suisse, nous nous trouvons dans une zone de confort où nous avons peur de nous lancer des défis. Quoi de plus gratifiant que de vivre des moments de plaisir et de joie grâce au sport? Car voilà bien les émotions qu’il véhicule.

Les investissements sont quand même lourds pour n’en retirer que du plaisir et de la joie, non?
Avec ce refus, le Valais renonce à un milliard de francs que la Confédération allait lui attribuer. Il en aurait bien eu besoin pour consolider ses attraits touristiques. Cette manne, le canton peut lui dire adieu sans un projet d’une telle envergure.

Vous pensez vraiment qu’une région qui organise les JO attire de nouveaux touristes?
Je dis oui, oui et oui!

On vous sent déçu du vote valaisan du 10 juin dernier. L’étiez-vous autant que lors de l’attribution des JO 2006 à Turin, alors que Sion était en lice?
Je suis effectivement déçu que le Valais n’ait pas su saisir cette chance inestimable. Pour réaliser de belles choses, il faut plus de courage et oser sortir de ses zones de confort. Par contre, je n’étais pas personnellement impliqué dans la candidature suisse pour 2026, comme c’était le cas pour Sion 2006. La déception était peut-être plus grande en 1999.

Vous-même, pratiquez-vous encore du sport?
Oui, je vais marcher tous les matins. Je pratique aussi du golf, durant la belle saison, et du ski en hiver. J’ai la chance d’avoir une maison à Kandersteg, située juste à côté d’un téléski et d’une piste illuminée. Alors j’en profite lorsque j’y suis en hiver.

Pourquoi le sport vous tient-il tant à cœur?
Parce que c’est la meilleure école de vie que je connaisse! On y apprend à gagner mais aussi à perdre. Et à gérer les émotions qui vont avec. Le sport est un des rares domaines dans lequel on a le droit de se planter, de faire des fautes sans que cela n’ait de conséquences. Mais il nous permet de nous forger le caractère.

Vous avez créé il y a huit ans la fondation Freude Herrscht, en hommage à votre fils Mathias, décédé en 2009. Elle promeut justement le sport auprès des jeunes. Un acte militant?
C’est important de soutenir les enfants dans leur développement, car ils sont les leaders de demain! Ils méritent qu’on les soutienne, dans quelque domaine que ce soit. Ils ont donc beaucoup à apprendre par le biais du sport: les règles à respecter, la cohésion du groupe ou encore l’intégration. Ce sont des valeurs que l’on garde toute la vie et que l’on applique aussi dans sa vie professionnelle.

Vous êtes quelqu’un de très populaire. Cela fait 18 ans que vous avez quitté le Conseil fédéral et vous recevez toujours autant de sollicitations. Cela vous touche?
Oui, j’éprouve une certaine satisfaction. J’aime qu’on me dise que j’ai voulu gagner avec la Suisse en m’engageant dans des dossiers ambitieux (réd: les nouvelles lignes ferroviaires à travers les Alpes via les tunnels du Lötschberg et du Gothard), et non que je me suis borné à l’administrer.

Comment expliquez-vous votre popularité?
Je suis un enfant de Kandersteg, je n’ai pas été à l’université et j’ai pourtant été élu au Conseil fédéral. Ma trajectoire est un peu hors du commun. Cela plaît certainement aux gens. J’ai aussi remarqué que ma cote de popularité était plus grande depuis que j’ai quitté le Conseil fédéral.

Adolf Ogi, êtes-vous heureux?
Oui. Etre entouré de ma famille et de mes amis, me promener dans la nature, pouvoir skier à la montagne sont autant de choses qui me rendent heureux. Je suis aussi très fier de ma fille Caroline qui dirige un hôtel à Wengen.

 

Bio express
Adolf Ogi est né en 1942 à Kandersteg. Diplômé, en 1961 de l’Ecole de commerce de LaNeuveville, il devient ensuite directeur de la Fédération suisse de ski. Elu, sous la bannière UDC, au Conseil national en 1979, il y reste jusqu’à son élection au Conseil fédéral en décembre 1987. Il est président de la Confédération en 1993 et en l’an 2000, sa dernière année au Conseil fédéral.
En 2001, il devient conseiller spécial du secrétaire général de l’ONU pour le sport au service du développement de la paix. mas

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