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Arc jurassien: Jura

«La répression ne débouche sur rien»

Le point avec la ministre Nathalie Barthoulot après deux accidents mortels

Nathalie Barthoulot mise en priorité sur la prévention. Keystone

LE CONTEXTE: En moins d’un mois, deux accidents sur les routes jurassiennes ont provoqué autant de drames: trois jeunes gens ont perdu la vie. A l’approche des fêtes de fin d’année, période festive s’il en est, le citoyen se demande si la police va serrer la vis. Pas forcément la meilleure solution, selon la ministre de l’Intérieur Nathalie Barthoulot.

Gérard Stegmüller

A l’instar de tous les Jurassiens, Nathalie Barthoulot est complètement retournée après les deux drames de la route qui ont coûté la vie à trois jeunes Jurassiens en moins d’un mois. La ministre de l’Intérieur lance une évidence:«Un mort sur les routes est toujours un mort de trop!»

Pointage macabre. En 2016, les statistiques font jusqu’ici état de cinq tués sur le macadam de la République. Ce chiffre était de trois l’an passé. En 2013, on a failli frôler l’année parfaite: un mort. Adjudant au sein de la police cantonale jurassienne, Philippe Maître confesse «qu’on est loin des débuts des années 1980, où on a dénombré plus de 20 tués en une année.» Tout en soulignant que comparaison n’est pas raison.
Alors que les fêtes de fin d’années approchent, avec les traditionnelles sorties de boîtes et les apéros prolongés, la question se pose:les plus hautes autorités jurassiennes vont-ils opter pour une politique empreinte de sévérité? Le point avec la ministre socialiste, en fonction depuis le début de l’année.

Nathalie Barthoulot, ces jeunes qui se tuent ou se font tuer, toutes ces vies brisées, c’est l’ensemble du canton du Jura qui est endeuillé...
Chaque drame débouche sur une véritable horreur. On pense bien évidemment aux victimes, à leurs proches. Mais on ne peut pas non plus ignorer les dégâts collatéraux que ces accidents provoquent.

Le Département que vous dirigez entend-il prendre des mesures concrètes, sans délai?
Nous en avons parlé avec Damien Rérat, le commandant de la police cantonale. Nous avons réfléchi de savoir s’il était opportun de mettre sur une opération spéciale durant le mois de décembre, une période où les gens sortent volontiers.

La réponse?
Les deux accidents évoqués en préambule se sont déroulés dans des conditions différentes. Difficile dès lors d’édicter des règles. Non, il n’y aura pas d’action spéciale durant les fêtes de fin d‘année, ni durant le moins de décembre. Je suis une adepte de la prévention. Car on sait bien que la répression ne débouche sur rien. L’objectif est de miser sur une politique de prévention qui donne à réfléchir. Il y a deux ans, une campagne avec des contrôles massifs sur les routes jurassiennes n’avait guère été appréciée par le citoyen. On doit parvenir à anticiper les cours des événements.

Les deux derniers accidents ont touché des victimes jeunes... On se trouve ici en face des forces et des faiblesses de la jeunesse. Une jeunesse qui est parfois sans limite. Hélas, dans certains cas, les conséquences se chiffrent de manière brutale.

Une étiquette colle à la peau du conducteur jurassien: celle de casse-cou...
Je ne crois pas que sur les routes, les conducteurs jurassiens sont pires que les autres. Le fait d’avoir acquis un deuxième radar mobile a certainement calmé les ardeurs de certains. Les infractions constatées se situent dans la moyenne.

Des taxis la nuit, le noctambus, des trains tôt le matin:des moyens de transports existent pour rentrer tranquillement. En théorie, car le drame survenu aux Emibois le week-end dernier avec un piéton fauché sur un passage protégé nous rappelle que le danger peut survenir de partout...
C’est une évidence. Aujourd’hui, le moyens de transports nocturnes sont performants. Et à moindre coût. Maintenant, le mot est peut-être difficile à supporter. Mais il y a toujours une question de fatalité dans les accidents de la route.

Malgré toutes les bonnes volontés, les politiques disposent d’une marge de manœuvre moindre...
On veut mettre l’accent sur une prévention active et constructive. Mais la vie nous réserve des fois de très mauvais passages...

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