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Récompense

«La religion n’est pas un frein à leur intégration»

La Tramelote Elisa Spinelli, 19 ans, sera couronnée du Prix de théologie 2018 par les Universités de Lausanne et de Genève pour son travail de maturité exemplaire.

La participation des élèves en classe, le fait que chacun puisse partager son vécu et l’encouragement du jeu en classe sont des facteurs d’intégration, selon les conclusions du travail d’Elisa Spinelli. Photo prétexte: Keystone

Par Dan Steiner

Treize questionnaires remplis reçus par des enseignants et plus de 150 par des amis et anciens amis, happés par sa publication Facebook. Elisa Spinelli n’a pas lésiné sur les moyens pour son travail de maturité, «sanctionné» par le Gymnase français de Bienne de la note maximale. Mieux, les conclusions de «L’enseignement de la religion: facteur d’intégration?» lui permettront d’accepter officiellement, jeudi prochain à l’Université de Lausanne, le Prix de théologie 2018. «J’étais en voyage linguistique à Berlin quand j’ai reçu une photo de la lettre de la part de ma maman. Je l’ai relue deux fois avant de sortir de ma salle de classe et de téléphoner à mes proches!»

C’est peu dire que la Tramelote de 19ans, qui vient d’entamer sa première année de HEP à Delémont, était surprise. Tout le contraire de Vital Gerber, le mentor de son travail de matu. «C’est très réjouissant qu’Elisa reçoive ce prix. C’est une reconnaissance pour un travail exemplaire.» L’enseignant n’était toutefois pas à son coup d’essai, puisque la Reconvilieraine Maude Sollberger, qu’il suivait déjà, avait également remporté le Prix de théologie, en 2015.

Une expo révélatrice
Ceci n’enlève évidemment rien au mérite d’Elisa Spinelli, récompensée pour le sérieux de son rendu, «tant sur le contenu que sur la forme», par le Collège de théologie protestante, institut conjoint entre les Uni de Lausanne et de Genève. Un prix remis depuis 2007, et à trois collégiens cette année.


«Pour favoriser l’intégration, chacun doit pouvoir partager son vécu.»
Elisa Spinelli

Et cette étude, alors? Eh bien la jeune femme, qui se destine à l’enseignement, s’était fixé la mission de répondre à la question de savoir si et dans quelle mesure les leçons de religion à l’école primaire peuvent contribuer à l’intégration d’élèves d’origine étrangère. En somme, est-ce qu’ils aident les petits Suisses à accueillir comme il se doit leurs camarades. «L’idée m’est venue lors d’une exposition organisée lors d’un cours, dans le cadre de l’option complémentaire. En sortant, j’ai compris que je ne connaissais pas grand-chose aux autres religions. Où aurais-je pu en apprendre davantage?»

Parler de nos similitudes
La Tramelote se met alors en quête de réponses. L’école a-t-elle fait son devoir, ses moyens d’enseignements sont-ils adéquats? «Oui, l’école répond bien aux attentes», conclut-elle notamment. «Les anciens élèves, à quelques exceptions, gardent un très bon souvenir de ces cours», détaille Elisa Spinelli. «Et la religion n’est pas un frein à leur intégration.»

Terre de premier accueil, son village a logiquement constitué un périmètre d’étude tout trouvé. «J’ai assisté aux portes ouvertes du centre de migrants. Un moment de plaisir intense et riche en émotions. Des gens que je croise désormais lors d’épreuves de course à pied ou au fitness. Qui s’arrêtent, discutent et sont reconnaissants. Ils sont vraiment adorables.»

Travail sérieux et fouillé, son étude sonne comme un plaidoyer. Un guide d’intégration, aussi. Car une bonne conclusion s’accompagne généralement de pistes d’approfondissement pertinentes. Ses idées pour favoriser l’intégration? «Il faut que les élèves apprennent à connaître l’autre. L’enseignement ne doit, lui, pas seulement aborder les différences, mais surtout les similitudes.» Entre les êtres humains et leurs religions. «Chacun doit pouvoir partager son vécu. Pour les jeunes, cela passe notamment par le jeu.» Les pistes sont là. Ne reste qu’à les appliquer.

3 questions à Christine Gagnebin, corectrice du Gymnase françaisde Bienne
Quel est votre sentiment après l’annonce de ce prix, remporté par l’une de vos élèves?
Cela me fait plaisir d’accueillir aujourd’hui (ndlr: hier soir) Elisa et son mentor. Sa problématique traitait d’un sujet important, dans un contexte religieux plutôt malmené. Cela montre qu’il peut être autre chose qu’une source de conflits.
Trois ans après celle reçue par Maude Sollberger, cette récompense est aussi un signe de la qualité de votre enseignement...
On ne peut en effet que remercier les enseignants du gymnase, qui suivent ces élèves grâce à un accompagnement subtil. N’oublions pas qu’il y a une distance adéquate à trouver (ndlr: entre le mentor et son élève).
Dans quelle mesure le Gymnase français encourage-t-il ses élèves lors de ces concours?
Le travail de matu est la meilleure préparation pour la suite de leurs études. Nous les encourageons à envoyer leurs travaux, qui sont régulièrement primés. Mais pas seulement en théologie, également en sciences, par exemple, avec les concours La science appelle les jeunes.

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