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Justice

La poire coupée en deux

Les trois jeunes Imériens accusés de tentative de meurtre s’en tirent avec de la prison pour tentative de lésions corporelles graves, la moitié ferme, l’autre avec sursis.

C’est notamment près de la gare de Saint-Imier que se sont produits les faits les plus graves. Photo: archives Stéphane Gerber

Par Dan Steiner

Ils n’étaient que quatre, dans la salle du bâtiment prévôtois de la police cantonale, les prévenus imériens qui avaient semé le trouble et même la terreur à Saint-Imier (notamment), de 2016 à 2018. Mais ils auraient pu être bien plus. «Ceux qui sont ici aujourd’hui ne représentent que le haut du panier qui a fait régner ce climat malsain», a commencé Maryvonne Pic Jeandupeux, seule juge professionnelle d’un conseil de cinq magistrats chargé de transmettre son verdict aux plus ou moins bien nommées «terreurs du bac à sable» (Le JdJ du 2 avril et d'hier). «Il manque en effet du monde. Certains ont joué le rôle de suiveurs, d’autres se sont pris pour des héros d’un mauvais jeu vidéo.»

Sur les quatre vingtenaires à avoir été jugés par le Tribunal régional Jura bernois-Seeland, l’un d’eux, bien que membre du même clan, n’a écopé que de 120 jours-amendes à 10 fr., sa collection de méfaits ayant été bien plus restreinte et grave que celle des trois autres lascars.

Aucun jeune ne sera expulsé
Pour ceux-ci, qu’on appellera au hasard Isaac, Alban et Hakan– deux ressortissants étrangers et un Suisse naturalisé–, la Cour a coupé la poire en deux. Alors que le Ministère public, représenté par Pierre Voisard, avait requis des tentatives de lésions corporelles graves pour le premier et notamment la tentative de meurtre pour les deux autres, les cinq juges n’ont retenu que la tentative de lésions corporelles graves chez les trois caïds.

Quant aux sanctions infligées, les magistrats ont été plus cléments que le procureur, qui les voulait en prison pour quatre ans et demi.Isaac a ainsi écopé de 34 mois, dont 17 ferme et 17 avec sursis durant quatre ans; Alban en a pris pour 36 mois, dont 18 ferme – il en a déjà purgé deux –, le reste avec sursis pendant trois ans; alors qu’Hakan a été condamné à 39 mois dont 12 ferme. Il lui en reste en fait neuf à passer à l’ombre. Défendu par Me Céline Herrmann, Hakan a toutefois vu sa peine être réduite à 34 mois et ses neuf mois restant pourraient être purgés en semi-détention s’il en fait la demande et s’il conserve son travail, indique son avocate.

«Hakan, c’est le meneur, le costaud et il ne manque jamais l’occasion de faire une bêtise», a pourtant dit de lui Maryvonne Pic Jeandupeux. «Mais c’est aussi le seul qui assume, regrette apparemment sincèrement et a tout avoué. Il a honte de son passé.»

Mais lui et Alban savent qu’ils n’auront pas de deuxième chance s’ils ne se tiennent pas à carreau. Le défenseur de ce dernier, Me Jean-Patrick Gigandet, faisait toutefois part d’un certain soulagement de la part de la famille.

Estimant qu’Isaac «serait comme condamné à mort» s’il était renvoyé dans son pays et qu’Alban avait toujours vécu en Suisse, les juges ont renoncé à l’expulsion des deux gaillards dénués de passeport à croix blanche.

«Que cela serve d’exemple»
Mais en tout cas pas dénués de culpabilité. Car, rappelons-le pour ceux qui auraient manqué quelques-uns des innombrables épisodes de cette série, la vie d’une victime était en jeu. Rouée de coups en avril 2017, d’abord devant la disco du Central puis à la gare, à Saint-Imier, et notamment à la tête alors qu’elle était à terre face à plusieurs assaillants, elle aurait pu y passer.

«Le sommet de la bêtise humaine a été atteint ce soir-là», a soupiré la présidente du tribunal. «Car nul n’est censé ignorer que des coups à la tête peuvent provoquer de graves blessures voire la mort.» On se souvient par exemple que, en 2015, un Tavannois avait été condamné à 50 mois de prison pour tentative de meurtre à cause de deux coups de pied à la tête lors de la Foire de Chaindon 2013. Mais, là, la semelle des chaussures avait littéralement été imprimée sur le visage de la victime.

Selon MeHerrmann, «la sanction reste sévère, malgré ces coups sévères. Mais il apparaît juste que la tentative de meurtre ne soit pas retenue car la mort était, ici, possible et non vraisemblable.» C’est la nuance qu’elle avait plaidée mercredi. La simple agression qu’elle préconisait n’a cependant pas été retenue.

Finalement, Isaac, celui dont le père avait pris pour habitude de canarder avec des balais, s’en sort bien. Son coup de bouteille en verre sur la tempe d’un homme en novembre 2016, à la gare de Tavannes, ne lui vaudra pas la tentative de meurtre, même si l’objet s’est brisé et que l’infortuné a dû se faire enlever des morceaux dans l’œil. «Isaac est une personne au seuil d’acceptation de la frustration très bas», a conclu la juge. Qui veut bien comprendre que le jeune homme a un parcours de vie compliqué, mais qui «est loin de sentir en lui la conviction de vouloir changer de comportement».

N’avait-il pas instinctivement enlevé sa ceinture, à Espace Noir en mars 2018, pour tabasser une victime? Notons toutefois que, faute d’intime conviction, donc de preuves, le tribunal a toutefois libéré Isaac d’une autre infraction grave perpétrée à Bienne, en mai 2018.

Pour finir, il semble judicieux de citer le procureur Voisard, qui avait lancé mercredi:«La jeunesse de Saint-Imier a des problèmes. Espérons que cela lui servira d’exemple et lui fera passer un message.» Difficile de lui donner tort.

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