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Bienne

Il partage l'Histoire

L’historien Adrien Wyssbrod, vient de publier sa thèse sous une forme vulgarisée. Selon lui, la recherche doit être accessible à tous et portée par l’esprit de partage.

Photo archives Peter Samuel Jaggi

Marjorie Spart

«Je suis un chercheur, mais je veux que mes livres soient lus en dehors des bibliothèques universitaires!» Adrien Wyssbrod a étudié durant de longues années l’histoire et le droit, à l’Université de Neuchâtel. En automne dernier, il a soutenu sa thèse avec succès, et, le 12 mars, il publiait le fruit de ses années de recherche dans un ouvrage vulgarisé.

Dans ce livre intitulé «De la coutume au code», qui comporte tout de même plus de 350 pages, le Biennois d’origine a cherché à savoir pourquoi, au 18e siècle, toutes les tentatives de codification du droit neuchâtelois avaient successivement échoué (lire ci-dessous).

Simplification
Si le sujet est quand même assez pointu, Adrien Wyssbrod a tout mis en œuvre pour qu’il soit accessible à un large public. «J’ai épuré ma thèse de ses annexes et des questions méthodologiques. J’ai également retravaillé la langue pour la simplifier un peu», relève-t-il. Le chercheur a surtout envisagé son travail, dès le départ, comme étant orienté vers un public de non initiés. Il a donc renoncé à rédiger une thèse d’un millier de pages pour un format plus court. «Ainsi, tout le monde y gagne: le chercheur, les experts qui suivent son travail et les lecteurs qui consultent le livre.»

Dans cette même volonté, le Biennois a souhaité que son ouvrage ne coûte pas cher. Pour en réduire les coûts, il s’est épargné les frais d’édition, en ne recourant pas aux services d’une maison d’édition traditionnelle. «J’ai effectué le travail de mise en page et deux proches ont corrigé le texte et proposé des améliorations stylistiques. J’ai publié mon livre sur Amazon.»
Si la démarche lui a valu un intense effort de correction et de typographie, elle s’est avérée concluante: «De la coutume au code» ne coûte que 20 fr., contre plus de 40 fr. s’il était passé par les canaux ordinaires.

Nouveaux projets
«Je suis heureux d’avoir relevé ce défi et atteint l’objectif que je m’étais fixé», appuie Adrien Wyssbrod en précisant qu’il donne libre accès à son travail sur son site internet. «J’ai déjà plus d’une centaine de vues!»
Ce même esprit de partage et de diffusion de la recherche anime l’historien pour ses travaux futurs. Il travaille déjà dans cette optique pour la Fondation des sources de droit suisse, pour laquelle il remplit un mandat de numérisation des sources juridiques. «Les documents numérisés peuvent être aisément consultables par les chercheurs. Et la fiabilité de la source est éprouvée, puisque des fac-similés des documents sont disponibles en ligne.» Ce mandat, que remplit le jeune homme jusqu’en septembre, facilitera la vie de nombreux chercheurs.

A partir de cet automne, Adrien Wyssbrod entamera une recherche post-doctorale à Cambridge (Angleterre) sur la naissance de la diplomatie moderne. «Je vais m’intéresser à la succession, en 1707, de Marie de Nemours, la princesse souveraine de Neuchâtel et Valangin. Cet événement se déroule en pleine guerre de Succession d’Espagne.»

Esprit de partage
L’historien compte analyser la manière dont sont alors mis en place les jeux de pouvoir dans cette succession. «Pots-de-vin et fausses informations étaient déjà légion pour amener son prétendant au pouvoir», s’enthousiasme-t-il. Il restera une année et demie à Londres où se trouvent les archives qui concernent cette succession.

Il tentera de mettre au jour les liens entre les diplomates des différents pays à cette époque.

La partie collaborative de ce projet résidera dans l’ouverture de cette recherche à d’autres historiens qui partageront leurs données sur internet. «Grâce à une plateforme informatique que je vais créer, on pourra mettre en lien, de manière numérique, les documents d’une même époque mais situés dans des villes différentes. Et rendre ainsi visibles les relations internationales.»

Pour Adrien Wyssbrod, «la recherche historique doit passer par la fédération des chercheurs. L’état d’esprit est aujourd’hui au partage», se réjouit-il.

 

De l’oral à l’écrit
«De la coutume au code. Résistances à la codification du droit civil à Neuchâtel sous l’Ancien Régime» evoque les échecs successifs des tentatives de passer du droit coutumier, essentiellement oral, à un recueil de loi écrit.
Adrien Wyssbrod définit qui résiste à ce changement, pourquoi et de quelle manière cette opposition se manifeste.
L’ouvrage porte un regard nouveau sur la codification, les relations entre le prince, son administration et ses sujets, ainsi que la gestion d’un Etat à distance.
Le livre est disponible sur le site d’Adrien Wyssbrod, www.adrienwyssbrod.com, ainsi que sur amazon.fr mas

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