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Emprise de la Drogue (3)

«En consommant, je croyais être un homme!»

Gilles* souffre de toxicomanie depuis presque 30 ans. Il est actuellement suivi par Contact traitement addiction, à Tavannes, pour se soigner. Il témoigne de son problème de dépendance.

Par le passé, Gilles a fréquenté le local d’injection, àBienne, pour consommer des substances psychotropes dans un milieu protégé. Photo: archives

Par Aude Zuber

Gilles* est tombé dans la drogue en suivant ses amis, il y a presque 30ans. Il a d’abord consommé du cannabis dans des soirées avant de passer à l’ecstasy, puis à l’héroïne. «J’aimais faire la fête et traîner dans les rues avec mes potes... Je n’avais pas autrement de problèmes», raconte le Prévotois. «En consommant, je croyais être un homme!»

Gilles essaie aujourd’hui de stabiliser son état. Il est suivi par Contact traitement addiction, à Tavannes. Le Jurassien bernois ne semble pas avoir 44ans. Son apparence est soignée et son style vestimentaire tendance. Il porte un t-shirt noir moulant et un jeans. Loin d’être marqué par la drogue, son visage aborde une petite barbe taillée. «J’aime prendre soin de moi. Je fais du crossfit. Ce n’est pas parce qu’on consomme ou qu’on a consommé qu’on est négligé», relève-t-il.

Le Jurassien bernois revient sur les débuts de sa toxicomanie. Le jeune adulte qu’il était vendait de l’héroïne pour gagner l’argent nécessaire à sa propre consommation. «J’allais à Zurich ou à Soleure acheter en gros et je revendais dans les villages du Jura bernois. J’avais une vingtaine de clients à qui je donnais rendez-vous dans des restaurants pour effectuer l’échange.»

Un abandon de soi
Il a continué quelques années à dealer et à consommer jusqu’à ce qu’il touche le fond. «Je voyais que physiquement, ça n’allait plus. J’étais en plein abandon de moi-même.» Avec le recul, Gilles déclare s’être surestimé: «Je pensais que j’étais suffisamment fort pour contrôler la situation.»

D’origine espagnole, il a alors décidé, en 1995, de rejoindre sa famille qui était retournée au pays. «Changer de milieu et être coupé de mes fréquentations m’a fait le plus grand bien. J’étais traité à la méthadone et j’avais repris pied.» Toutefois, l’appel de la drogue a été plus fort. «Cette sensation de bien-être immédiate me manquait. Avec la drogue, on oublie ses problèmes, bien qu’ils ne disparaissent pas», explique-t-il.

Sa vie en Espagne, qui a duré près de 16 ans, a ainsi été ponctuée de phase «clean» et de courtes rechutes. Il est également devenu père. «Ma fille, qui a aujourd’hui 18 ans, constituait une énorme motivation pour m’en sortir. Malheureusement, ça n’a pas suffi», regrette-t-il.

Un nouveau départ
En 2011, Gilles est revenu en Suisse. J’ai trouvé facilement du travail dans le décolletage. Pendant six mois, mon état était stable. «Pour moi, l’ennui et la monotonie constituent de dangereuses tentations.» Ne pouvant résister, il a replongé dans le milieu de la drogue. «Je voulais reprendre une unique dose. Mais je me mentais. Une consommation appelle une deuxième et une troisième... On ne peut plus s’arrêter», lance-t-il.

Le Prévôtois a été choqué en redécouvrant le milieu de la drogue régional. «Avant mon séjour en Espagne, il y avait une vingtaine de toxicomanes à Moutier. Maintenant, il sont près d’une centaine. On trouve davantage de jeunes, de femmes, et aussi des enseignants», indique-t-il.

Autre changement, les dealers n’ont plus besoin d’aller dans les grandes villes suisses pour se procurer des quantités importantes de produits illicites. «On m’a déjà donné rendez-vous à Loveresse pour acheter plusieursgrammes d’héroïne, et à Moutier, on trouve plus facilement de la cocaïne.»

Une dose pour 5 francs
Selon lui, Bienne reste un lieu où les drogues circulent. «Si tu vas au bon endroit dans la cité seelandaise, tu peux déjà acheter une dose d’héroïne avec cinq francs.»

Même quand Gilles n’a pas les moyens, il trouve toujours une solution pour se procurer de la drogue. «Par le passé, j’ai emprunté de l’argent, j’ai fait des crédits et j’ai même déjà volé. Cette envie de consommer est plus forte que tout.»

Gilles souhaite à tout prix que cela cesse. C’est pourquoi il est parti pour la deuxième fois cet été pendant cinq semaines en réhabilitation à l’Unité thérapeutique pour dépendances «Les Vacheries», au Fuet. «Ma maman est tombée malade. Les docteurs ont annoncé qu’il ne lui restait pas pour longtemps. J’ai mal géré cette nouvelle et j’ai rechuté.»

Une volonté de s’en sortir
Depuis sa sortie, il se rend régulièrement à Contact traitement addiction. «Je suis suivi par un médecin qui me prescrit de la drogue de substitution et une assistante sociale m’aide pour le côté administratif et m’apporte un soutien psychologique.»

Actuellement, le Prévôtois est au chômage. «Ce n’est pas facile de gérer mon temps libre. Mais je tiens. Mon objectif est de retrouver du travail et de diminuer progressivement ma dose quotidienne de méthadone.» Un chemin qu’il sait semé d’embûches.

* Nom d’emprunt

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