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Culture du partage 3/5: Vacances

«On a échangé nos maisons»

Des séjours économiques qui demandent un esprit d’ouverture et de la confiance en l’autre.

Les Sardes Alberto et Lucia Ferri, ici avec leurs petits-enfants Valerio et Viola, ont emprunté le chalet des Valaisans Marie et Eric Loye. Louis Dasselborne
  • Dossier

France Massy

Alberto et Lucia Ferri ont déposé leurs valises en Valais, à Sornard, près de Nendaz. Ils sont arrivés avec leurs petits-enfants, Valerio et Viola. Leur fille et son mari viendront les rejoindre dans quelques jours. Pour ces vacances en Suisse, ils n’ont pas opté pour l’hôtel.

Durant deux semaines, ils occupent le chalet de Marie et Eric Loye, tandis que les deux Valaisans et leurs enfants profitent de la villa des Ferri, en Sardaigne. Ensuite, ils iront une vingtaine de jours aux Collons, dans la résidence secondaire de deux dentistes néerlandais qui prendront la place de Marie et d’Eric sur l’île méditerranéenne.

Un moyen de s’offrir de longues vacances à moindres frais. Ce couple d’enseignants à la retraite n’en est pas à son coup d’essai. «Avec ce système, nous avons visité Londres, Berlin, Orléans, New York, Montreux, les deux Fribourg, en Suisse et en Allemagne, le Danemark, la Belgique et, bien sûr, d’autres contrées d’Italie…»

Une communauté grandissante
Alberto et Lucia, Marie et Eric appartiennent à la grande communauté des «échangeurs». L’échange de maisons ou d’appartements pour les vacances est désormais courant. Les sites de troc d’hébergement pullulent. Marie-Françoise Wyss fait partie des pionniers qui ne cherchaient pas encore le nid de leurs rêves sur le Net.

«Les habitations étaient présentées sur un catalogue, on prenait contact par téléphone et par lettres… Aujourd’hui, par courriel, c’est plus facile.»

La Sierroise n’a jamais prêté son logement principal, mais son chalet de vacances à Saint-Luc, dans le val d’Anniviers. «C’est plus simple, il y a moins d’affaires personnelles.» Même si elle reconnaît n’avoir jamais eu de déconvenues quant à l’état dans lequel elle a retrouvé son chalet.

«Une relation de confiance s’établit car finalement on se conduit comme on voudrait que l’autre le fasse. J’ai eu plus de problèmes lorsque j’ai loué notre résidence secondaire via une agence. On a l’impression que les gens qui paient ont moins de respect.»

Faire preuve d’ouverture d’esprit
La confiance, c’est le maître mot. «Il faut juste faire un petit effort la première fois car, effectivement, on livre ce qui fait partie de son intimité», confie Cathrine Killé-Elsig, actuellement dans un appart à Brooklyn avec ses trois enfants et son mari, tandis que des New-Yorkais squattent son logis à Sion.

«On aurait pu enlever des objets, des documents, des bijoux. Mais on aime beaucoup l’idée de faire confiance à son prochain, qu’il habite ici ou ailleurs. Certains pensent qu’on est un peu naïf et qu’un jour… On verra. La vie de toute façon est une aventure et qui ne risque rien…» Question aventures, ce type de vacances peut en réserver d’inédites.

«Cette fois-ci, pour la première fois, des échangeurs nous ont laissé leur chien. On le promène matin et soir et à midi un dog-sitter s’en charge. Un vrai bonheur pour les enfants qui rêvent d’un chien. Et eux prennent soin de notre chat.»

Ethnologue et directrice du Musée gruyérien, Isabelle Raboud-Schüle, grande adepte elle aussi de l’échange de maisons, s’est retrouvée, un été, chargée d’une flopée d’animaux. «En Belgique, on ne nous avait pas avertis qu’il y aurait des lapins, des poules et des chats à nourrir.» D’autres surprises sont parfois au rendez-vous.

«À Paris, dans un superbe appartement haussmannien, on avait oublié de nous prévenir qu’une colocataire serait présente durant notre séjour», se souvient Marie-Françoise Wyss. Une mésaventure qu’a également connue Isabelle Raboud-Schüle. «En Islande, nous avons découvert à notre arrivée qu’un des ados n’avait pas voulu partir avec ses parents. Il était censé rester chez les voisins durant notre séjour, mais il était souvent dans sa chambre. Au final, ça s’est bien passé.»

Une certaine philosophie
Pour Isabelle Raboud-Schüle, l’échange de maisons, «c’est non seulement une solution économique qui nous a permis de voyager dans des pays lointains, mais ça vous donne aussi l’accès à un autre circuit que celui d’un touriste classique. Le prêteur vous donne un coup de main, il vous laisse les bonnes adresses, les lieux moins connus mais très authentiques à ne pas rater. Souvent, on échange aussi nos véhicules. Et rouler avec des plaques locales change aussi la donne. D’un côté, on ne pardonnera pas si vous hésitez sur la route, de l’autre, on vous considère moins comme des étrangers.»

Au Québec, Isabelle Raboud-Schüle et sa famille en ont retrouvé une autre, de famille. «Nous étions à peine arrivés qu’un beau-frère est venu nous dire bonjour, nous offrir ses services. Le lendemain, c’était un cousin. Les Québécois sont très ouverts, très partageurs.»

Une certaine philosophie d’accueil et de partage unit la communauté des «échangeurs». Sur le pas de la porte de leur chalet à Sornard, Alberto et Lucia nous ont invités à leur rendre visite en Sardaigne. «À Calasetta, on a une grande maison, avec une terrasse sur la mer. Vous y serez très bien. Demandez à Marie…»

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