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Bienne

Deux lauréats, un prix toujours plus bilingue

Le Prix Robert Walser a été remis, samedi soir, à l’écrivaine bâloise Gianna Molinari et à l’auteur québécois Gabriel Allaire.

Gabriel Allaire (à gauche) et Gianna Molinari ont reçu les honneurs du Prix Robert Walser. Photo:Carole Lauener

par Adrian Vulic

Le Prix Robert Walser 2018, remis samedi soir à la maison Farel, était celui des premières fois. La prestigieuse récompense littéraire, créée il y a précisément 40 ans, a ainsi été décernée non pas à un, mais bien à deux jeunes auteurs dont les œuvres ont su attirer les faveurs du jury. Autre particularité: la nomination, pour la toute première fois, d’une œuvre francophone d’Outre-mer. Le palmarès dédoublé était en effet partagé entre l’écrivaine d’origine bâloise Gianna Molinari, récompensée pour son roman «Hier ist noch alles möglich», et le jeune écrivain québécois Gabriel Allaire, nominé pour une œuvre intitulée «Pas de géants».

«Grâce à de plus importants soutiens financiers, nous avons désormais la possibilité de doubler notre prix. Il ne sera donc plus remis tous les deux ans à un seul auteur, alternativement francophone ou germanophone, mais bien à deux écrivains représentants les deux langues», explique Samuel Moser, président de la Fondation Robert Walser.

Entre-deux mondes
Outre l’illustration du bilinguisme dans la littérature, le Prix Robert Walser entretient, depuis sa création, la volonté de soutenir les jeunes talents en début de carrière. Ainsi, seuls les premiers romans ont droit d’être soumis à l’attention du jury. Rappelons que la distinction s’accompagne d’un chèque de 20000 francs, sans parler, bien sûr, de l’encouragement que représente son attribution. Détail non négligeable, surtout lorsque, comme c’est le cas de Gabriel Allaire, la carrière littéraire n’allait pas de soi et s’est construite au bonheur de quelques rencontres. «Je n’avais jamais pensé écrire sérieusement, cette première publication est arrivée un peu par hasard. Au terme d’un atelier d’écriture, mon futur éditeur, qui avait lu une courte nouvelle que j’avais rédigée, m’a proposé d’écrire un roman et de le publier. Dès lors, j’ai commencé à écrire deux heures par jour, le matin, le soir ou la nuit. Tout est une question de discipline. Ce roman, je l’ai porté en moi toute ma vie, il avait envie de sortir», confie le lauréat québécois. Un effort qui assurément se valait, puisqu’à la lecture de «Pas de géants», le talent littéraire du jeune homme, par ailleurs actif dans le secteur de la publicité, ne fait pas l’ombre d’un doute. Le roman, court, énergique et rythmé, suit les observations d’Olivier, un garçon d’une dizaine d’années dont les pensées sont symptomatiques de cet entre-deux monde que représente la fin de l’enfance. Les pensées de l’adulte en devenir et de l’enfant en fin de parcours s’y mêlent et se confondent pour donner naissance à des perles d’une indéniable poésie. Derrière le récit, tantôt onirique, parfois angoissant, de ce garçon égaré, se dessine également la critique du peu de place que l’école – peut-être la société dans son ensemble – accorde à la différence. «L’un des moteurs de ce livre a aussi été la colère. On étiquette rapidement les enfants, on les marque au fer rouge. Au point même de les traiter avec des médicaments pour les faire rentrer dans le rang. L’écriture a aussi été un moyen, pour moi, de soulager temporairement cette colère», conclut Gabriel Allaire.

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