Vous êtes ici

Bienne

Dans les entrailles des archives municipales

Les archives municipales renferment des documents qui, mis bout à bout, couvrent une distance de près de 2 kilomètres. Reportage dans les sous-sols qui protègent le passé de la cité seelandaise.

Photo Nico Kobel

Didier Nieto

Le parchemin repose dans une large boîte en carton, à l’abri des affres du temps. La Combourgeoisie chrétienne est le traité qui a scellé, au début du 16e siècle, l’union des cantons protestants pour défendre les acquis de la Réforme en Suisse.  La Ville de Bienne, l’une de leurs alliées, a elle aussi signé le pacte un jour d’octobre 1529. Mais l’entente a été de courte durée: elle tombe deux ans plus tard seulement, suite à la défaite des Réformés face aux catholiques lors de la seconde guerre de Kappel. Le document de la Combourgeoisie, en revanche, a survécu. Et depuis près de 500ans, la Ville de Bienne en conserve précieusement un exemplaire. «Aujourd’hui, c’est l’un de nos trésors», se félicite Marie-Pascale Chassot, la responsable des Archives municipales.

Lieu méconnu bien qu’ouvert au public, les Archives de la Ville abritent des centaines de milliers de documents, les plus anciens datant du 12e siècle. Mis bout à bout, les classeurs qui renferment ces actes juridiques, plans, lettres et photos couvrent une distance de 1,8km – soit environ le chemin entre le Parc municipal et les Prés-de-la-Rive. Dans l’attente d’être regroupée en un même lieu (voir ci-dessous), cette masse de papier est stockée dans quatre dépôts disséminés en ville, le principal se trouvant à la rue Ernst-Schüller.

L’obligation et la volonté  
Ce dernier est situé dans une cave où le taux d’humidité est maintenu à 45% afin de protéger le papier. D’innombrables boîtes en cartons minutieusement étiquetées sont alignées sur des étagères amovibles. Dans un coin, on trouve les procès-verbaux de toutes les séances du Conseil de ville depuis 1830. Les registres des habitants et les comptes de l’ancienne commune de Madretsch sont entassés un peu plus loin. «Nous archivons 20% de tout ce que produit l’administration», relève Marie-Pascale Chassot.

Certains papiers sont conservés à vie par obligation légale. C’est le cas des contrats, des cadastres ou des travaux des commissions qui encadrent le Conseil municipal – comme celles, disparues, des tramways ou des abattoirs. Mais la majorité des documents sont sauvegardés en raison de leur «valeur historique». Il s’agit par exemple de correspondances – celles de Wilhelm Arbenz-Chenot, le fondateur de l’Ecole de musique, entre autres – ou des fonds de l’ancienne police municipale, qui contiennent des journaux de bord des agents et les listes des délits amendés. «Un jour, ce sera intéressant de se pencher dessus, et d’étudier ce qui était punissable à l’époque», note l’archiviste. «C’est en observant ce genre d’évolution qu’on retrace l’histoire d’une société.» Certains s’y intéressent déjà: la salle de lecture des archives accueille en moyenne deux à trois visiteurs par semaine. Les documents des archives ont, par ailleurs, été particulièrement précieux pour la rédaction de l’ouvrage «Histoire de Bienne».

Générations futures
Les archives renferment aussi des textes et des photos issus de collections privées. «Ce sont des familles ou des associations qui nous demandent de les prendre en charge. Nous acceptons en fonction de l’intérêt», explique Eva Ott, l’une des collaboratrices du service. Et c’est là où réside toute la difficulté du métier d’archiviste: «Ce qui ne semble pas avoir d’intérêt aujourd’hui en aura peut-être dans 50 ans. Avec ce que nous archivons, nous devons veiller à offrir aux futures générations un aperçu fidèle de la ville.»

800 mètres de retard
A Bienne, la politique d’acquisition est définie par le service des Archives. «En moyenne, on reçoit 60 m de classeurs à traiter par année», indique Marie-Pascale Chassot. Le travail des archivistes consiste à trier les documents qu’ils reçoivent des services administratifs et à les conditionner dans des boîtes en carton résistant au vieillissement. Les photos, elles, sont rangées dans des pochettes spéciales. Les agrafes, trombones ou accroches en plastiques sont bannis, car ils détériorent les documents avec le temps.

Si les archives sont aujourd’hui perçues comme un service qui exploite les documents, il n’en a pas toujours été ainsi. Il y a une dizaine d’années encore, elles étaient généralement considérées comme un simple «dortoir» pour les papiers de l’administration. Cette vision dépassée, alliée à un manque de ressources, a fait prendre un retard considérable dans l’archivage: l’équivalent de 800 mètres de documents, encore grossièrement placés dans des cartons de déménagement, sont dans l’attente d’être classés. En 2017, le Conseil municipal a débloqué 270000fr. pour financer la résorption de cet arriéré. Le mandat a été confié à la société bernoise Aredis Archivdienstleistungen. Entamé au printemps 2018, ce grand projet devrait être achevé à la fin de l’année. «Aredis s’occupe de rattraper le retard pendant que nous traitons les nouveaux documents qui entrent», indique Marie-Pascale Chassot. Le service des archives compte quatre collaborateurs, pour un total de postes de 220%.

A l’ère du tout numérique, la politique des Archives reste de tout conserver en documents papier. Mais le passage au format électronique se prépare lentement. En 2017, le Conseil de ville a accepté de doter l’administration d’un système de gestion électronique des dossiers, ouvrant la porte à des archives numériques. «Mais cela exige une stratégie claire, car il ne s’agit pas de simplement sauvegarder les dossiers sur un serveur», prévient Marie-Pascale Chassot. Les réflexions sont en cours. Mais qu’ils soient imprimés ou numériques, tous les documents des archives pourront toujours être consultés par la population. «Nous sommes un service public», insiste l’archiviste. «Notre mission est non seulement de conserver des informations, mais aussi de les rendre accessibles à tout le monde.»

Mots clés: Bienne, archives, Reportage

Articles correspondant: Région »