Vous êtes ici

Abo

Moutier

Claude Stadelmann, cinéaste sensible à l'art

Dans le cadre du festival transfrontalier "Le mois du film documentaire", le Cinoche présente deux films du cinéaste jurassien Claude Stadelmann. Le premier évoque l'artiste Rémy Zaugg, l'autre s'érige comme un point d'orgue à feu la revue d'art prévôtoise "Trou".

Claude Stadelmann (Stéphane Gerber)

Seule ville du Jura bernois à participer au Mois du film documentaire, Moutier accueille le cinéaste jurassien Claude Stadelmann ainsi que cinq concepteurs (Roger Voser, Roger Meier, Georges Barth, Jean-Pierre Girod et Umberto Maggioni) de la revue d’art prévôtoise «Trou», objet d’un des deux films projetés intitulé «Envers et contre... tout».

Dans un premier temps, le film «Vice-Versa» présente l’artiste Rémy Zaugg dans sa relation à «l’œuvre». Les deux films ont été réalisés cette année. Le Mois du film documentaire s’inscrit dans le cadre des actions de coopération entre le canton du Jura et le Territoire de Belfort. Pas moins de 21 films et 34 projections constituent le menu de ce festival du réel, qui en est à sa cinquième édition.
 

Une aventure pleine de risques
«Pour moi, Moutier reste un creuset formidable de culture, surtout en arts plastiques», s’exclame Caude Stadelmann qui entretenait depuis longtemps avec le regretté Max Kohler. Il avait déjà réalisé «Ma parole», un film sur l’artiste devenu éditeur. «La revue ‹Trou› représente  une aventure artistique pleine de risques dans cet univers très difficile de l’édition d’art. L’originalité de celle-ci était de proposer aux artistes une carte blanche. C’était une revue entièrement ouverte à l’extérieur du Jura, par conséquent complètement libre. C’est pourquoi j’ai conçu mon film comme une carte blanche. J’ai laissé parler l’image. Je voulais aussi mettre un point d’orgue à cette revue en apprenant qu’elle cessait de paraître», explique le cinéaste. Lequel souligne sa préférence pour les contrastes. Par exemple par cette manière de filmer l’œuvre de Gérard Tolck en travelling sur une chaise roulante au Musée de Moutier pour confronter l’image à l’aspect saturé des peintures. «Comme un mouvement dans l’univers mental du peintre», dit-il. Le film «Envers et contre...tout» pose aussi le problème de la difficulté d’éditer de l’art. Un problème que connaît bien l’écrivain et éditeur Pascal Rebetez, mandaté pour en parler par son expérience de son édition d’Autre part.

Du haut de ses 67 ans, Claude Stadelmann n’en est pas à ses débuts. A son palmarès, 16 scénarios de films, 27 films écrits, produits et réalisés ainsi qu’une petite dizaine d’essais, contes et monographies. «Ecrire, produire, réaliser, je fabrique des films comme un artisan», précise l’homme-orchestre de l’image et de l’écriture. Pas étonnant qu’il se sente bien à Moutier, où technicité et esthétique produisent le meilleur de l’industrie et de l’art.
 

Contrastes
Pour ce qui est de l’artiste feu Rémy Zaugg, le cinéaste parle encore de contrastes: «Tout ce qu’il entreprend, il l’insère dans un projet artistique. Je parle alors de sa relation  permanente à l’Oeuvre, à lui-même. Conceptuel, on le dit totalement hermétique. Mais il faut se laisser aller dans sa vision globale. J’essaie de communiquer la sensibilité de l’artiste. Chez lui, c’est la peinture qui regarde le spectateur et pas l’inverse. C’est une démarche intellectuelle, mais il suffit de se laisser regarder pour pouvoir y pénétrer. Ses monochromes gris sont de véritables paysages. Quand j’ai appris que Zaugg voulait transformer la Maison Türberg à Porrentruy, j’ai voulu m’intéresser à un Zaugg confronté à un lieu, à un parcours qui le lie à l’espace, donc nécessairement à l’architecture et à l’urbanisme.» Evoquant le tournage actuel  du film sur Oscar Wiggli, Claude Stadelmann évoque la difficulté de le saisir dans l’action puisqu’il ne sculpte plus. «Je m’efforce de retracer la résonance entre le métal et les sons électroacoustiques qu’il compose. Mon travail est prévu pour 2016», conclut-il.

En même temps très ouvert à l’ailleurs dans ses films, le cinéaste n’en poursuit pas moins sa quête dans les pas des créateurs. Le travail du peintre Rolf Iseli sur les traces des dinosaures ramène le cinéaste au lointain de l’humanité. En est sorti un film tout récent «Rolf Iseli-dialogue avec les traces du temps». Il a écrit dans le même souffle, la préface du catalogue consacré à l’artiste: «Rolf, Iseli-traces». Si la démarche artistique le passionne, le cinéaste ne se pose pas en critique d’art. «Je refuse le commentaire. Ce qui est tentant avec le documentaire, c’est de tomber dans l’analyse ou la démonstration. Je m’en garde. Je suis donc nécessairement partial, pas exhaustif»./YAD

Articles correspondant: Région »