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«Tous en piste»

C'est parti pour la course aux bonnes affaires

Comme le veut le slogan de la 42e édition de la manifestation, les curieux se sont élancés sur la piste rouge de Moutier Expo, slalomant entre les stands jusqu’à dimanche.

Un beau manteau neigeux au Téléski de Grandval (l'hôte d'honneur), une image qui se fait de plus en plus rare. Photo: archives

Par Dan Steiner

La photo ci-dessus, à gauche, remonte à la fin des années 60. Quand les téléskis de moyenne altitude, comme celui des pentes du Graitery, à Grandval, nageaient dans la poudreuse, ne devant se soucier de rien d’autre que d’avoir assez de thé ou de vin chaud en stock pour contenter tous les sportifs. Les vrais ou ceux du dimanche. «Les stats de l’époque sont tout simplement fabuleuses», soupirait jeudi dernier Gilles Droux, président du conseil d’administration du téléski. «Aujourd’hui, on tourne à quatre jours ouvrés par saison...»

C’est que le leitmotiv de cette 42e expo, «Tous en piste», enjoint les visiteurs du Forum de l’Arc à gérer les virages de la piste rouge – un tapis, en fait –, qui slalome entre la centaine destands. Et comme c’est le 50e du Téléski du Grand-Val SA, l’hôte d’honneur était tout trouvé. Mais comme la société survit péniblement, faute d’hivers blancs, elle propose aux 15000 visiteurs qui passeront devant son échoppe d’acquérir l’une des actions, pour certaines émises lors de sa première saison, en 1967/68, qui lui sont revenues depuis. Dont les anciens propriétaires n’étaient autres qu’André Bechler SA, Jos. Petermann SA ou... Tornos SA.

Pour rappel, des cartes de soutien sont aussi en vente et les skieurs du Cornet invitent tous ceux qui auraient des archives, si possible croustillantes, à les apporter au stand jusqu’à dimanche. On ne gagnera pas une course sans neige, mais on pourra remporter un concours.

Pas pour les menuisiers
Bon, mais Moutier Expo, c’est aussi 110autres stands, soit à peu près tous les commerces de la place et quelques artisans des villages alentour... Mais, tient, un certain Rudolf Geiser passe par là. Lui aussi est «en piste» avec son musée itinérant. «Là, il y a environ 200 paires de skis, 100 de souliers et 150 affiches.» Des pièces rares et de collections, s’entend.

Patron d’Intersport Geiser, à Tramelan, le fils de celui qui a ouvert le magasin posséderait encore un stock de 2000 paires de lattes... «Jetez un œil à celle-ci», dit-il en pointant du doigt un ski en bois. Il date du début du siècle passé. Il n’est pas doté d’une semelle, évidemment, ni de laque, ce qui viendra plus tard. «Mon grand-père Christian en fabriquait, avec son cousin. Ils étaient paysans et charrons.» Soit un spécialiste du bois et du métal, qui produisait et réparait les roues des chars.

«Ils savaient quel bois utiliser et comment le travailler.» Les menuisiers s’y sont essayés, selon «Rudi»... Sans succès. «En Europe, on utilisait le frêne, un bois gras, alors que, en Amérique, c’était plutôt le hickory. Un bois des Rocheuse plus costaud et qui glissait mieux.»Mais plus cher. Rudi Geiser, on l’écouterait parler des heures de sa passion.

On n’avait pas dit qu’on parlait plus de ski? Au moins, on reste dans le thème. Ah! au fait, la photo ci-dessus n’est pas si vieille. En même temps, voir toute cette neige, ça fait bizarre.

Ode au «made in Moutier»
Si le raout des commerçants et artisans se mettait officiellement en branle à partir de 18h, l’heure précédente faisait place aux discours de bienvenue des organisateurs et des autorités. «En préambule, je tiens à adresser un message d’apaisement en ces temps troubles», dixit le président de la manifestation, Enzo Dell’Anna. Qui a jugé nécessaire de rappeler que celle-ci était et restait apolitique.

Profondément touché par les événements du début de semaine, le maire – qui va démissionner du Conseil du Jura bernois, a écrit Le Quotidien jurassien d’aujourd'hui – s’est bien sagement plié à cette mesure de prévention. A peu près complètement. «Bien que quelque peu secouée ces derniers jours, la ville est prête à accueillir environ le double de sa population.»

Ceux-ci pourront notamment admirer les décolleteuses flanquant le stand de l’invitée d’honneur, la Municipalité. «Moutier est avant tout une ville industrielle. Le décolletage fait partie de notre ADN.» Et Francis Koller, de la commission marketing de la Ville, d’enfoncer un clou certainement fabriqué par l’une d’elles: «Nous sommes ce que nous sommes grâce à cette fameuse machine!»

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