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Moutier

«A bas le patriarcat!»

Invitée par le Parti socialiste jurassien, la militante féministe genevoise Coline de Senarclens a décrypté le harcèlement de rue et mis en valeur plusieurs initiatives pour l’éradiquer.

Une quarantaine de personnes, dont un seul homme, ont participé activement à la conférence de Coline de Senarclens.

Texte et photo Aude Zuber

Regards insistants, sifflements, commentaires sur la tenue vestimentaire, avances sexuelles ou encore attouchements. La Suisse n’échappe pas au harcèlement de rue. A Lausanne, par exemple, 72%des femmes, âgées entre 16 à 25ans, y ont été confrontées au moins une fois au cours de l’année, selon un sondage commandé en 2016 par la municipalité de la capitale vaudoise.

Pour le Parti socialiste jurassien, les pratiques de harcèlement sexuel sont inacceptables c’est pourquoi les deux coprésidentes de la section «Femmes», Lisa Raval et Marina Zuber, ont organisé une conférence sur cette problématique avant-hier, à l’école secondaire de Moutier. «Il est important que les femmes sachent que cette pratique n’est pas normale et ne peut être acceptée», ont-elles martelé avant de passer la parole à la militante féministe Coline de Senarclens.

L’invitée, qui est chroniqueuse dans les émissions «Les beaux parleurs» et «les Dicodeurs» sur la Première, a des bagages solides pour aborder ce sujet, puisqu’elle a travaillé au service de l’égalité de l’Université de Genève, a co-fondé l’association Slutwalk suisse, mouvement qui manifeste contre les violences sexuelles et les stigmatisations liées au genre, sans oublier son essai sur la stigmatisation sexuelle.

De manière silencieuse, Coline de Senarclens a regardé pendant plusieurs secondes le public, composé d’une quarantaine de personnes. «Un seul homme se trouve dans la salle. Dommage! Je voulais les inviter à la discussion, c’est aussi du devoir des hommes de faire de la prévention et de défendre les victimes», a-t-elle lancé.

«La raison principale des inégalités de genre, c’est le rôle que notre société patriarcale assigne à la femme.» A titre d’exemple, la chroniqueuse radio, qui est enceinte, a cité l’éducation des enfants. «Selon nos normes, ce rôle revient à la gent féminine. Quant aux hommes, on leur attribue une fonction secondaire dans la parentalité. Cela se traduit par nos institutions, qui offrent un congé maternité de 14 semaines contre un seul jour payé pour les pères.» Et cette militante de préciser: «L’accouchement relève du naturel, mais nullement le congé parentalité ou l’amour maternel.»

Espace public dominépar les hommes
De la même manière, l’espace public est régulé par certaines règles implicites. «Des études ont montré que cette sphère est dominée par les hommes et dès le plus jeune âge. Prenons l’école: les petites filles sont repoussées sur le côté de la cour de récréation en petits groupes. Tandis que les garçons évoluent dans un espace central non mixte pour jouer au foot.»

Selon elle, la politique urbanistique peut participer à la réduction de telles inégalités. «L’éclairage est un élément crucial pour que les femmes se sentent en sécurité dans les rues ou dans les parcs. De plus, la présence d’objets, comme une roulotte à glaces, une maison à marrons ou des pianos, jouent également un rôle positif. Claire Juliette Camblain l’a démontré dans son travail de mémoire, qui a porté sur l’étude de trois parcs genevois.»

Mais elle a mis en garde contre la récupération politique, qui guette. «Au nom des femmes, certains politiciens tentent de faire passer leur politique sécuritaire.»Un exemple? «Lors de la campagne en faveur de son initiative ‹Pour le renvoi effectif des étrangers criminels›, l’UDC placardait des affiches portant le slogan: ‹Protéger nos femmes et nos filles›», s’est-elle insurgée.

Se donner les moyens
Pour lutter contre le harcèlement de rue, de plus en plus d’initiatives fleurissent dans les grandes villes suisses. «Il y a deux mois, Genève a lancé un plan d’action sur trois ans contre le harcèlement de rue, bien que ne libérant pas assez d’argent pour y parvenir.»

L’humour peut aussi se révéler être une arme fatale. «A Lausanne, la municipalité avait mandaté Yann Marguet pour la réalisation d’un clip vidéo. On le voit ranger le harcèlement de rue au musée. Je pense que c’est un très bon moyen pour sensibiliser les hommes à cette problématique», a conclu Coline de Senarclens.

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