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La Neuveville

Apprendre et commercer dans une langue étrangère

L’Ecole supérieure de commerce propose un enseignement multilingue offrant aux élèves de suivre des cours tantôt en français, en allemand et en anglais. Une offre qui ne cesse de progresser.

Durant un débat animé par Dominique Antenen, présentateur pour Telebielingue, les élèves ont fait montre de leur extraordinaire niveau en français pour les Alémaniques, en allemand pour les Romands. Photo: Adrian Vulic

Par Adrian Vulic

Une école innovante et dans l’air du temps. C’est l’image qu’offrait, jeudi à Berne, dans le cadre d’une journée nationale de conférences consacrée aux formations bilingues, l’Ecole supérieure de commerce (ESC) de La Neuveville. Invités pour l’occasion, élèves, enseignants et membres de la direction ont présenté avec fierté la philosophie que l’institution applique en termes d’apprentissage des langues par immersion.

Un programme qui fait ses preuves depuis longtemps et ne cesse de s’enrichir. Il suffisait d’ailleurs, pour se convaincre de l’efficacité de cet enseignement, de constater avec quel naturel les élèves germanophones comme francophones présentaient, respectivement en français et allemand, leur expérience plurilingue.

Tradition séculaire
L’ESC de La Neuveville nourrit, depuis sa fondation en 1912, une longue tradition en matière d’apprentissage des langues par immersion et propose ainsi, depuis toujours, aux germanophones du canton de Berne de suivre un enseignement entièrement en français. «A ses débuts, il n’y avait que des élèves suisses allemands dans notre école. Aujourd’hui, même s’il y a une tendance à privilégier l’apprentissage de l’anglais, entre 40% et 60% des élèves sont germanophones», explique Marika Odermatt-Coduti, directrice de l’Ecole supérieure de commerce de La Neuveville.

Immergés dans un contexte totalement francophone, les élèves alémaniques, pour ainsi dire par nécessité, améliorent avec une saisissante rapidité leur maîtrise du français. Depuis 2012, les différentes offres dans le domaine de l’apprentissage des langues par immersion n’ont cessé de s’étoffer à l’ESC. Les Romands peuvent ainsi, à leur tour, se voir enseigner certains cours en allemand, tandis que tous profitent de la possibilité de suivre des leçons entièrement données en anglais. Les deux filières dispensées à l’ESC de La Neuveville, CFC et maturité professionnelle, se déclinent ainsi toutes deux en des variantes monolingue, bilingue et trilingue.

«Ce sont autant de changement dans la continuité, puisque les bases étaient déjà là. Depuis plus d’un siècle, il y a dans notre école des règles, des traditions et une dynamique qui se sont transmises jusqu’à nous», précise la directrice.

Pédagogie adaptée
La mise sur pied de cursus plurilingues exige des enseignants qu’ils revoient, en profondeur, leur pédagogie, par exemple en s’efforçant de souligner la matière enseignée par une gestuelle précise et intensifiée.

«On doit aussi prendre l’habitude d’adapter notre registre de langue selon le niveau des élèves, de pratiquer un français, au début tout du moins, assez standard. Il faut épauler les élèves, mais aussi les laisser, dans une certaine mesure, se débrouiller et s’aider entre eux», témoigne Serge Friedli, enseignant à l’ESC de La Neuveville.

Autre défi de taille: traduire les manuels scolaires avec des termes techniques étrangers qui, parfois, ne recouvrent pas des concepts identiques aux nôtres. «La comptabilité anglo-saxonne étant totalement différente de la nôtre, nous avons permis à l’un de nos enseignements de suivre, pendant six mois, des cours à l’université de Cambridge afin qu’il puisse correctement adapter nos manuels», illustre Marika Odermatt-Coduti.

Oser prendre la parole
Enfin, les enseignants doivent continuellement insister, durant les premières semaines de cours tout particulièrement, sur la participation des élèves: les pousser, tout simplement, à oser prendre la parole dans une langue qu’ils ne maîtrisent pas à la perfection. «Une fois franchi ce pas, même en commettant des fautes, on ne finit toujours pas se comprendre.

Les premières semaines sont assez difficiles pour les élèves, mais il est impressionnant de voir comment, très vite, ils absorbent une nouvelle langue. Il n’y a d’ailleurs pas plus d’échecs dans les filières plurilingues que dans les autres», conclut Marika Odermatt-Coduti, visiblement fière, et à raison, des progrès de ses élèves.  

 

Des entreprises virtuelles plus vraies que nature
L’autre grande spécialité de l’ESC est certainement son effarant programme de simulation de création d’entreprise. Ce programme, appliqué aussi bien par les élèves de la voie CFC que celle de maturité professionnelle, est réalisé dans le cadre d’un cours de pratique professionnelle intégrée (PPI). Profitant d’une plateforme informatique mettant en réseau de nombreuses écoles helvétiques et simulant banque, boîte postale et grossiste, les élèves, par groupe de quatre, réalisent de A à Z des start-up plus vraies que nature. Emprunt bancaire, réalisation de bons de commande, vente, gestion des stocks, paiement des factures, comptabilité… tout est imité à la perfection et jusque dans les moindres détails. Un exercice stimulant qui confronte les élèves à une situation ultraréaliste de création d’entreprise et leur permet, également, de mettre en avant leur esprit d’innovation.

Présent durant la conférence, un groupe de trois élèves alémaniques présentait, dans un français remarquable, le résultat de leur travail. «Notre entreprise, intitulée Work in class, vend des chaussures, des vêtements et des accessoires de mode pour hommes et femmes. Nous avons réalisé un catalogue avec une liste de prix, un guide des tailles, l’adresse et les heures d’ouverture de notre magasin. Nous organisons également des événements spéciaux, des ventes pour la Saint-Valentin ou des foires par exemple», soulignent les étudiants en commentant tabelles, brochures et organigrammes en tout point semblables à celles que produirait une véritable boîte en exercice.

Chaque année les étudiants disposent, qui plus est, de l’occasion de faire des affaires avec les élèves de l’école de commerce de Sargans, ceci au cours d’une journée d’échange organisée alternativement dans l’une ou l’autre des deux institutions. «Ce travail est une belle expérience, un enseignement pratique qui nous permet d’apprendre comment fonctionne une entreprise dans la vraie vie», conclut une élève.

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