
Il y a peu, la Bourgeoisie de La Neuveville a inauguré la nouvelle réserve «Pilouvi-Côte de Chavannes». Une forêt où légendes et histoires vivantes, magie blanche et noire, se côtoient tout au long de la balade de la sorcière et des nombreux lieux-dits qu’elle traverse. «Il y a eu de nombreuses histoires de sorcellerie, au 17e siècle, entre le Plateau de Diesse et La Neuveville», explique Jean-Pierre Lauener, guide-interprète du patrimoine.
On raconte que les femmes accusées de sorcellerie devaient normalement être brûlées vives. Mais le Prince-Evêque de Bâle «adoucissait» parfois quelque peu la sentence en les faisant décapiter ou pendre avant de les immoler…
L’un de ces hauts lieux de torture par lequel passe la balade, au cœur de la forêt du Pilouvi, se nomme le Gibet. Le terme de «gibet» vient du francique, la langue des Francs, aujourd’hui le Hochdeutsch allemand: Gibbel (bâton). Celui de La Neuveville a dû être construit en même temps que le château, entre 1282 et 1288, et détruit par les Français en 1798. Il est situé en haut du chemin de la Mort et des Fourches patibulaires. Les pierres taillées que l’on y découvre encore font penser à un gibet à deux piliers de 2,75 à 3 mètres de haut reliés par des traverses de bois. On y suspendait les condamnés qui pourrissaient et étaient dévorés par les oiseaux de proie.
Dans ce lieu-dit, on peut lire des textes concernant deux prétendues sorcières neuvevilloises: La Toré Courtet, brûlée le 30 juin 1605 et la Marie Rigau, étranglée et brûlée le 29 juin 1669. Mais ces deux cas ne sont pas isolés puisque durant le 17e siècle, 52 sorcières et 8 sorciers ont été exécutés à La Neuveville et au moins autant l’ont été sur la Montagne de Diesse.
Soumises à la torture, elles avouaient avoir pactisé avec «un inconnu habillé de vert, parfois de noir ou de gris, avec des pieds de cheval, de bœuf ou d’âne». L’inconnu leur promettait richesse et délivrance de toute peine si elles se donnaient à lui, reniaient Dieu et le reconnaissaient comme seul maître. Le pacte conclu, il avouait être Satan et leur remettait de la graisse et des poudres pour faire mourir gens et bêtes ainsi qu’une poignée d’argent qui se changeait bien vite en feuilles mortes. On soupçonnait aussi les nécromanciennes de prendre part à des sabbats nocturnes consistant en danses dévergondées suivies de repas dans lesquels on mangeait des viandes puantes et on buvait des liquides comme du purin ou pire.
«En général, les promeneurs aiment bien les histoires un peu bizarres, mais là ce ne sont pas des bêtises, ce sont de vraies histoires sordides.» Pourtant, dans les écrits de l’époque, il n’est nullement mentionné le terme de sorcière. On suppose donc que ces femmes étaient des veuves plutôt riches, dont les biens après leur mort, étaient mis aux enchères, profitant surtout aux notables locaux.
En suivant la randonnée, on foule également le chemin de la Combe qui mène à la cascade du Pilouvi. Ce terme désigne en fait un joli sentier qui mène à Lignières; pellevouet signifiant thym, serpolet. On ne parle pas de baignade de sorcière dans la cascade mais le guide-interprète ne peut s’empêcher de mettre en garde les promeneurs à la recherche d’une vouivre, un animal mythique omniprésent dans l’Arc jurassien. Sa forme varie selon l’endroit et selon les témoignages, entre la femme-serpent et la femme-oiseau toujours liée à l’eau et à sa force destructrice, elle serait munie d’une queue fourchue et d’ailes puissantes.
On sait qu’une vouivre rôde tout d’abord parce qu’elle dégage une odeur caractéristique. «Celui qui l’a un jour senti s’en souvient à jamais!» Ensuite, elle porte au milieu du front une escarboucle, un œil de la connaissance au pouvoir magique et ambivalent. La vouivre aime se baigner et avant de prendre son bain, elle dévisse son escarboucle et la pose sur une pierre. «De grâce, si vous en apercevez une, n’y touchez pas! Sinon la colère de la vouivre dépasserait tout ce que vous pouvez imaginer! Etant moi-même un habitué de l’endroit, je peux vous affirmer qu’elle le fréquente assez régulièrement, d’où les conseils de prudence que je vous conjure de respecter», souligne le guide.
Jean-Pierre Lauener aime faire découvrir ces lieux mêlant histoires, légendes et forêt enchantée. Dans le silence des dernières lueurs du jour de la partie enchantée, une chênaie buissonnante sauvage, au promeneur de faire travailler son imagination pour y déceler sa magie et, peut-être, y rencontrer quelques fées ou lutins sortant de leur cachette. /MLP
Aux sources des sorcières
De la sorcière des contes, des procès du Moyen Age et de la Renaissance, jusqu’aux sorcières New-Age, toutes personnifient la peur, le mal et les puissances de l’au-delà Les nouvelles sibylles invoquent les esprits pour chasser les démons quotidiens et pratiquent la magie pour lutter contre la maladie et les crises existentielles. Loin de la magie noire d’autrefois, celles d’aujourd’hui sont plutôt des «conseillères en vie meilleure».
Alors que ces femmes servaient autrefois de bouc émissaire dans les périodes de famine, de catastrophes climatiques et autres maux, elles servent dorénavant, ainsi que la magie, à insuffler à notre monde lucide et informé un peu de magie et de surnaturel. (Réf. Internet: Shéluna, portail ésotérique consacré à la magie blanche et à l’histoire de la sorcellerie.)
Selon les sources Wikipédia, une sorcière est une femme chamane. Les sagas scandinaves les appelaient Völva. La Wicca revendique être la plus ancienne religion du monde en affirmant qu’elles sont les héritières d’un culte et de pouvoirs spécifiques féminins dont l’origine remonte à la Préhistoire. Volant dans les airs à califourchon sur son manche à balai, ainsi est représentée la sorcière dans l’iconographie populaire. Une image d’Epinal recouvrant une réalité historique complexe, faite de savoir chamanique et de persécutions, croyances anciennes dans lesquelles survivent les cultes païens de la fertilité du monde antique. Historiens et chercheurs estiment aujourd’hui le nombre des victimes entre 50 et 100 000 sur les deux siècles où tant les tribunaux de l’Inquisition que ceux de la Réforme les ont conduits au bûcher. Un chiffre élevé en proportion de la population européenne de l’époque. Et ce sont, pour 80% de ces victimes, des femmes. Les 20% restants étaient des hommes. /mlp
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