Vous êtes ici

Un ancien lieu de culte où on venait prier dans le secret des dieux

Cet été, Le Journal du Jura part à la découverte des lieux-dits de la région. Première étape de cette série: la Chapelle des chèvres. Cet ancien lieu de culte, sur le territoire de Souboz, n’est rien d’autre qu’une grotte. D’après la tradition orale, les lieux tirent leur nom du fait que, au temps jadis, les bergers y mettaient leurs chèvres à l’abri.

  • 1/14
  • 2/14
  • 3/14
  • 4/14
  • 5/14
  • 6/14
  • 7/14
  • 8/14
  • 9/14
  • 10/14
  • 11/14
  • 12/14
  • 13/14
  • 14/14
zurück
Nicole Hager

Il a coulé beaucoup d’eau sous les ponts de la Sorne avant que les anabaptistes puissent se réunir en toute impunité dans des lieux de culte dignes de ce nom. Persécutée dans toute l’Europe pour ses convictions (lire ci-dessous), la minorité religieuse pratique sa religion le plus discrètement possible. Durant de longues années, ses adeptes ne se risquent pas à des réunions en public pour célébrer leurs cultes. Ils se rencontrent la plupart du temps de nuit, loin des villages. Dans la région, un des lieux se prêtant à ces rencontres en cachette est la gorge sous l’ancien Pont des Anabaptistes, sur les hauteurs de Cortébert. Le second lieu, le plus méconnu sans doute, c’est la Chapelle des chèvres, une grotte au-dessus des gorges du Pichoux. D’autres endroits de ce type ont peut-être existé, mais le fil de l’histoire a perdu leur trace. A une époque d’insécurité religieuse, les anabaptistes ont en effet détruit de nombreux documents et particulièreemnt toute liste de noms pouvant se révéler compromettante.

Mais revenons sur nos pas et à notre lieu du jour, connu sous sa dénomination de chapelle ou même de grotte des chèvres. Un drôle de nom pour un lieu de culte. Ne pouvant se baser sur aucune trace écrite, Walter Allemand, pasteur de la communauté mennonite de Moron, précise d’emblée que toutes les connaissances liées à cet endroit sont donc le fruit de la mémoire orale.

Il se dit ainsi que la chapelle tire son nom du fait que des bergers venaient mettre ici leurs chèvres à couvert. Pas évident d’accéder en ces lieux de culte. Il faut prendre son bâton de pèlerin. Un peu avant l’entrée des gorges du Pichoux, côté bernois, on prend un chemin qui part sur la droite pour parcourir 200 à 300 mètres à plat, le long d’une rivière. La voiture n’ira pas plus loin. Puis, on s’engage sur un sentier caillouteux qui monte sur la gauche. La piste se fait raidillon, un véritable chemin de croix. Après une quinzaine de minutes à s’essouffler, une pancarte nous invite à nous engager sur un plus petit sentier qui fait mine de redescendre. Des bancs, un pan de roche troué. On est arrivé. La position reculée de l’endroit, sa difficulté d’accès laissent imaginer le degré de persécution dans lequel vivaient les mennonites à l’époque. Au fond de la grotte, une plaque commémorative a été installée. On y lit que l’endroit servait de lieu de culte aux 17e et 18e siècles, lors des troubles religieux. Par la suite et jusqu’en 1815, les mennonites tiendront réunion dans différentes fermes, toujours en cachette. C’est seulement vers la fin du 19e siècle que seront érigés les premiers lieux de culte officiels.

Aujourd’hui, la Chapelle des chèvres reprend ses fonctions d’origine tous les deux ans, en alternance avec le Pont des anabaptistes. Des cultes commémoratifs s’y déroulent, en l’honneur de ces ancêtres qui ont bravé l’autorité pour vivre leur foi. L’endroit est aussi devenu lieu de pèlerinage pour un grand nombre de mennonites installés en Suisse allemande ou émigrés aux EtatsUnis, sous l’effet des persécutions dont leurs aïeux ont été victimes. /NH


Quelques points de repère

On compte un peu plus d’un million de mennonites dans le monde, dont 2500 en Suisse. Le mouvement anabaptiste mennonite trouve son origine à l’époque de la Réforme, au 16e siècle. Il se comprend comme une radicalisation de la théologie des Réformateurs. Cette église se distingue, notamment, en prônant le baptême à l’âge adulte. Raison pour laquelle ses adversaires appellent ses membres les «anabaptistes».

La communauté s’interdit aussi de prêter serment, refuse le port des armes et le service militaire, ce qui entraîne bien des conflits avec les autorités. En raison de ses idées, le mouvement est réprimé. Des persécutions sont lancées dans toute l’Europe. Elles dureront des décennies. Les mennonites trouveront asile dans l’Evêché de Bâle, mais à condition d’habiter les montagnes et d’éviter les villages. Ils sont ainsi devenus les habitants des hauteurs du Jura, là où personne ne voulait demeurer. /nh


Pour découvrir les autres photos, cliquez sur la photo ci-dessus.

Articles correspondant: Région »