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Tous pour ou contre Freysinger (9.3.10)

Quelque 250 personnes à l’intérieur accourues pour l’écouter, mais aussi une trentaine à l’extérieur venues uniquement pour le chahuter? En invitant Oskar Freysinger à la Sociét’halle, l’UDC JB a plutôt réussi son coup...

Tous pour ou contre Freysinger (9.3.10)
Pierre-Alain Brenzikofer

En conviant à Moutier le conseiller national héraut le la lutte antiminarets, l’UDC JB entendait donc remercier la population prévôtoise d’avoir, en la circonstance, voté comme le grand imprécateur agrarien. Ce qui n’a guère fait rire un mystérieux «collectif temporaire et anonyme». Lequel s’est constitué dans la hâte pour appeler à la manifestation, hier soir, à Moutier. Il entendait pour sa part rappeler que «si une majorité des habitants a été aveuglée», une grande partie reste opposée à toute «dérive fascisante».

Dans ce contexte de tension, la police cantonale avait mis les petits plats dans les grands, si l’on peut dire. Et même si elle demeure discrète quant à sa stratégie, on croit pouvoir avancer qu’ils étaient une bonne vingtaine, en habit de travail ou en civil, à assurer la protection du visiteur controversé. Comme quoi, inutile d’ajouter que les intéressés ont interdit l’accès de la Sociét’halle à certains visiteurs qui, certes, n’arboraient pas de manière ostentatoire le look de l’agrarien moyen... Pour se venger, les refoulés – au sens propre, donc – ont rageusement et brièvement agité les stores depuis l’extérieur. Ce qui a fait nettement moins de bruit que la standing ovation réservée à Oskar Freysinger, arrivé avec un brin de retard comme toute star qui se respecte. On précisera que son train y était pour quelque chose. L’intéressé a néanmoins pu reprendre son souffle, la soirée ayant débuté avec la présentation des candidats agrariens au Grand Conseil et au CJB. Candidat radical au gouvernement, le Prévôtois Sylvain Astier a aussi pu faire valoir son credo.

Mais le public était évidemment accouru pour écouter Oskar Freysinger, appelé, ce dernier, à s’exprimer sur le double thème de la sécurité et de la liberté d’expression. «Je fais salle double, cela ne m’était jamais arrivé, a-t-il d’emblée asséné en faisant allusion aux personnes restées à l’extérieur. A-ton prévu un micro à leur intention?» «Je suis persécuté par les tolérants, a-t-il rigolé. Les tolérants d’accord avec eux-mêmes.»

La liberté d’expression, dans tout ça? L’homme a fait allusion à sa maison incendiée et à la Société des auteurs qui l’a refoulé. Pas grave! il est désormais membre des écrivains serbes. Bien évidemment, on a eu droit au couplet sur les médias. Où l’UDC a toujours le rôle du salaud, selon le visiteur. «Mais c’est comme au cinéma, le bon salaud sauve le film. C’est pour ça qu’on me téléphone souvent.» A l’entendre, les journalistes ont un problème: ils doivent vendre leur canard. Et pour ça, ils ont besoin de personnages qui n’ont pas recours à la langue de bois. «Donc, ils sont devenus sympas avec moi.»

Le visiteur a soutenu avoir connu des années difficiles avec la liberté d’expression. Aujourd’hui, il estime avoir celle du fou. Il trouve paradoxal qu’une société comme la Suisse se dote de lois sévères à ce niveau et laisse entrer des imams qui prônent la charia. «D’un côté, on accepte l’intolérance la plus crasse et pour cela on invoque la loi antiraciste. C’est à devenir fou.»

Dans ce pays, avec la démocratie directe, on ne peut au moins pas déplacer le débat politique vers le haut, contrairement à l’Europe où le peuple n’a plus rien à dire. «Les Européens ont réalisé avec les minarets que la Suisse pouvait encore prendre son destin en main quatre fois par an.»

Reste à évoquer en quelques lignes la sécurité. Pour Oskar Freysinger, tout ce qu’il avait prévu lors du débat SchengenDublin est arrivé. «Avant, quand le pays était encore souverain, on avait des gardesfrontière, un filtre efficace. Et à l’intérieur de ce cordon sanitaire, il y avait un espace de liberté citoyenne. Or, tout est devenu aujourd’hui extrêmement poreux.»

Et on compenserait tout ça par un contrôle du citoyen de plus en plus insupportable.

Plus tard, il a même pris sa guitare! Une chose est sûre, l’assistance a apprécié. /PABR

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